Art québécois et canadien, 1980-2010
Nouvelles acquisitions


Entrée libre
Pavillon Jean-Noël Desmarais, niveau S2

 

Au cours des dernières années, la collection du Musée s'est enrichie de pièces remarquables d'artistes québécois et canadiens contemporains. Dans le cadre de la saison consacrée à l'art d'ici, le Musée présente ces acquisitions récentes, parmi une sélection d'œuvres phares de la collection d'art contemporain allant de 1980 à 2010.

 

Orientation par Joanne Tod — Don du 150e
Ce tableau de 1988 d'une peintre torontoise d'origine montréalaise, a déjà valeur d'acquisition historique puisque l'œuvre date du moment où la réception critique de l'artiste est à son faîte. Depuis la fin des années 1970, en effet, Joanne Tod s'évertue à restituer à la peinture figurative ses capacités critiques, et ce, à une époque où cette forme d'art semble avoir été durablement discréditée, sur ce plan, par l'installation et la performance. Pour elle — comme pour ces peintres dits de la Pictures Generation de New York, dont Jack Goldstein et Robert Longo, représentés dans notre collection — la peinture est le lieu d'une interrogation (féministe) de la mécanique des images et de leur pouvoir de fabrication du goût.

Orientation montre une vue partielle du groupe sculpté du Vénitien Antonio Canova, Les trois Grâces, dans son décor palatial, aujourd'hui le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Réalisé en 1813 après des années d'esquisses, ce groupe, dont il existe un autre exemplaire (propriété conjointe du Victoria and Albert Museum, Londres, et des National Galleries of Scotland, Édimbourg), est peut-être l'un des plus connus et reproduits du répertoire de la sculpture occidentale, avec la Pietà et le David de Michel-Ange. Il incarne et emblématise la conception néoclassique du beau qui se fait jour en Europe au tournant du XIXe siècle. Aussi, l'histoire de ce groupe a ceci d'intéressant qu'il naît, en ces dernières années de guerres napoléoniennes, de deux commandes concurrentes, la première de l'impératrice Joséphine de Beauharnais, et la seconde, du Britannique John Russell, duc de Bedford. Le fait que cette œuvre, célébrant le canon du beau féminin, soit née de parties en conflit l'une contre l'autre, est éloquent à bien des égards!

Tod dépeint ce célèbre groupe décapité et tronqué de ses pieds, comme sous l'effet d'un cadrage photographique qui aurait agi comme un lit de Procuste sur l'histoire de l'art. Ce faisant, elle soulève une vaste problématique qui touche tout autant à la question de l'esthétique et de son historicité, aux rapports entre le beau et la politique, qu'au rôle des musées dans la reproduction des canons du goût.

Nous remercions Jack et Harriet Lazare et leur famille de nous avoir offert, pour souligner le 150e anniversaire du Musée, cette œuvre exemplaire de cette artiste majeure dont nous ne possédions pourtant aucune pièce.

 

2. Pierre Dorion, Vanité (détail)

Vanité par Pierre Dorion — Don du 150e
De quelques années plus jeune que Joanne Tod, Pierre Dorion est également un acteur clé de ce renouveau de la peinture figurative au Canada. Plus formaliste, voire philosophique, que politique, son œuvre entretient, avec la photographie comme avec l'histoire de l'art, des rapports tout en nuances. à l'occasion de l'exposition au Musée en 2010, qui pour la première fois présentait sa peinture en relation avec les photographies dont elle s'inspire, il déclarait : « Depuis une quinzaine d'années, je travaille à partir de photos instantanées que je prends, des photos qui représentent des lieux, des architectures ou des détails d'architecture, des intérieurs, mais jamais de figures humaines. »

Cette Vanité (2004) est peinte à partir d'une photographie de l'intérieur d'une loge, prise en Inde par un ami — fait exceptionnel, car d'habitude Dorion utilise ses propres images. Caractéristique des œuvres de l'artiste, la composition du tableau est remarquablement formelle avec des lignes parallèles fortes démarquant le sol du mur, de la table, du miroir par des plans monochromes rectangulaires de couleurs unies. De cette structure statique, les objets — sèche-cheveux, fil électrique, rideau, tabouret rouge — se détachent avec une clarté qui tient de l'hallucination, conférant une résonance symbolique à cette vanité d'un genre nouveau. De Pierre Dorion, nous ne possédions aucune œuvre postérieure à 1999. L'addition de cette peinture datée de 2004 permet d'ajouter une autre étape à la lecture de son oeuvre au sein de notre collection.

Nous remercions les parents de l'artiste, M. René et Mme Janine Dorion, de nous l'avoir généreusement offerte pour le 150e anniversaire du Musée.

 

3. Barry Allikas, Au-dessus du lac Supérieur (détail)

Barry Allikas
Toujours au chapitre de la peinture canadienne, nous avons acquis deux œuvres qui, toutes opposées qu'elles puissent être en matière de style et d'effets plastiques, ont pour sujet une certaine mémoire picturale du paysage canadien. Du Montréalais Barry Allikas — de qui nous possédions une œuvre de 2002, Mille, d'une facture géométrique — nous avons acquis Au-dessus du lac Supérieur (2009), une grande toile dont les lignes ondoyantes et précises, bien qu'abstraites, dessinent un paysage nordique glacial et idéalisé. Par son titre comme par son style, l'œuvre fait référence au travail sur le paysage canadien entrepris au début du XXe siècle par le Groupe des Sept à la baie Georgienne, en particulier par Lawren Harris.

 


4. Kim Dorland, Nature Painting II (détail)

Kim Dorland
Hommage d'un tout autre genre à l'histoire du paysage canadien, Nature Painting II (2008), du peintre torontois d'origine albertaine Kim Dorland, exhibe une nature luxuriante invraisemblablement peuplée de tous les animaux imaginables : aigle, écureuils, hibou, papillon, loup, canards, oiseaux, tortue, orignaux… Vision fantasmagorique de la forêt canadienne — inspirée en fait des paysages observés lors de la résidence de Dorland aux ateliers d'Emma Lake, situés dans le parc national de Prince Albert en Saskatchewan, — Nature Painting II est également un hommage à la sauvagerie extrême de la peinture, à la dépense excessive de la couleur, qui fait apparaître les formes, en même temps qu'elle les noie sous un débordement pigmentaire.

Nous remercions chaleureusement M. Pierre Trahan d'avoir accepté de se départir, au profit du Musée, de cette oeuvre qui lui tenait à coeur.


Kevin Schmidt
Autre variation sur le paysage, cette fois sur le mode de l'installation vidéographique, Wild Signals (2007) met en scène, au milieu d'une vallée encastrée dans les Rocheuses du Yukon, un spectacle de lumières et de fumée, sur la musique de John Williams (Wild Signals) qui a servi de thème au film Close Encounters of the Third Kind [Rencontres du troisième type] (1977). Thème privilégié de l'œuvre de Kevin Schmidt de Vancouver — dont nous avions présenté l'installation Long Beach Led Zep dans l'exposition Son et Vision au Musée en 2006 —, Wild Signals instaure la culture au sein de la nature, de manière à révéler le caractère paradoxalement artificiel de celle-ci. Le sublime est une vue de l'esprit, une catégorie esthétique, voire un chapitre de l'histoire de l'art.

 

Le Musée remercie Loto-Québec de son précieux soutien dans la présentation gratuite d'œuvres d'art contemporain de la collection du Musée.