Échauffement planétaire : images d’un monde sous tension
Œuvres de la collection d’art contemporain du Musée des beaux-arts de Montréal
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Le Musée a conçu le premier déploiement de sa collection
permanente sous l'angle d'un monde sous tension.
La multiplication des armes nucléaires, le réchauffement
climatique et les bouleversements démographiques sans précédent compromettent
l'avenir planétaire comme aucun conflit ancien ne l'avait fait.
« Si la destruction, la damnation et la catastrophe traversent toute
l'histoire de l'art, ces réalités prennent aujourd'hui une forme et une signification
alarmantes dont l'art est le témoin anxieux » explique Stéphane Aquin, conservateur
de l'art contemporain au MBAM et responsable de l'aménagement de ces nouvelles galeries.
« Give me back the Berlin wall / Give me Stalin and St. Paul / I've seen the future, brother / It is murder »,
chantait Leonard Cohen dans The Future (1992). Avec son roman The Road (La Route),
qui s'est mérité le prix Pulitzer en 2007, l'auteur américain Cormac McCarthy a donné
une de ses images les plus extrêmes à cet avenir de meurtre, celle d'un monde de cendres
traversé çà et là de bandes cannibales.
Un parcours à travers l'imaginaire du pire
Le parcours des salles trace un itinéraire symbolique à travers cet imaginaire du pire.
Des luttes idéologiques, on passe aux conflits réels, puis aux ravages infligés au monde,
pour ensuite s'avancer dans les méandres de l'aliénation individuelle et les balbutiements
sauvages d'une véritable culture de la destruction. Don récent de l'artiste canadien
Steven Shearer, Poème IV (2005), une grande peinture murale allant du sol au plafond,
décline froidement des phrases tirées de la musique « Death Metal » comme autant de
versets apocalyptiques : « FLUORESCENT BLEEDING CHAOS [...] SKULLFUCKING ARMAGEDDON [...] »
Des acquisitions récentes
L'installation des galeries permet de présenter pour la première fois au public de nombreuses
œuvres récemment acquises. Outre l'œuvre de Shearer, il faut mentionner l'installation vidéo
Supernatural (2005) de Roy Arden, également un don de l'artiste. Puisant dans les archives
filmées de la CBC, Arden a collé bout à bout comme autant de petits tableaux, des extraits de
la couverture des émeutes de la Coupe Stanley qui avaient ravagé Vancouver en 1994. Derrière
ces scènes de chaos et de destruction se profile la mémoire des images de Goya, de Warhol, de Manet...
De Julie Moos, on peut voir Ken et Anita (2001), de la série « Monsanto ».
Cette image d'un père et de sa fille devant leur champ de maïs génétiquement modifié prend
valeur d'allégorie du dérèglement de nos valeurs à l'endroit de la nature et de ses lois.
Autre pièce remarquable, qui fera bientôt partie de la collection du Musée, le collage photographique
Terminal Velocity (2001) de la très grande Carolee Schneemann. L'une des rares artistes
américaines à s'être attaquée de front à l'épisode du 11 septembre 2001, Schneemann aborde
l'Histoire sous l'angle du destin aussi spectaculaire que tragique de ces corps chutant des
tours en feu et dont les images ont fait le tour du monde. De la même génération que Schneemann
et comme elle une artiste engagée de la première heure, Nancy Spero livre une vision hallucinée
de la guerre dans Fusée et homme-victime, un rare dessin de 1966 donné au Musée par Diana
Nemiroff et Jean-Pierre Gaboury.
Des œuvres majeures à redécouvrir
L'installation des nouvelles galeries d'art contemporain est également l'occasion de montrer des
pièces trop longtemps remisées, dont la Femme assise sur un lit (1993), de George Segal, ou bien
Mercenaires II (1979), de Leon Golub, ou encore Paysage près de Coblence (1987) de Gerhard Richter,
bucolique vision recouvrant mensongèrement le souvenir d'une Allemagne détruite par la guerre.
Autre nouveauté, des œuvres d'autres époques ou d'autres cultures faisant écho aux thèmes
abordés ont été intercalées çà et là. À côté du poème de Shearer, on peut voir un tableau
de Herri met de Bles (milieu du XVIe s.) représentant la destruction de Sodome et Gomorrhe.
Ailleurs, une gravure de la série « Les misères et les malheurs de la guerre »
de Jacques Callot (1633). Aussi, sous quelques vitrines, une documentation d'appoint rappelle
que les réactions des artistes au monde qui les entoure ne sont pas surfaites, mais au
contraire que la réalité dépasse la fiction, et de très loin hélas!
Libre
Entrée libre
Pavillon Jean-Noël Desmarais
Niveau S2

Salles d'art contemporain, Musée des beaux-arts de Montréal. Photo MBAM, Christine Guest, 2009