De Renoir à Picasso : les chefs-d’œuvre du Musée de l’Orangerie


Du 1 juin au 15 octobre 2000


Affiche de l'exposition

Affiche de l'exposition

Le premier jour de juin 2000, Montréal, et plus particulièrement le pavillon Jean-Noël Desmarais du Musée, accueillait une exposition qui faisait déjà parler d'elle en termes élogieux. Elle s'intitulait De Renoir à Picasso et comprenait une sélection d'œuvres de grands maîtres provenant du Musée de l'Orangerie. Ce musée français, alors en rénovation, avait permis exceptionnellement que ses tableaux sortent de Paris pour une tournée mondiale dont Montréal et Fort Worth (Texas) allaient être les seules étapes nord-américaines.

De Renoir à Picasso réunissait quatre-vingt-un chefs-d'œuvre de la collection Walter-Guillaume, une collection bâtie en grande partie par un marchand de tableaux, mécène et collectionneur, du nom de Paul Guillaume. Mais qui était cet homme visionnaire?

Qui était Paul Guillaume?
Paul Guillaume, décédé le 1er octobre 1934, à l'âge de 42 ans, aurait sans doute pu dire à la veille de sa mort, à l'instar du cardinal Mazarin : « Quel malheur de quitter tout cela! » Pour Guillaume, marchand de tableaux et amateur d'art, « cela », c'était sa collection privée et les pièces de choix qu'il réservait à ses clients. Discret, voire secret, ne se laissant vraiment deviner qu'à travers les objets qu'il collectionnait et les artistes qui l'intéressaient, Guillaume avait grandi dans le bouillonnement des avant-gardes artistiques : fauvisme, cubisme, Ballets russes et abstraction naissante.

C'est dans un Paris en partie vidé de ses créateurs par la Première Guerre mondiale que Paul Guillaume, écarté de l'armée pour des raisons de santé, commence une carrière précoce où l'audace de la jeunesse le dispute à la sagacité du connaisseur. Ses expositions consacrées à Derain en 1916 - ainsi qu'à Matisse et à Picasso en 1918 -, conservent à la scène artistique un semblant de vitalité. Par la suite, il s'intéresse à De Chirico, Vlaminck, Modigliani et Utrillo, et consacre aussi beaucoup d'efforts à des artistes comme Cézanne ou Rousseau, que le public n'a pas encore apprivoisés. Érudit, il innove en accompagnant ses expositions de catalogues soignés. Sa revue, Les Arts à Paris (publiée à partir de 1918) fait non seulement une large place à l'art moderne, mais aussi à ce qu'on nomme alors « l'art nègre ».

S'il faut en croire Colette Giraudon, Guillaume est encore adolescent lorsqu'il découvre l'art nègre. Il n'achète ses premiers Picasso que pour les vendre et acquérir des sculptures nègres, qu'il cherche ensuite à revendre… à Picasso. Dans un billet non daté, il écrit : « À Monsieur Picasso, artiste peintre, 11, Blvd de Clichy : "Monsieur. J'apprends par Monsieur Apollinaire que vous vous intéressez à mes statues nègres. J'en ai 6 sous la main que je puis vous porter à domicile à l'heure que vous voudrez bien me fixer… »

Bien que l'art nègre fût absent de l'exposition que présentait le Musée des beaux-arts de Montréal à l'été 2000, il importe d'en signaler l'importance, tant pour Guillaume ou pour le poète et critique Apollinaire que pour des artistes comme Picasso ou Modigliani (rappelons l'exposition Modigliani inconnu, présentée au Musée en 1996, dont les dessins évoquaient justement cette influence). Guillaume, conscient que l'histoire de l'art nègre reste à écrire, réalise quelques-unes des premières études à ce sujet, acquérant de ce fait une autorité reconnue par des spécialistes du temps. Il lui répugne de confondre, contrairement à d'autres, en les mettant sur le même plan dans une sorte de melting-pot anti-art : l'art nègre, l'art océanien, l'art précolombien, l'art des enfants, voire « l'art des fous », sans égards à leurs particularités respectives.

Vers la fin de sa vie, Guillaume semble envisager la possibilité de mettre en vente sa collection d'art africain. En éternel curieux, il vient, semble-t-il, de se découvrir un penchant nouveau pour l'art iranien ancien, mais le temps lui manque. (Coïncidence, au même moment, en 1931, le Musée des beaux-arts de Montréal acquiert des bronzes d'une région de l'Iran, le Luristan, du genre qui intéresse Guillaume.) Sa mort prématurée aura aussi empêché Guillaume de réaliser son rêve de rendre publique sa collection privée de tableaux qu'il avait toujours considérée comme une sorte de musée mis à la disposition des artistes et des spécialistes.

Veuve et héritière de Paul Guillaume, Domenica Lacaze donnera à cette collection un tour bien personnel en lui ajoutant des œuvres de son choix. C'est elle également qui demandera que, une fois acquise par les Musées nationaux français, la collection associe dans l'intitulé le nom de son second mari, Jean Walter, à celui de son premier, Paul Guillaume.

La collection Walter-Guillaume était mise en circulation pour une tournée unique au Japon, en Australie, au Canada et aux États-Unis. Montréal et Fort Worth (Texas) furent les seuls étapes nord-américaines de cette tournée. Abitibi-Consolidated était le commanditaire présentateur de l'exposition qui bénéficiait également d'un appui majeur du ministère des Affaires municipales et de la Métropole. Air France était le transporteur officiel de l'exposition. Celle-ci avait aussi reçu l'appui du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d'indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.