Kent Monkman
Danse au Berdache
Du 6 mai au 4 octobre 2009
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| Danse au Berdache |
Du 6 mai au 4 octobre 2009, le Musée présentera la dernière grande oeuvre de l’artiste torontois Kent Monkman, Danse au Berdache. Composée de cinq grandes projections, cette installation vidéo propose une interprétation contemporaine d’un rituel autochtone traditionnel mettant en scène le Berdache, personnage masculin dont les moeurs et l’existence même ont étonné, pour ne pas dire scandalisé, nombre d’explorateurs de l’Ouest nord-américain.
Les habitués du Musée connaissent bien l’oeuvre de Monkman. Sa grande peinture intitulée Trappeurs d’hommes, extravagante copie trafiquée d’une toile d’Albert Bierstadt (Among the Sierra Nevada, California, 1868), acquise en 2006, compte déjà parmi les pièces les plus populaires de notre collection d’art contemporain. L’an dernier, nous avons acquis et présenté sa série de photographies intitulée Naissance d’une légende, montrant l’artiste travesti en différentes incarnations historiques de la femme amérindienne. À travers toutes ses oeuvres, qu’il s’agisse de peintures, de photographies, de performances, ou encore d’installations vidéo, Monkman se plaît à redéfinir, non sans humour, les rôles historiquement impartis aux Amérindiens, en évoquant notamment leurs moeurs homosexuelles, attestées par les récits des voyageurs, mais occultées dans l’imagerie du « noble sauvage ». Ainsi qu’il le dit lui-même : « Dans un monde en changement perpétuel, nous devons constamment nous redéfinir à titre d’Autochtones. Nous ne pouvons nous soustraire à l’Histoire, mais rien ne nous empêche de remettre en cause la subjectivité de ceux qui l’ont écrite. » Miss Chief Eagle Testickle est cet alter ego fictif que Monkman s’est composé pour donner la réplique à l’Histoire.
Danse au Berdache s’inspire d’une peinture du même titre du peintre américain George Catlin (1796-1872), illustrant une danse, répandue parmi les nations Sauk et Fox, de guerriers autour du Berdache, visiblement réjouis et excités par la situation. Dans ses mémoires publiés en 1844, From Letters and Notes on the Manners, Customs, and Conditions of North American Indians, Catlin commente ce rituel en des termes peu sympathiques : « L’une des coutumes les plus dégoûtantes et les plus inexplicables qu’il m’ait été donné de voir au pays des Indiens... et où il serait souhaitable qu’elle s’éteigne avant même qu’on puisse en attester encore davantage.»
Répartie sur cinq écrans en forme de peaux de bison, la version « monkmanienne » de cette scène montre Miss Chief Eagle Testickle incarnant le Berdache en pleine danse. Confiée à l’acteur, chorégraphe et danseur canadien d’origine crie Michael Greyeyes, la chorégraphie s’inspire tout autant du pow-wow traditionnel que de la danse contemporaine. La musique, elle, signée par le compositeur torontois Phil Strong, est une interprétation libre et rythmée du Sacre du printemps de Stravinski, chef d’oeuvre moderne lui même inspiré d’anciens rites tribaux. Comme le remarque le critique Barry Ace, « Fait intéressant, l’une des imageries les moins considérées et les plus controversées de Catlin allait devenir l’élément d’un ensemble d’oeuvres plus importantes, même enclavée pendant plus d’un siècle dans une stase monolithique. Monkman a manifestement libéré l’esprit et l’intention de la danse, et lui a redonné un nouveau souffle. »

Kent Monkman (né en 1965); Danse au Berdache; Installation vidéo, 2008; Avec l’aimable autorisation de Bruce Bailey Fine Arts; © Christopher Chapman