Estampes américaines de l’entre-deux-guerres


Du 26 février au 9 novembre 2008

L’Entre-deux-guerres a été marqué aux États-Unis par des transformations radicales telles que l’essor des grands centres urbains, mais aussi l’exode rural et le passage d’une société basée sur l’agriculture à une société industrielle. Durant cette même période, les États-Unis, et principalement la ville de New York, ont été le théâtre d’une véritable « explosion » dans l’utilisation et le développement de la gravure. Les sujets représentés nous donnent une idée de ce que pouvait être la vie en ce temps-là, marquée par les souvenirs d’après-guerre et l’exubérance des années 1920, puis par le désespoir de la Grande Dépression. Les œuvres présentées proviennent de la collection du Musée, incluant de nombreux dons récents du docteur Sean B. Murphy, mais également de prêts de collectionneurs privés.

Les graveurs américains se sont inspirés de deux courants traditionnels du patrimoine artistique de leur pays : d’un côté, une représentation directe et réaliste de la vie, et de l’autre, l’évocation d’une expérience visionnaire, issue de l’idéologie quasi-religieuse des peintres américains du XIXe siècle mais qui s’est transformée par la suite en un programme de réforme sociale. The Murder of Edith Cavell, la lithographie de George Bellows exposée à New York juste un mois après l’armistice, reprend un thème de propagande : les atrocités commises par les forces allemandes pendant l’occupation de la Belgique. Les gravures sur bois de style cubo-futuriste de John Murphy, inspirées du Vorticisme anglais et exécutées juste après la guerre, reflètent la formation reçue par cet artiste avant la guerre, en Angleterre. Les œuvres de Murphy du début des années 1920, qui se caractérisent par des figures simplifiées à l’extrême, sont une expression de la recherche ardente de spiritualité chez l’humain – qu’il s’agisse de la souffrance des soldats dans les tranchées ou de la noblesse du travail des moissonneurs. Tirant parti du renouveau de l’eau-forte au XIXe siècle en Europe, l’influent aquafortiste américain John Taylor Arms est devenu l’un des chefs de file de cette technique, exécutant avec brio des centaines d’eaux-fortes entre les années 1920 et 1930 qui connurent un vif succès commercial. Son travail est représenté dans l’exposition par une remarquable gravure du quartier de Manhattan vu de la fenêtre de Knoedler (un commerçant très en vue), récemment offerte au Musée.

Le paysage urbain unique de New York, qui suggère toutes les promesses et ambitions exaltantes propres à la nouvelle ère industrielle, a inspiré de nombreux artistes de cette époque. Exécutées suivant divers procédés, les estampes de Mark Freeman et d’Armin Landeck célèbrent la nouvelle esthétique urbaine. En même temps, Bellows, Martin Lewis, Benton Spruance et Reginald Marsh explorent le quotidien de l’homme du peuple dans la ville – du travail en usine (Lewis) aux dures réalités de la vie urbaine et aux jeux de rues (Bellows et Lewis), en passant par l’univers miteux des spectacles racoleurs (Marsh). L’exposition se penche aussi sur l’isolement et les aspirations personnelles de l’individu dans la société, qu’évoque tout particulièrement l’obsédant Vent du soir d’Edward Hopper (collection Freda et Irwin Browns). À ces estampes s’ajoutent quatre photographies d’époque exceptionnelles réalisées par Ansel Adams, qui font partie de la collection du Musée.