Refus global : 60 ans plus tard
Du 19 juin au 7 décembre 2008
Présentée du 19 juin au 7 décembre 2008 au Musée des beaux-arts de Montréal, l’exposition Refus global : 60 ans plus tard célèbre un événement capital de l’histoire du Québec. Elle permet également de souligner la générosité des bienfaiteurs dont le Musée dépend pour enrichir ses collections, en mettant en lumière les œuvres automatistes acquises au cours des dix dernières années, et dont plusieurs sont exposées pour la première fois. L’expositionregroupe 58 tableaux et dessins de Marcel Barbeau, Paul-Émile Borduas, Claude Gauvreau, Marcelle Ferron, Fernand Leduc, Jean-Paul Mousseau et Jean-Paul Riopelle, de même que des photographies de Françoise Sullivan prises par Maurice Perron, tous signataires de la scandaleuse préface du manifeste. Les visiteurs peuvent également voir des exemples des œuvres ultérieures de ces artistes et ainsi en saisir l’évolution formelle vers une abstraction non référentielle.
Plusieurs œuvres ont une importance historique particulière, parmi lesquelles des acquisitions récentes telles que 14.48 ou Cimetière glorieux (1948) de Paul-Émile Borduas, un tableau reproduit dans le manifeste Refus global ; Sans titre (1946) de Jean-Paul Riopelle, une œuvre créée au début de la carrière de l’artiste, un an après qu’il eût joint le groupe des automatistes ; Alerte aux pauèzes (1947) de Pierre Gauvreau, une interprétation très personnelle que fait ce dernier de l’automatisme ; ainsi que Chromatisme binaire, bleu rouge (1964) de Fernand Leduc, un tableau qui montre le cheminement du peintre dans la période postérieure à l’automatisme, alors que sa peinture devient plus contrôlée par le biais d’une abstraction aux contours définis.
Trois acquisitions récentes d'œuvres de Jean-Paul Riopelle font partie de l’exposition mais les visiteurs sont invités à en découvrir d’autres dans la salle qui lui est consacrée. Pour permettre de mieux comprendre le travail de certains artistes, des œuvres acquises antérieurement sont également présentées.
Lancé à la Librairie Henri Tranquille à Montréal, le 9 août 1948, le Refus global était un projet collectif des automatistes, groupe multidisciplinaire composé de 16 artistes1 qui allaient bientôt se faire connaître en peinture, en danse, en poésie et en théâtre. À titre de chef du mouvement automatiste et de professeur à l’École du Meuble, Paul-Émile Borduas a joué un rôle de pivot au sein du groupe. Inspiré par sa découverte d’André Breton et du surréalisme, il a encouragé les artistes à adopter l’impulsion automatique inhérente à l’écriture de Breton et à travailler spontanément, sans idée préconçue. Faisant appel à la sensibilité de ceux et celles qui privilégiaient l’innovation, Borduas a eu une influence incroyable sur les artistes qui étaient attirés par l’art moderne et qui cherchaient d’autres voies que celle de la peinture académique traditionnelle.
Les textes, pièces de théâtre, photographies (du groupe) et illustrations qui composent le manifeste du Refus global révèlent clairement que les opinions libérales de Borduas se sont répercutées non seulement sur tous les arts, mais que son influence s’est exercée au-delà de cette sphère, jusque dans les domaines politique et religieux. Ses affirmations étaient radicales et scandaleuses pour l’époque, puisqu’il dénonçait les deux idéologies qui régnaient en maîtres sur le Québec des années 1940, à savoir le régime religieux du catholicisme et le conservatisme de l’Union nationale de Maurice Duplessis. Il s’agissait là d’un cri qui appelait à se libérer de ces autorités oppressives et à s’ouvrir au monde. Considéré comme un élément crucial dans le développement de la modernité du Québec, le Refus global a contribué à ce que le peuple québécois, prenant conscience de son isolement et attiré par les nouvelles propositions de Borduas, puisse finalement rejoindre les courants sociaux et culturels internationaux.
Madame Iris Amizlev, historienne de l’art, est la commissaire invitée de l’exposition.
L’accès à l’exposition, située dans le pavillon Jean-Noël Desmarais, est libre en tout temps.
1. Bruno Cormier était l’exception puisqu’il n’était pas artiste, mais poursuivait alors des études de médecine.