Le langage de l'art


Ressources en ligne à l’intention des enseignants




Bienvenue sur le dossier « Le langage de l’art » en ligne à l’intention des enseignants. Cet outil vous permettra de vous familiariser avec les principes fondamentaux de l’art et de découvrir comment les artistes et les créateurs utilisent ces éléments pour réaliser leurs œuvres. Son contenu convient parfaitement aux élèves qui s’initient à l’art tout comme aux adultes, ceux qui par exemple apprennent une langue seconde. L’ouvrage est ponctué d’exemples d’œuvres provenant des collections du Musée des beaux-arts de Montréal. Il comprend également des exercices et des projets qui permettent d’appliquer les notions étudiées. Ces exercices peuvent servir à préparer les élèves à une visite du Musée ou à faire un suivi. Nous espérons que vous apprécierez cette ressource en ligne et que vous la trouverez utile pour planifier votre prochaine visite au Musée.

Principes et éléments visuels
En fournissant à vos élèves un vocabulaire de base et des pistes à suivre pour être en mesure d’apprécier une œuvre d’art, vous leur donnez le moyen de profiter pleinement de leur visite au Musée. Ainsi, ils seront peut-être plus enclins à s’attarder davantage aux œuvres qu’ils connaissent moins bien. Grâce à ce vocabulaire de base, ils devraient mieux comprendre les images véhiculées par les médias dans la publicité et la promotion de produits et services. Nous espérons ainsi les amener à développer leur sens critique par l’analyse de l’image. Aussi, n’hésitez pas à adapter le contenu du présent ouvrage aux besoins et à l’âge des élèves et à ajouter des exemples tirés de divers domaines : publicité, photographie, art et design.

Introduction
Vous avez besoin, pour construire une maison, de différents matériaux, comme du bois et des clous. Pour faire un gâteau, vous avez besoin de farine et d’œufs et de quelques ustensiles de cuisine. Pour créer une œuvre d’art, que ce soit une peinture, une sculpture ou un objet d’art décoratif comme une chaise, vous avez besoin d’éléments bruts, soit de tubes de peinture, de toiles, de bois ou de pierre, de même que des outils, comme des pinceaux ou des ciseaux à bois. Mais avant toute chose, ce dont vous avez besoin, ce sont les éléments fondamentaux de l’art : la ligne, la forme, la valeur, la texture, la couleur et l’espace. Une possibilité infinie de combinaisons s’offre à l’artiste ou au créateur qui, en faisant appel à son imagination, arrive à créer un ensemble harmonieux. Mais n’allez pas croire que ses choix soient le fruit du hasard. Une démarche visuelle cohérente expressive et entièrement personnelle repose sur des principes visuels. Ces principes sont l’équilibre, la tension, la dominance, le rythme et le mouvement, la variété et l’économie. Examinons maintenant ces éléments de plus près.


La ligne 
On définit parfois la ligne comme un point qui se déplace, et il est vrai qu’elle exprime le mouvement. Imaginez seulement la ligne d’un crayon sur du papier ou le parcours d’un crabe dans le sable, celui d’une roue de bicyclette mouillée sur le pavé. La ligne a une dimension (longue ou courte, épaisse ou fine), une direction (verticale, horizontale, diagonale) et un type (courbe ou droite, brisée ou continue). On peut également la qualifier : elle peut être floue, agitée, régulière, agressive, hésitante – bref, on retrouve toutes sortes de lignes.
Les  lignes peuvent également jouer différents rôles. Par exemple, le contour sert à délimiter une forme, à montrer la profondeur ou la perspective, à mettre de la texture. La ligne hachurée croisée par exemple permet de créer un effet d’ombre.

Activité
Demandez aux élèves d’observer les images reproduites et de décrire quels types de  lignes ont été utilisés ; amenez-les à trouver des qualificatifs et à expliquer ce que chacun apporte à l’œuvre dans son ensemble.
Proposez aux élèves d’utiliser différents médiums pour tirer des lignes aux caractéristiques variées : légère, grasse, ferme, mince, nerveuse ou hésitante, et ainsi de suite.

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
Babylone d'Allemagne
1894
Lithographie couleurs
120,4 x 83,5 cm
MBAM, achat
Gr.1964( ?).327

Max Beckmann (1884-1950)
Autoportrait
1918
Eau-forte
53,5 x 37,8 cm (feuille), 30,5 x 25,6 cm (cuvette)
MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend
Gr.1965.433
© Succession Max Beckamnn / SODRAC (2010)

Giovanni Francesco Barbieri, dit il Guercino (1591-1666)
Étude de tête de soldat pour Le Crucifiement de saint Pierre
Vers 1617
Plume et encre brune, lavis brun
21 x 18,6 cm (feuille),16 x 13,5 cm (image)
MBAM, achat
Dr.1946.82

JAPON
Sans titre
1875?-1925?
Papier
62,4 x 40,7 cm (feuille), 33,7 x 48,7 cm (image)
MBAM, don du Dr Arthur Lismer
Gr.1986(1949.50.Dv.5).95

 

La forme
La forme est une aire circonscrite, définie ou suggérée par l’un des autres éléments (la  ligne, la couleur, la texture ou la valeur). Il existe une grande variété de formes, et dans le domaine de l’art, la forme peut être réaliste (on la qualifie parfois de figurative) ou imaginaire (on la qualifie parfois d’abstraite ou non figurative). On parle aussi de formes stylisées, qui sont celles observées dans la nature ou formes réelles mais que l’on transforme par un processus de simplification ou d’élaboration. Dans les œuvres à deux dimensions, le volume ou l’aspect tridimensionnel d’une figure peut être rendu au moyen de différentes techniques, comme le modelé dans un dessin. Pour une œuvre à trois dimensions, par exemple une sculpture, qui occupe un certain espace, on parlera de forme, étant donné que l’œuvre a un volume et une masse.
Il existe des formes rectilignes, ou formes qui sont faites de lignes droites. Il existe aussi des formes dites organiques – également appelées biomorphiques – qui sont composées de lignes courbes. 

Activité
Demandez aux élèves de dessiner ou de peindre un objet de tous les jours de façon réaliste.
Demandez-leur ensuite de représenter ce même objet en essayant d’en simplifier ou d’en élaborer les formes, de façon stylisée ou abstraite.
Proposez aux élèves de faire une composition uniquement à l’aide de formes rectilignes ; ensuite, répétez l’exercice avec des formes organiques seulement et, finalement, combinez les deux types de formes.

Jacques Linard (1597-1645)
Nature morte aux coquillages et au corail
1640
Huile sur toile
53,3 x 62,2 cm
MBAM, don de M. et Mme Michal Hornstein
1999.149

RUSSIE
Tapis à point noué
1307  ?-1890
Laine
214 x 102 cm
MBAM, don de F. Cleveland Morgan
1950.51.R.2

QUÉBEC, SAINT-URBAIN
Couvre-lit
Fin XIXe s.
Laine et coton
206,5 x 156,8 cm
MBAM, don de Mme F. Cleveland Morgan
1958.Dt.10

Vassily Kandinsky (1866-1944)
Étude pour Betonte Ecken ou Coins accentués
1922
Aquarelle
46,9 x 41,8 cm
MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend
et fonds de l'Association des bénévoles
du Musée des beaux-arts de Montréal
1977.10
© Succession Vassily Kandinsky / SODRAC (2010)

 

La valeur
Dans le domaine des arts, lorsqu’on parle de valeur, on fait référence au caractère pâle ou foncé d’une partie d’une œuvre par rapport aux autres. La valeur des couleurs correspond à sa position sur l’échelle tonale allant du noir au blanc ; la valeur des lignes correspond à leur aspect, qui peut varier de pâle à foncé ; la valeur des textures et des formes varie, quant à elle, en intensité lumineuse.

Activité
Demandez aux élèves de réaliser au fusain une échelle tonale (une série de carrés) en commençant par le gris le plus pâle, en appuyant très légèrement sur le fusain, et en terminant par le gris le plus foncé, en appuyant très fort sur le fusain.
Vous pouvez ensuite faire le même exercice à la gouache en utilisant la couleur pure, avec du noir ou du blanc. Commencez avec la teinte la plus pâle et terminez avec la plus foncée.

Bernardo Strozzi (1581-1644)
Ératosthène enseignant à Alexandrie
Vers 1635
Huile sur toile
78,9 x 99,4 cm
MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend
1959.1225

Attribué à Hokusai (1760-1849)
Canard nageant
1760  ?-1849  ?
Aquarelle
28 x 32 cm
MBAM, legs F. Cleveland Morgan
Dr.1986(1962.Ee.97).124

 

La texture
On appelle texture ce qui caractérise la surface d’un matériau ou d’un objet. Elle fait appel à deux sens : le toucher et la vue. Les artistes utilisent la texture de différentes façons. Tous les matériaux en soi possèdent une texture. Prenons pour exemple le bois ou le marbre d’une sculpture. Aussi, dans une toile, le médium qu’est la peinture, soit l’huile ou l’aquarelle, possède une texture caractéristique. La surface sur laquelle l’artiste peint a elle aussi une texture. Il arrive que l’on puisse déceler la texture de la toile elle-même sous le médium. Pour les collages, on a souvent recours aux textures réelles dans la composition ; par exemple, on utilise du jonc pour une chaise cannée ou de petits bouts de tissus que l’on colle directement sur la toile. C’est ce qu’on appelle la texture réelle. Les artistes peuvent également imiter la texture, souvent présente dans les peintures très réalistes, comme les natures mortes ou les portraits, dans lesquels les objets, les animaux, les plantes et les personnages sont représentés avec tellement de précision qu’on croirait presque « sentir » la texture des fourrures, des pétales, des habits ou de la chevelure. C’est ce qu’on appelle la texture visuelle

Activité
Apportez ou demandez aux élèves d’apporter des objets de textures variées. Montrez-leur comment imiter une texture au crayon, à l’encre, au fusain ou au crayon Conté. Réalisez une série d’études de texture petit format qui représente un échantillonnage varié de qualités de surfaces.
Demandez aux élèves de trouver des images de collages d’artistes cubistes, comme Georges Braque et Pablo Picasso. Ces artistes utilisent des pièces de texture réelle pour rehausser leurs compositions. Les élèves peuvent ensuite faire des collages en utilisant la texture réelle.

Frank Gehry (né en 1929)
Chaise longue Bulles
1979
Carton ondulé, bois, 22/50
Éditée par New City Editions
91,5 x 70,6 x 198 cm
MBAM, collection Liliane et David M. Stewart, don de Caroline Moreau
D93.271.1a-b

Cornelius Krieghoff (1815-1872)
Nature morte au gibier
1860
Huile sur toile
61,6 x 51,8 cm
MBAM, achat, successions Serge Desroches, Hermina Thau, David R. Morrice, Mary Eccles, Jean Agnes Reid Fleming, G. C. Chisholm, Margaret A. Reid, F. Eleanore Morrice
2001.33

Jacopo Robusti, dit le Tintoret (1518-1594)
Portrait d'un membre de la famille Foscari
Vers 1550
Huile sur toile
109,6 x 91,6 cm
MBAM, achat, fonds John W. Tempest
1954.1097

 

La couleur
S’il y a de la couleur, c’est qu’il y a de la lumière. La lumière fait naître la couleur. Dans les arts, la couleur est certes l’élément le plus attrayant de tous et peut d’emblée plaire ou déplaire. Certaines combinaisons de couleurs nous attirent, alors que d’autres pas. On dit des agencements de couleurs qu’ils sont harmonieux ou discordants.
La couleur possède trois propriétés : la tonalité, l’intensité et la valeur.
Pour expliquer la tonalité chromatique, il peut être utile d’utiliser un cercle des couleurs, ou cercle chromatique. La tonalité a trait à la position de la couleur dans le cercle. Les couleurs primaires sont le rouge, le jaune et le bleu. Toutes les autres couleurs sont formées à partir de ces trois couleurs primaires. Lorsque nous mélangeons les couleurs, nous changeons la tonalité des couleurs utilisées. Ainsi, si on ajoute du rouge au jaune, la tonalité du jaune change. Les couleurs secondaires sont l’orange, le vert et le violet ; elles sont formées par le mélange de deux couleurs primaires. Les couleurs intermédiaires ou tertiaires sont le jaune-orange, le rouge-orange, le bleu-vert, le jaune-vert et le bleu-violet. Chaque couleur a une couleur complémentaire qui se trouve diamétralement opposée dans le cercle chromatique. Les paires de couleurs complémentaires sont les suivantes : jaune-violet, bleu-orange et rouge-vert. 
Lorsqu’on parle de l’intensité d’une couleur, on réfère à sa luminosité (ou saturation lumineuse). Une couleur peut être éclatante ou terne. On peut jouer avec l’intensité d’une couleur en ajoutant du blanc, du noir, du gris ou sa complémentaire. En ajoutant du blanc et du noir à une couleur, on peut aussi en changer la valeur (elle devient plus pâle ou plus foncée), mais elle devient alors moins pure, et elle perd de la force et de l’intensité.
La valeur d’une couleur a trait à sa luminosité. Il existe des bleus clairs et des bleus foncés. Pour modifier la valeur d’une couleur, il suffit d’ajouter du noir pour la rendre plus foncée, ou alors du blanc, pour la pâlir.
Les couleurs chaudes sont celles qui s’apparentent au jaune ou au rouge. Les couleurs froides sont celles qui s’apparentent au bleu. Quant aux couleurs neutres, elles sont le résultat du mélange d’une couleur avec son complément. On parle également de contraste entre deux couleurs et plus – il est plus facile de remarquer les différences entre les couleurs que leurs similitudes. Notons les contrastes entre les couleurs chaudes/couleurs froides, les contrastes clair-obscur et les contrastes entre les couleurs complémentaires.
On appelle composition monochrome une œuvre réalisée à partir d’une seule couleur. Quant à la composition analogue, elle est réalisée à partir d’un choix de trois couleurs voisines sur le cercle chromatique, par exemple le jaune, l’orange et le rouge.

Activité
Demandez aux élèves de faire des exercices de couleur avec de la gouache. Choisissez une couleur pour réaliser une échelle des tons de pâle à foncé. Prenez une couleur et ajoutez-y son complément. Réalisez un cercle chromatique et réalisez toutes les couleurs secondaires et intermédiaires à partir des couleurs primaires.
Réalisez une composition monochrome.
Réalisez une composition analogue.
Réalisez une composition complémentaire.

Andrea Mantegna (1431-1506)
Didon
Vers 1500-1505
Détrempe et or sur toile de lin
65,3 x 31,4 cm
MBAM, achat, fonds John W. Tempest
1920.104

Tom Thomson (1877-1917)
Dans le Nord
1915
Huile sur toile
101,7 x 114,5 cm
MBAM, achat, souscription
1922.179

 

L’espace
En arts visuels, l’espace est parfois considéré comme un élément en soi et parfois comme une combinaison d’éléments. Nous aborderons ici la notion d’espace dans l’art à deux dimensions. En sculpture, l’espace est évidemment une composante essentielle (les sculptures occupent un espace réel), mais dans l’art bidimensionnel, l’artiste se trouve à créer l’impression d’espace.
Certains cherchent à donner de la profondeur dans leur tableau. Dans une peinture, un dessin ou une gravure, l’impression de profondeur se nomme perspective. Les artistes ont souvent recours à la perspective linéaire, qui consiste à utiliser des lignes convergentes (ou point de fuite) pour créer l’illusion de profondeur. Dans un paysage, il est courant d’utiliser la perspective aérienne. Les éléments au premier plan paraissent plus précis, et ceux en arrière-plan, plus flous. L’artiste peut également recréer l’impression d’espace en utilisant la superposition ou en plaçant les objets les uns devant les autres, les faisant se chevaucher. La position d’un élément peut également suggérer la profondeur. Les éléments de la partie inférieure d’une composition paraissent toujours plus près que ceux qui se trouvent dans la partie supérieure. La couleur peut également donner un sens de la perspective ; en effet, les couleurs chaudes semblent avancer vers vous alors que les couleurs froides semblent reculer. En peinture, on parle aussi d’espace décoratif, ce qui suggère l’aplanissement volontaire de l’image pour créer l’absence de perspective. On retrouve cette tendance dans l’art moderne, notamment chez Henri Matisse et James Wilson Morrice.   

Emmanuel de Witte (vers 1617-1692)
Intérieur avec une femme jouant de l'épinette
Vers 1660
Huile sur toile
97,5 x 109,7 cm
MBAM, achat, fonds John W. Tempest
1894.41

Laurent de La Hyre (1606-1656)
Paysage au porcher
1648
Huile sur toile
60,4 x 77,5 cm
MBAM, achat, don de Murray G. Ballantyne
et legs Horsley et Annie Townsend
1972.4

Ozias Leduc (1864-1955)
Nature morte au livre ouvert
1894
Huile sur toile
38,5 x 48 cm
MBAM, achat, subvention du gouvernement du Canada
en vertu de la Loi sur l'exportation et l'importation
des biens culturels et à un don de l'Association
des bénévoles du Musée des beaux-arts de Montréal
1985.7
© Succession Ozias Leduc / SODRAC (2010)

Andrea di Bartolo (actif, 1389-1428)
Vierge d'humilité
Vers 1400
Détrempe sur panneau
56,2 x 38,4 cm
MBAM, achat, fonds John W. Tempest
1954.1099

James Wilson Morrice (1865-1924)
Blanche
Vers 1911-1912
Huile sur toile
62,1 x 50,8 cm
MBAM, don du Dr G. R. McCall
1978.32

 

Les principes de composition
Le processus de création artistique fait appel à l’utilisation des éléments fondamentaux de l’art que sont la ligne, la forme, la texture, la valeur de la couleur (la luminosité ou l’aspect sombre des différentes couleurs) et l’espace. Les principes de l’art sont en fait des lignes directrices, et les artistes y ont recours pour obtenir une certaine cohérence dans leur travail. Néanmoins, la plupart du temps, ils les utilisent de manière intuitive au moyen de l’expérimentation, des esquisses, du déplacement, du développement ou du retrait de certains éléments. Il arrive même qu’ils doivent tout recommencer à zéro. Au final, l’artiste doit avoir un « sentiment de justesse ». Le but étant d’obtenir un sens de l’unité. Cela concerne la forme de l’œuvre. En ce sens, les parties doivent former un tout.
L’œuvre d’art est constituée d’un sujet, d’une forme et d’un contenu. Le contenu est le message, tant intellectuel qu’émotif, que l’observateur reçoit en présence de l’œuvre.

 

L’équilibre
On peut sentir que l’équilibre est atteint lorsque tous les éléments utilisés par l’artiste forment un tout, une unité, comme si le retrait d’un seul élément pouvait porter atteinte à l’ensemble de l’œuvre.

La symétrie ou l’équilibre formel
Imaginez une ligne verticale qui traverse l’œuvre en plein centre. Les éléments de part et d’autre de cette ligne sont-ils plus ou moins le reflet miroir de l’autre ?
Si les différences sont minimes, par exemple sur le plan des couleurs ou des tons, ou de la place des éléments, mais que le tout semble symétrique, on peut alors parler d’équilibre formel. Ce genre est plus propice aux sujets sérieux. En présence d’un grand nombre d’éléments, l’équilibre formel peut représenter une solution simple.

FRANCE, Limoges
La Crucifixion
XIIIe s.
Cuivre doré, émail champlevé
23,3 x 9,9 cm
MBAM, achat, don de Mlle Mabel Molson
1953.Dv.5

 

L’asymétrie ou l’équilibre informel
Imaginez une ligne verticale qui traverse l’œuvre en plein centre, les éléments de part et d’autre de cette ligne sont-ils placés de façon asymétrique ?
L’artiste a-t-il utilisé les éléments de manière libre et moins étudiée ? 
Les couleurs et les éléments choisis par l’artiste sont-ils toujours en équilibre ? 
Si c’est le cas, on peut alors parler d’asymétrie ou d’équilibre informel.

Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929)
Le Pardon en Bretagne
1888
Huile sur toile
123,5 x 68,9 cm
MBAM, legs William F. Angus
1952.1073

 

Activité
Demandez aux élèves d’utiliser des formes géométriques simples pour réaliser un collage selon les principes de la symétrie ou de l’équilibre formel.
Ensuite, demandez-leur d’utiliser les mêmes formes pour réaliser une œuvre asymétrique.

La tension
Croyez-vous que l’artiste a agencé les éléments volontairement de manière à provoquer chez l’observateur un sentiment de malaise ou de tension ?
L’artiste a-t-il utilisé le contraste, la juxtaposition ou le positionnement de certains éléments de façon surprenante ou dérangeante ?
Si c’est le cas, il s’agit bel et bien de tension, un effet qui vise à déstabiliser ou, alors, à créer un effet amusant. Le but ? Surprendre l’observateur et lui faire perdre ses repères.

Valentin de Boulogne, dit Valentin (1591-1632)
Le Sacrifice d'Abraham
Vers 1630
Huile sur toile
149,2 x 186,1 cm
MBAM, don de Lord Strathcona et de la famille
1927.446

 

Activité
Les compositions qui comprennent de grandes diagonales produisent un effet marqué de tension. Demandez aux élèves de réaliser un collage papier qui provoquera un effet de tension ou un sens du tragique. Vous pouvez aussi faire cet exercice en utilisant le contraste des couleurs ou des textures.

La dominance
Pouvez-vous déceler un contraste dans l’orientation des éléments, leur taille, leur couleur ou leur valeur ; ou alors, y a-t-il un élément marquant de l’œuvre qui attire votre attention vers un point en particulier ?
Remarquez-vous dans l’œuvre un élément ou un objet qui semble isolé et qui ressort par rapport aux autres ?
Avez-vous l’impression que certains éléments, comme les lignes convergentes, se dirigent vers un centre d’intérêt dans l’œuvre ?
Y a-t-il un élément au centre de la toile qui attire vraiment votre regard ?
L’élément dominant est celui dont tous les autres dépendent pour prendre toute leur importance. L’ordre dans lequel nous observons les éléments d’une composition et l’attention que nous portons à chacun d’eux dépend en grande partie des choix de l’artiste. Sans pour autant négliger les autres éléments de sa composition, l’artiste décidera de mettre en évidence un seul élément ou une partie de l’œuvre auquel se grefferont toutes les autres pour former un ensemble.
La dominance est absente de certaines œuvres. Pour créer un effet de répétition, l’artiste peut choisir de reproduire un élément de manière continue. Pour certaines sculptures, où la dominance est absente, le regard de l’observateur se promène sur l’ensemble de l’œuvre en trois dimensions sans jamais s’arrêter sur un élément en particulier.
Pour parler de dominance, on utilise aussi les expressions mettre l’accent ou centre d’intérêt.

Pieter Boel (1622-1674)
Nature morte au gibier et aux chiens
Vers 1660
Huile sur toile
212 x 255 cm
MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend
1965.1518

 

Activité
Demandez aux élèves de faire un dessin ayant pour thème une activité quotidienne. Grâce au principe de dominance, amenez-les à déterminer un centre d’intérêt qui attirera tout de suite l’attention de l’observateur.

Le rythme et le mouvement
Remarquez-vous un élément en particulier, soit une ligne, une couleur, une forme ou texture ou une valeur, qui se répète dans la composition ?
Votre regard est-il constamment en mouvement afin de suivre un motif répétitif ?
Remarquez-vous une alternance des couleurs, des formes, des lignes, des textures ou des valeurs qui crée une autre forme de rythme ?
Votre regard est-il attiré par un mouvement continuel qui suit un parcours sans changer soudainement de direction ?
La répétition peut prendre différents aspects : elle se présente souvent avec des variations, comme une alternance des motifs (clair et obscur, solide et vide) ; elle peut être progressive et se présenter avec une légère variation chaque fois que l’élément se répète (par exemple, la figure s’agrandit progressivement à chaque nouvelle séquence) ; elle peut suivre un parcours continu, dans un mouvement qui s’apparente à celui des vagues, où le regard suit un mouvement fluide sans jamais s’arrêter.
L’artiste, afin d’éviter l’ennui et l’effet prévisible, pourra choisir d’introduire un élément de surprise dans sa composition.

Hochu Nakamuro (culture japonaise, époque Meiji 1868-1912)
Korin Gafu
Bois gravé
25,8 x 37,3 cm (feuille), 25,8 x 37,3 cm (image)
MBAM, legs F. Cleveland Morgan
Gr.1986(1962.Ee.89).58a-n

 

Activité
Demandez aux élèves de trouver des exemples d’imagerie visuelle provenant de publicités qui font appel au principe du rythme et du mouvement. Tentez d’évaluer dans quelle mesure l’effet produit permet de livrer le message efficacement.

La variété
L’œuvre présente-t-elle un grand nombre de lignes, de formes, de couleurs, de textures ou de motifs ?
La composition se caractérise-t-elle principalement par ses contrastes et ses éléments variés ?
En l’absence d’une certaine répétition, l’œuvre peut paraître confuse et désordonnée. La variété apporte également plus de vie et de dynamisme à l’œuvre.

Carlo Bugatti (1856-1940)
Fauteuil
Vers 1895
Bois, parchemin, laiton, métal blanc, soie
149 x 75 x 58 cm
MBAM, achat, fonds de la Deutsche Bank
2002.9.1-2

 

L’économie
Est-ce que tous les détails superflus ont été filtrés pour ne conserver que l’essentiel ?
L’observation de l’œuvre évoque-t-elle dans votre esprit le terme « simplicité » et pouvez-vous dire que l’expression « moins, c’est mieux » prend tout son sens ici ?
Au cours du processus de composition et de résolution de problèmes propres à la création, le travail peut sembler chargé ou alors fragmentaire. L’artiste élimine quelquefois ces distractions pour rétablir l’ordre de l’ensemble.
L’économie est parfois associée à l’abstraction, mais les deux ne sont pas nécessairement reliées.

Mario Bellini (né en 1935)
Chaise Cab
Modèle 412
1976
Acier émaillé, mousse de polyuréthane,  cuir
Éditée par Cassina, de 1976 à nos jours
80 x 47 x 42 cm
MBAM, collection Liliane et David M. Stewart, par échange
D93.254.1a-b

 

Activité
Montrez les deux exemples de chaise aux élèves. Faites-les voter selon leur préférence. Demandez-leur de motiver leur choix et amenez-les à en débattre en faisant ressortir les points forts et les points faibles de chaque design.