L'art moderne, de Daumier à Picasso

 

Entrée libre

Pavillon Jean-Noël Desmarais, niveau 1

 

LE SENTIMENT ROMANTIQUE

Défiant la rigueur prônée par les peintres classiques – préférant la ligne et la couleur, la forme stable et équilibrée –, les artistes romantiques ont été mal accueillis en leur temps, jugés trop audacieux, leur style trop libre et leur sujet trop insaisissable.

 

L'IMPRESSIONNISME AU FIL DE L'EAU

L'eau est vivante : elle clapote sur la coque des navires voguant sur les cours d'eau, elle vient s'échouer sur les galets des plages. L'impressionnisme trouve dans les décors aquatiques une de ses plus belles expressions. Plus qu'un art de peindre, ce mouvement fut aussi un art de vivre. Sur les côtes normandes comme en Île-de-France, les artistes plantent leur chevalet en pleine nature pour peindre sur le motif, grâce à l'invention des tubes de peinture. Les reflets miroitants de l'eau leur permettent de capter de fugaces jeux atmosphériques. Atteint de troubles oculaires à la fin de sa vie, Camille Pissarro se réfugie au premier étage d'une chambre d'hôtel de Rouen pour capter, toile après toile, la beauté du trafic fluvial qu'il érige au rang d'art. Exalté par le ressac de la mer, Claude Monet peindra ses « Falaises » en série à différentes heures du jour, faisant varier l'intensité de la lumière. Les Sirènes constituent un motif favori du répertoire sculpté d'Auguste Rodin. Monet et Rodin, deux  génies en leur temps, exposeront ensemble à la galerie Georges Petit, grand promoteur de l'impressionnisme.

 

L'ART MODERNE

Au début du XXe siècle, la modernité, considérée comme le corollaire du progrès de la civilisation, anéantit tous les dogmes artistiques, d'une révolution esthétique à une autre. Sur la toile, couleurs et formes s'affranchissent de l'imitation de la nature et offrent une riche pluralité d'expressions. Violoniste, caricaturiste et peintre, Lyonel Feininger vit les étapes de cette épopée. Cet Américain d'ascendance germanique séjourne à Paris et expose au Salon des Indépendants où il découvre le cubisme. En 1912, il fréquente les groupes fameux des expressionnistes allemands de Die Brücke [le pont] et du Blaue Reiter [cavalier bleu] aux côtés des peintres abstraits, Klee et Kandinsky. Après la guerre, il rejoint le Bauhaus, le nouvel institut des arts et des métiers fondé par Walter Gropius à Weimar en 1919. Proche des Fauves, Georges Rouault traverse son siècle en solitaire. Passionné de cirque, cet expressionniste français représente des acrobates aux couleurs cernées de noir, une caractéristique de cet ancien apprenti verrier. Parallèlement, la palette de Matisse s'épanouit à Nice. Jouant d'un de ses motifs favoris – la fenêtre – le peintre convie les rivages méditerranéens dans son appartement-atelier. Tandis que Fernand Léger élabore la syntaxe d'un nouveau langage pictural où le tableau n'explique pas le monde mais en exprime mouvement et puissance au moyen d'images nettes.

 

PORTRAITS DE L'ENTRE-DEUX-GUERRES

Le portrait connaît un renouveau dans l'Europe des années 1920. Car le visage de la société a changé après le désastre de la Première guerre. Traumatisée, désabusée, elle rejette l'ordre ancien pour célébrer la modernité et la jeunesse : c'est l'euphorie des Années folles. Obsédé par les horreurs vécues au Front, Otto Dix adopte un style au réalisme implacable. Fondateur parmi d'autres du mouvement allemand « La Nouvelle Objectivité », il dénonce sans complaisance le malaise social régnant dans la jeune république de Weimar. Pour remercier l'amateur d'art et l'avocat juif Hugo Simons, qui défendit avec brio sa liberté artistique lors d'un procès contre un mauvais payeur, Otto Dix dépeint avec amitié un homme vif et intelligent.

 

DEUX GÉANTS PICASSO ET MOORE

Deux œuvres de maturité, deux hommes amoureux, deux immenses artistes du siècle exaltant à 90 ans et à 80 ans l'amour charnel. Depuis sa jeunesse, Picasso a souvent couché sur la toile ses passions érotiques. Le maître catalan expliquait vouloir « dire le nu, pas seulement faire un nu comme un nu [...] dire sein, dire pied, dire main, ventre ». Alors que dominent sur la scène artistique l'art conceptuel et le minimalisme, ces silhouettes dérangent. Elles préfigurent pourtant les recherches des graffiteurs ou la figuration libre d'un Basquiat. Partageant le même goût pour la figure féminine et la sensualité, le sculpteur britannique Henry Moore puise dès ses débuts dans les cultures primitives, notamment toltèque. Il regarde aussi et glane les rebuts du quotidien (cailloux, os) pour ériger ses sculptures monumentales dont les formes organiques s'inspirent de la nature.