La terre est bleue comme une orange


Du 14 septembre 2010 au 21 août 2011

Libre Entrée libre
Carré d'art contemporain
Pavillon Jean-Noël Desmarais, niveau S2

Il y a moins d’un an, le Musée des beaux-arts de Montréal
inaugurait de nouvelles salles d’exposition dédiées exclusive-
ment à l’art contemporain, deux fois plus grandes qu’avant,
avec la promesse de présenter annuellement des oeuvres
de la collection du Musée, selon des thématiques originales.
Promesse tenue avec La terre est bleue comme une orange,
la seconde présentation de la collection d’art contemporain
du Musée des beaux-arts de Montréal, à l’affiche du 14
septembre 2010 au 27 mars 2011, dans les galeries
réaménagées grâce à un important partenariat d’affaires
avec Loto Québec.

En contrepoint à la première installation, Échauffement plané-
taire : images d’un monde sous tension
, le Musée a choisi de
regrouper une trentaine d’oeuvres où se lit un certain sens
du merveilleux. Si l’art rend compte de l’état du temps
présent, lourd de motifs d’inquiétude, il peut aussi choisir
de dépasser l’ordre factuel des choses et se déployer dans
l’imaginaire. L’exposition La terre est bleue comme une
orange
réunit des photographies, des peintures, des sculp-
tures, des installations, des vidéos, des maquettes,
d’artistes canadiens, surtout, mais aussi européens,
américains et japonais. Elle regroupe nombre d’oeuvres,
la plupart récemment acquises, certaines prêtées, qui
ouvrent des voies où les spectateurs inquiets que nous
sommes devenus peuvent soudainement, brièvement,
envisager autrement le monde. L’accès à l’exposition est
libre en tout temps.

Le titre de l’exposition, emprunté au poète surréaliste Paul
Éluard, n’est d’ailleurs pas anodin, puisque ce mouvement
artistique, né sur les décombres de la Grande Guerre,
réaffirma le pouvoir de l’imagination sur la vie. Serions-nous
encore capables, comme les surréalistes, de croire en la
« surréalité », cette « réalité absolue » dont parlait André
Breton ? On peut en douter. Tout comme nous sommes
également revenus de la candeur utopiste des années 1960,
actuellement l’objet d’une introspection quasi archéologique
de la part de nombre d’artistes. Idem de l’illusion que l’art
peut à lui seul réenchanter le monde, illusion dont le dernier
sursaut remonte aux beaux jours de la Transavanguardia
du début des années 1980 et sa foi dans la résurrection
des mythes.

Une échappée vers l’imaginaire

Le moment semble peu propice à la rêverie. Et pourtant, la scène artistique contemporaine
regorge de pratiques et d’oeuvres où se fait jour un évident désir d’enrichir notre perception
par le recours à la fable, au rêve, à l’utopie, ou à des retrouvailles nouvelles avec l’ordre
naturel. Une des oeuvres de l’exposition fait ouvertement référence à l’exemple surréaliste
dans son titre. L’installation Yo nunca he sido surrealista hasta el día de hoy [Je n’ai jamais été
un surréaliste avant aujourd’hui], de Carlos Garaicoa, représente, sous forme de maquette,
« une ville nocturne, rêvée, une ville fascinante et éphémère » dont les lumières s’allument
et s’éteignent au rythme du souffle. À l’opposé de cette vision fantasmatique de la ville,
David Rokeby, dans Seen, transfigure une scène sur la place Saint-Marc de Venise en quatre
tableaux géants qui décortiquent, avec des couleurs irréelles, le mouvement des hommes
et des oiseaux à travers l’espace.

Le parcours de l’exposition

Le parcours de La terre est bleue comme une orange mène le visiteur à travers une série
de stations dans cet imaginaire de l’autrement, depuis la transformation de la ville jusqu’à
celle de la nature en passant par la fable et le merveilleux, voire le monstrueux. Dans Lunes
rouges
, trois immenses lunes de couleur sang coulées dans le verre, l’artiste américaine Kiki
Smith imprègne l’ordre cosmique de sa féminité. Cette oeuvre exceptionnelle, qui célèbre
les noces fluides du cosmos et du corps, n’a pas été montrée depuis son acquisition en 1999.
La fusion rêvée avec une nature dénaturée, tel semble être aussi le souhait paradoxal de
Pipilotti Rist, cette grande artiste suisse dont le Musée a présenté une rétrospective en 2000.
Femme de pluie (I Am Called a Plant), acquise à cette occasion, montre l’artiste étendue dans
une flaque d’eau, sous la pluie, absorbée dans son abandon. Ses cheveux sont orange. Une
oeuvre vidéo récemment acquise de la jeune artiste cubaine Glenda León, Cada respiro
[Chaque souffle], montre également une femme étendue, cette fois dans l’herbe, au bord
de la mer. Au rythme de sa respiration, une fleur se dégage du motif de sa robe et pousse
de sa propre vie. L’Australienne Patricia Piccinini, pour sa part, imagine une voie inverse, celle
de la « naturalisation » de la technologie. Dans Nid, une oeuvre prêtée par un collectionneur
privé, elle conçoit une famille de scooters tendrement enlacés, comme s’il s’agissait de
mammifères.

L’exercice de l’imaginaire emprunte également ces voies traditionnelles de l’art que sont
le paysage et le portrait. Le Serpent qui danse dans la paix de l'aube, de Rick Leong, est un
dragon se transformant en une presqu’île qui se perd à l’horizon. Formé à Vancouver puis
à Montréal, où il vit maintenant, Leong cherche à croiser l’héritage de sa culture chinoise et
le vocabulaire fabuleux des mangas et des jeux vidéo. C’est à un croisement similaire que
s’adonne le peintre américain Erik Parker dans Gourou, un don récent du collectionneur
torontois Bruce Bailey pour le 150e anniversaire du Musée. Parker dévie la tradition pop de
Peter Saul, son professeur à San Antonio, vers les territoires inexplorés de la fantaisie et
de la superstition. Ce portrait monumental d’un dieu impossible, né du croisement purement
plastique de traits et de faisceaux de couleur, semble susceptible de se désintégrer à tout
moment.

Nathalie Bondil, la directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal,
a la volonté constante de promouvoir l’art contemporain plus activement, de soutenir un milieu
fragile mais essentiel — artistes, galeries, collectionneurs et amateurs, étudiants et curieux,
d’ici et d’ailleurs. Et cette mission passe selon elle par la gratuité d’accès, elle en est convaincue.
« Le Musée est résolu à s’engager plus avant afin de devenir un partenaire incontournable,
une plateforme de rencontre, bien ancrée dans son temps. C’est pourquoi j’ai voulu consacrer
plus d’espace à l’art contemporain, dégager l’architecture des galeries souterraines et, enfin,
favoriser le dynamisme des présentations avec, d’une part, un renouvellement thématique
annuel de notre très riche collection, d’autre part, une programmation d’expositions renforcée
et ouverte à toutes les disciplines actuelles », a tenu à préciser Nathalie Bondil.

 

 

1. Erik Parker (né en 1968), Gourou, 2008-2009, acrylique sur toile, 251,5 x 229 cm, MBAM, don de Janet
     et Bruce Bailey

2. Patricia Piccinini (née en 1965), Nid, 2006, fibre de verre, peinture pour automobile, pièces de scooter,
     cuir, 90 x 150 x 170 cm, prêt d’une collection particulière

3. Carlos Garaicoa, Né à La Havane en 1967, Yo nunca he sido surrealista hasta el día de hoy [Je n'ai jamais
     été un surréaliste avant aujourd'hui], 2008. Bois, carton, matières synthétiques, métal, éléments
     électriques, édition de 3. Musée des beaux arts de Montréal, Achat, fonds de la Campagne du Musée.
     1988 1993