Art contemporain international

 

Entrée libre

Pavillon Jean-Noël Desmarais, niveau S2

 

ABSTRACTIONS

Affranchie de la représentation mimétique de la réalité visible, l'abstraction révolutionne l'art au début du XXe siècle. Dans ce mouvement non figuratif par définition, les enjeux de la représentation résident tout de même au cœur des préoccupations des artistes. Chaque peintre est libre d'imaginer son propre langage, composé de « signes » pour traduire ses émotions ou ses sensations. Le Californien Sam Francis fut particulièrement influencé par les gigantesques Nymphéas peints par Monet et exposés en permanence au musée de l'Orangerie à Paris. Sam Francis doit aux peintures tardives de l'impressionniste français son sens de l'échelle, de la couleur pure, et une sensibilité à la fluidité de la lumière qu'il n'a de  cesse d'explorer dans ses grands formats. L'Allemand Gerhard Richter manifeste une fascination critique pour les modes de construction de l'image ce qui le conduit à explorer tout autant l'abstraction que la figuration. Il occupe de ce fait une position unique dans l'histoire de la peinture du XXe siècle. Le Français Pierre Soulages adopte, en 1979, ce qu'il baptise « l'Outrenoir ». Il s'émancipe de l'utilisation du pinceau au profit du couteau et de la spatule pour étaler la peinture : « Ce que l'on voit devant mes toiles, c'est de la lumière transformée, transmutée par le noir. Il s'agit d'une lumière qui vient du mur vers celui qui regarde. »

 

FIGURATIONS

Au début des années 1980, lassés des rigueurs de l'abstraction expressionniste ou conceptuelle, des artistes new-yorkais réintroduisent le sujet humain au cœur de leur travail. Mark Tansey est un des chantres de ce retour à la figuration. En intitulant sa toile Action Painting II, il ironise sur le terme inventé par le critique américain Harold Rosenberg pour décrire l'engagement physique dans la peinture des artistes de l'abstraction gestuelle tels Jackson Pollock. Admirateur de Rembrandt, George Segal fait émerger des figures en clair-obscur dans ses sculptures. En fréquentant la rue et les graffeurs, Jean-Michel Basquiat s'est lui forgé un style autrement personnel. Mort à 27 ans d'une overdose, Basquiat est d'origine haïtienne et portoricaine. Au début des années 1980, il signe ses premières toiles sous le pseudonyme de « SAMO » (Same Old Shit) : surfaces denses, écritures, collages et personnages squelettiques seront sa marque de fabrique. Très vite, Basquiat s'est fait une place dans la culture avant-gardiste de l'époque, devient l'ami d'Andy Warhol et des stars de l'underground.

 

ART ACTUEL : ENTRE CONSCIENCE ET VIOLENCE

Plus que jamais aujourd'hui, le réel sous toutes ses formes prend le pas sur l'illusion et les conventions de la représentation. De l'art sociologique où l'hyperréalisme comme celui rencontré chez Tony Matelli sert davantage la métaphore que l'imitation pure et simple. L'artiste américain représente trois singes affamés, engagés dans l'attaque mortelle d'un chimpanzé obèse pour signaler le caractère bestial de nos comportements sociaux. C'est ici la revanche d'une société pauvre sur ses voisins gavés. À cet hyperréalisme truqué répond chez certains contemporains l'appropriation des images du quotidien qu'ils détournent et recyclent en autant de messages politiques : d'une grenade, symbole de la lutte armée cubaine et de sa révolution, le collectif Los Carpinteros, actif à La Havane, a fait un coffre pour ranger ses souvenirs, la relique échouée d'une propagande devenue obsolète. Une démarche choc que les artistes expliquent ainsi : « Nous avons découvert que derrière la fonctionnalité des objets fabriqués par l'être humain, il y a des fissures qui trahissent les pensées et son comportement. » Affichant au contraire une dimension nettement plus tragique, l'œuvre de Robert Longo est, elle, gouvernée par le noir. Ce noir de cendres confère un pouvoir d'attraction quasi morbide accentué par le format monumental de ses fusains sur papier.