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Walt Disney au musée ?...Aux sources de l’art des studios Disney
Après avoir été présentée au Grand Palais à Paris où elle a remporté un vif succès, l’exposition Il était une fois Walt Disney arrive au Musée des beaux-arts de Montréal, en exclusivité nord-américaine, du 8 mars au 24 juin 2007. Walt Disney au musée ? Si la question est posée d’emblée, c’est que le projet de cette exposition a été parfois accueilli avec un sourire perplexe. Comment expliquer en effet l’entrée de Walt Disney (1901-1966) et de la cohorte de ses personnages, de Mickey à Mowgli, dans une institution où ont été célébrés des maîtres incontestés, tels Nicolas Poussin, Édouard Manet ou Pablo Picasso ? Parangon de la mièvrerie et du divertissement populaire pour les uns, conteur de génie pour les autres, Disney, en entrant au musée, est hissé de fait au rang des grands artistes de l’histoire de l’art occidental, là où certains ne comprendront sans doute pas sa présence. Pour l’auteur de ces lignes, on s’en doute, la réponse est évidente, de l’ordre de la conviction : Walt Disney est à ranger parmi les figures les plus importantes du cinéma et plus largement de l’art du XXe siècle. L’exposition Il était une fois Walt Disney rapproche pour la première fois les dessins originaux des studios Disney des œuvres de l’art occidental – parfois au-delà – qui les ont inspirés, du Moyen Âge gothique au surréalisme. L’art de Gustave Doré, de Daumier, des peintres romantiques et symbolistes allemands, des préraphaélites anglais, tout autant que celui des primitifs flamands ou du cinéma expressionniste, a profondément marqué les réalisations des studios Disney.
Dès le milieu des années 1930, Walt Disney réunit toutes les informations possibles sur les artistes européens dont le style pouvait correspondre à ses projets. Et lorsque ses capacités ne suffirent plus, il eut l’intelligence de recruter des artistes dont les connaissances dépassaient de beaucoup les siennes, des émigrants venus d’Europe pour la plupart. Ces artistes, presque tous formés dans les académies européennes, apportaient avec eux la maîtrise technique de leur art – peinture, dessin, sculpture, illustration –, mais aussi toute la tradition esthétique et l’héritage artistique de leur pays respectif. Et certains Américains de naissance, réunis par Disney, n’étaient pas moins talentueux. La personnalité de ces artistes permettrait à elle seule de comprendre la richesse des sources de Disney. Disney resta toute sa vie préoccupé par l’innovation technologique. Il comprit aussi l’importance de la littérature et du conte européens pour nourrir ses courts métrages. Aidé des conseils de ses artistes, il commença alors à acquérir des livres, qui allaient constituer dès 1934, la bibliothèque de travail des studios, au moment même où il décidait de se lancer dans l’aventure d’un long métrage avec Blanche-Neige et les Sept Nains, d’après les frères Grimm. Les achats d’ouvrages se multiplièrent, jusqu’au grand voyage que Disney effectua en Europe à l’été 1935. Ce séjour fut déterminant pour la constitution de son trésor documentaire et pour la suite des créations des studios Disney. En compagnie de membres de sa famille, Walt Disney passa onze semaines en France, en Italie, en Suisse, en Angleterre et aux Pays-Bas. Il en profita pour acheter près de 350 livres, tous destinés à la Walt Disney Studio Library. Tout ce que l’Europe comptait alors de grands illustrateurs se trouvait dans sa sélection : Arthur Rackham, Gustave Doré, Honoré Daumier, Grandville, Benjamin Rabier, Ludwig Richter, Wilhem Busch, Heinrich Kley, Attilio Mussino, John Tenniel, Charles Folkard, et bien d’autres. C’est cette prodigieuse richesse des sources et de l’inspiration de Walt Disney que l’exposition tente d’éclairer.
L’exposition se concentre sur les longs métrages d’animation produits sous la direction personnelle de Walt Disney, soit depuis Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) jusqu’au Livre de la Jungle (1967), sorti presqu’un an après sa mort , en décembre 1966. À partir de ce corpus est reconstituée une histoire des sources d’inspiration de Disney, illustrant aussi, à travers cette œuvre, les liens qui unissent culture savante et culture populaire, la vieille Europe et l’Amérique. L’exposition évoque en ouverture les premiers pas de Walt Disney et la création du personnage de Mickey, rendant hommage à l’homme et à ses principaux collaborateurs artistiques. Les sections suivantes sont consacrées aux sources littéraires et cinématographiques, puis à celles des décors et de l’architecture. Une place particulière est ensuite réservée au thème de l’anthropomorphisme, thème central dans l’œuvre de Disney. Plus loin, la genèse des principaux personnages disneyens est expliquée, film par film, de Blanche-Neige aux 101 Dalmatiens. Enfin, l’exposition s’ouvre aux influences qu’a exercées la production Disney sur l’art contemporain, de Warhol à Lichtenstein, bouclant ainsi l’évocation de ces allers-retours incessants entre les cultures et leurs représentations.
Si l’exposition met l’accent sur les sources européennes de Disney, il ne faut pas oublier la part importante des modèles proprement américains : le cinéma hollywoodien a d’ailleurs donné beaucoup de modèles aux personnages disneyens, de Chaplin à Douglas Fairbanks, en passant par Joan Crawford, Shirley Temple et Jean Harlow. Disney assumait sans complexe ces emprunts divers, en apparence discordants : Shakespeare et le vaudeville, le cinéma d’avant-garde et le cinéma populaire, la peinture classique et l’illustration pour enfants, Stravinski et l’harmonica. Cet improbable mélange est devenu une forme d’expression unique, révolutionnaire, celle d’un étonnant recycleur d’images, d’un des plus grands conteurs, d’un artiste à part entière. S’il ne peut être considéré comme l’inventeur du dessin animé, il est le premier à lui avoir accordé un tel soin dans le traitement artistique : la qualité des dessins des studios Disney est l’une des découvertes de cette exposition. Alors que ce genre était menacé de rester un avatar du cinéma, lui-même longtemps relégué au rang d’art mineur, le perfectionnisme et le génie de Walt Disney ont ainsi offert au dessin animé une audience universelle. Bruno Girveau, commissaire général de l’exposition |
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Claude Coats; Fantasia. L’Apprenti sorcier (détail); 1940; Étude préliminaire; Huile sur papier; Burbank, Californie, Walt Disney Feature Animation and the Animation Research Library; © Disney Enterprises, Inc. |



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