Warhol Live - Du 25 septembre 2008 au 18 janvier 2009

Exposition


 

 

Opera News, 1er décembre 1958
Couverture de Warhol
Collection Paul Maréchal
Courtesy Opera News

Pour la première fois dans l’historiographie de l’œuvre d’Andy Warhol (1928-1987), l'exposition-événement Warhol Live, présentée du 25 septembre 2008 au 18 janvier 2009, mettra en lumière l’omniprésence et le rôle fondamental joué par la musique et la danse, dans l’œuvre et dans la vie de l’artiste. Élément narratif essentiel, présente tout au long du parcours de l’exposition, la musique guidera le visiteur dans une redécouverte de l’œuvre de Warhol. Cette perspective tout à fait inédite suivra une lecture chronologique et thématique, depuis la musique de film que Warhol découvre dans sa jeunesse jusqu'à la scène disco du Studio 54, le mythique nightclub ouvert en 1977 dont il fut l’un des habitués les plus notoires. Cette présentation réunira quelque 640 œuvres et objets, peintures, sérigraphies, photographies, œuvres sur papier, installations, films, vidéos, pochettes de disque, de même que des objets et documents tirés des archives personnelles de l’artiste. Elle mettra en relation des œuvres majeures et emblématiques de l'artiste (portraits d’Elvis, de Marilyn, de Liza Minnelli, de Grace Jones, de Mick Jagger, de Debbie Harry, des Autoportraits, les Campbell's Soup Cans…) et d'autres moins connues (pochettes de disques, illustrations, photos, polaroïds…). S’y ajoutent des films de l'artiste, tels que Sleep et Empire, ou encore les Screen Tests des musiciens du célèbre Velvet Underground, les émissions Andy Warhol's TV et des vidéoclips produits pour des groupes tels que The Cars et Curiosity Killed the Cat. L’exposition est organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal en partenariat avec le Andy Warhol Museum, l’un des quatre Carnegie Museums de Pittsburgh.

 

Andy Warhol
Aretha Franklin
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc.

La musique, une composante essentielle dans l’œuvre de Warhol
Si l'intérêt d'Andy Warhol pour la musique ne transparaît que de façon extrêmement anecdotique et laconique dans les pages de son Journal et lors de ses nombreuses entrevues, la permanence de la musique et de sa représentation dans son œuvre est remarquable et prépondérante. Elle en est même la composante invisible mais essentielle.

Du dessin réalisé en 1948 pour la couverture de Cano – la revue des étudiants du Carnegie Institute of Technology, et qui représente un orchestre dans le style dit « tamponné » – aux portraits mondains de Mick Jagger, Liza Minnelli ou Prince, Andy Warhol aura tout au long de sa carrière réalisé des dizaines de portraits des grandes icônes de la musique populaire du XXe siècle, d'Elvis aux Rolling Stones à Michael Jackson. Depuis son arrivée à New York, en 1949, jusqu'à 1987, la toute dernière année de sa vie, il aura aussi illustré une cinquantaine de pochettes de disques, allant du Lac des Cygnes de Tchaïkovski à Aretha Franklin en passant notamment par Count Basie, Artie Shaw, The Velvet Underground, les Rolling Stones, Diana Ross, Blondie... Témoin des commandes et des affinités changeantes de Warhol, le fil de cette iconographie se lit comme une histoire du goût musical de la société américaine d'après-guerre, allant du classique au jazz, puis au rock, à la pop et à la soul ainsi qu'au disco et au hip-hop.

 

Commanditaires
Le programme d’expositions internationales du Musée des beaux-arts de Montréal jouit de l’appui financier du fonds d’expositions de la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal et du fonds Paul G. Desmarais.

Le Musée des beaux-arts de Montréal remercie Gestion de portefeuilles GBC et Bell de leur soutien ainsi que ses partenaires médias La Presse et The Gazette. Sa gratitude va également au ministère de la Culture et des Communications et de la Condition féminine du Québec pour son appui constant.

Le Musée tient à souligner l’appui indéfectible de l’Association des bénévoles du Musée des beaux-arts de Montréal. Enfin, il remercie tous ses membres ainsi que les nombreuses personnes, entreprises et fondations qui lui accordent leur soutien.

 

 


1. The Velvet Underground & Nico; Verve, 1967; Offset, collage et impression en relief; 31,1 x 31,1 cm; Collection Paul Maréchal; Reproduced by permission of Universal Music Group
2. Ryuichi Sakamoto; 1983; Acrylique et encre à sérigraphie sur toile de lin; 101,6 x 101,6 cm; The Andy Warhol Museum, Pittsburgh; Founding Collection, Contribution The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc.
3. Giant Size $1.57 Each; Interviews avec les artistes de la Popular Image Exhibition, présentée en 1963 à la Washington Gallery of Modern Art et organisée par Billy Klüver et Alice Denney, enregistré et édité par Billy Klüver; 1963; sérigraphie; 31,4 x 31,6 cm; The Andy Warhol Museum, Pittsburgh. Founding Collection; Contribution The Andy Warhol; © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc.

WARHOL LIVE

 

Pour la première fois dans l’historiographie d’Andy Warhol, le rôle fondamental de la musique et de la danse dans l’œuvre de l’artiste sera mis en lumière. Conçue et organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal, cette exposition sera d’abord présentée chez nous.Warhol Livese rendra ensuite au Fine Arts Museums of San Francisco, de Young, puis au Andy Warhol Museum de Pittsburgh, notre partenaire dans l’organisation de ce grand projet.

L’exposition Warhol Live est née d’une intuition : loin d’être un aspect marginal de la sensibilité d’Andy Warhol, la musique en serait une dimension fondamentale qui en éclaire toutes les facettes et se manifeste dans toutes les formes d’expression privilégiées par l’artiste. Au total, plus de 600 objets, chefs-d’œuvre incontestés et documents inédits, ont été rassemblés pour donner corps à cette lecture novatrice de l’œuvre de Warhol.

une culture musicale éclectique
Sous un masque bien soigné d’éternel adolescent crédule et ravi, bien loin de cette image de fan facile à contenter, Andy Warhol (1928-1987) fut en vérité un mélomane chevronné et un fin connaisseur de la musique de son époque. Ses proches témoignent avant tout de l’éclectisme exceptionnel des goûts de Warhol, d’une mélomanie hyperbolique dont ses archives regorgent de preuves. Collection de disques de Judy Garland, d’Elvis Presley, d’Eartha Kitt, billets d’opéra ou de concert des Rolling Stones, livres de John Cage… y révèlent une culture musicale qui englobe aussi bien l’art lyrique wagnérien, la comédie musicale hollywoodienne, les tubes de groupes populaires, que la musique d’avant-garde. Inhabituelle à une époque où les goûts répondent encore à une hiérarchie élitaire, la capacité de Warhol d’embrasser toutes les formes de musique n’a d’égale peut-être que son ambition, comme artiste, d’épouser toutes les formes d’art.

musique et danse
Andy Warhol a touché à toutes les disciplines ou presque de l’expression plastique : graphisme, illustration, dessin, peinture, estampe, sculpture, film, photographie, scénographie, installation, performance. Il a publié de nombreux écrits : journal, roman, précis de philosophie. Il a enregistré des milliers d’heures de conversations de toutes sortes. Il a fondé un magazine et produit des émissions de télévision. Il a même signé des vidéoclips. Mais il n’a jamais composé ni enregistré de musique. Cet art serait absent du catalogue de l’œuvre warholienne. Tout comme la danse. Et pourtant, musique et danse sont omniprésentes dans son œuvre comme dans sa vie, depuis les dessins de musiciens et d’orchestres de la fin des années 1940 jusqu’aux portraits de pop-stars des années 1980, les Debbie Harry et Grace Jones, qui préfigurent de manière à peine voilée les autoportraits électrisés de la toute fin. S’il a réalisé quantité de portraits de Mick Jagger, Warhol a aussi peint Merce Cunningham, Martha Graham, Rudolf Noureïev et nombre d’autres danseurs. Part méconnue de sa production, il a illustré plus d’une cinquantaine de pochettes de disques, de Tchaïkovski à Diana Ross en passant par les Rolling Stones.

L’exposition Warhol Live suit un récit chronologique et thématique, des différents rôles que la musique a joués dans cette œuvre. Quatre grands thèmes en structurent le déroulement.

à l’écoute
Ce premier thème explore les fondements de la culture musicale d’Andy Warhol. Son initiation à la musique se fait dans le Pittsburgh des années 1930. Issu d’une modeste famille d’immigrants ruthéniens, le jeune Andrew Warhola découvre la musique à l’église Saint-Jean Chrysostome, peuplée d’icônes, et dans les salles de cinéma, qu’il fréquente assidûment. C’est le premier âge d’or de la comédie musicale, celui de Shirley Temple et de Judy Garland, l’héroïne du Wizard of Oz, en 1939 que le jeune Andrew adore. Ses portraits ultérieurs d’Elvis, de Judy Garland, de Marilyn, témoigneront de cette iconolâtrie.

son et vision
Ce second thème met en lumière la fascination de Warhol pour la musique et la danse de son temps. À la fin de l’année 1962, il entame une série de toiles autour du chorégraphe et danseur Merce Cunningham, le conjoint et collaborateur du musicien et théoricien le plus influent du moment, John Cage. En avril 1963, il est présent à la première de la chorégraphie Sleep d’Yvonne Rainer, une ancienne élève de Cunningham, dans laquelle un dormeur reste étendu au sol, le regard perdu dans le vide. En septembre, au Pocket Theater, il assiste – selon ses dires – à la prestation intégrale desVexations d’Erik Satie, formées d’une même phrase répétée 840 fois, jouées sous la direction de John Cage par dix pianistes, dont Cage lui-même et John Cale. Ce dernier, autre figure avant-gardiste musicale de l’époque, fondateur avec La Monte Young de la formation expérimentale The Dream Syndicate, deviendra l’un des membres du Velvet Underground. En 1964, Warhol commande à La Monte Young une musique pour accompagner sa présentation sur quatre projecteurs Super 8 mm d’extraits de ses films Eat, Sleep, KissetHaircut. Bien qu’elles n’aient fait l’objet que de rares commentaires et de questions auxquelles Warhol ne répondit jamais de façon conclusive, les similarités de structure entre ses œuvres « pop » et les avancées contemporaines de la musique et de la danse, notamment les notions de répétition, de sérialité et de fréquence continue, sont en effet évidentes.

le producteur
Le troisième thème de l’exposition éclaire le nouveau rôle de Warhol en tant que maître de la Silver Factory et producteur du groupe The Velvet Underground. En janvier 1964, Warhol ouvre un nouvel atelier au 4e étage d’un immeuble industriel situé au 231 East 47th Street à New York. La Silver Factory, avec son décor argenté réalisé par Billy Name, devient le lieu de toutes les fêtes d’une faune bigarrée d’artistes et de « superstars ». En elle s’incarne la vision holistique du mouvement Fluxus – auquel sont liés La Monte Young et Cage – de confondre l’art et la vie. La Silver Factory est ce lieu où tout ce qui advient de visible, mais aussi d’audible, de tangible et susceptible de devenir art, est art. C’est là aussi, en décembre 1965, à son invitation, que le Velvet Underground établit ses quartiers. À ce groupe, né de la rencontre d’un rocker originaire de Brooklyn, Lou Reed, et de John Cale, Warhol adjoint une chanteuse, Nico, mannequin allemande à la voix d’outre-tombe. Tous les éléments sont alors réunis pour faire de l’atelier de Warhol le lieu de confluence dionysiaque des différentes formes d’art – cinéma, peinture, danse, musique –, et le laboratoire de l’œuvre d’art totale warholienne que sera le Exploding Plastic Inevitable. Dans ce spectacle multimédia conçu pour accompagner le Velvet dans ses prestations, Warhol réactive et concrétise la notion d’œuvre d’art totale, le Gesamtkunstwerk théorisé en son temps par le compositeur allemand Richard Wagner.

la célébrité
Le dernier thème de cette exposition, un des vecteurs privilégiés de l’œuvre warholienne, est intimement lié à la musique. « Son oreille était son œil. Je crois qu’Andy voyait la musique », explique Glenn O’Brien, dans le catalogue de l’exposition. Mick Jagger est la star qui incarne le mieux cette fusion de l’image et du rythme. De leur première rencontre en 1964 naît une amitié qui prend diverses formes au fil des ans  : invitations aux spectacles des Stones, répétitions du groupe dans la propriété de Warhol à Montauk, Long Island, fêtes privées… Mick Jagger fait souvent appel à Warhol pour les pochettes de disques des Rolling Stones, dont Sticky Fingers (1972) et Love You Live (1977). Warhol réalise de nombreux portraits de Jagger, son idole de jeunesse. Le regard de l’artiste s’attardant aux fragments du corps, hanche, bras, torse, comme sous l’effet d’une forme de métonymie amoureuse ou fétichiste. La fascination de Warhol pour les mondes croisés de la célébrité et du « beat » connaît son apogée au Studio 54, le mythique nightclub ouvert en 1977, dont il est l’un des habitués les plus notoires. Dix ans après l’expé-rience du Velvet Underground, Warhol retrouve, cette fois-ci en qualité d’acteur, et non plus d’orchestrateur, cette fusion dans l’excès de toutes les formes d’art : musique, danse, jeux de lumière… mais aussi mode, glamour, célébrité. Le Studio 54 réunit sur sa piste de danse tout ce qui brille, musiciens, millionnaires, acteurs, mannequins, designers de mode… Au cœur de cette étourdissante et fantastique galerie de portraits qui a pour noms Truman Capote, Bianca Jagger, Liza Minnelli, Warhol fait figure de miroir aux vanités et de conscience tragique. Ses derniers autoportraits, datés de 1986, calqués sur ceux de Debbie Harry ou de Grace Jones, le montrent en rockstar électrisée.

 

 

En première : toutes les Pochettes de disques réalisées par Andy Warhol

Une entrevue avec Paul Maréchal et sa collection tout à fait originale

 

Au cours de sa carrière, Andy Warhol a illustré plus d’une cinquantaine de pochettes de disques dont plusieurs sont gravées dans notre mémoire. Pour mieux cerner l’ampleur de l’apport graphique de Warhol à l’industrie du disque, nous nous sommes entretenus avec Paul Maréchal. Ce collectionneur est l’auteur du premier catalogue raisonné des pochettes de disques réalisées par Andy Warhol que le Musée publie à l’occasion de l’exposition Warhol Live, où elles sont bien sûr exposées.

Qu’est-ce qui vous a intrigué, inspiré, touché dans la démarche artistique globale de Warhol ?
P. M. Non seulement sa capacité d’anticiper des phénomènes encore très présents aujourd’hui – l’avènement de la musique pop et la fascination pour la célébrité, entre autres, ce qui est déjà un grand talent en soi, – mais en plus, le talent pour les réinterpréter avec sa propre sensibilité tout en utilisant des médiums extrêmement variés : peinture, cinéma, édition de livres, pochettes de disques, sculpture, vidéo musicale, etc.

Et pourquoi vous intéressez-vous spécialement aux pochettes de disques ?
P. M. La diversité des styles musicaux que l’on retrouve sur ces albums dont Warhol a illustré la pochette a contribué à ma curiosité et ainsi motivé mon désir de les collectionner ; c’est une manière de m’imprégner des différentes ambiances musicales qui jalonnèrent la vie de Warhol. À elles seules, les pochettes de disques permettent de suivre l’ensemble du parcours artistique de Warhol presque pas à pas, ce qui est plutôt unique parmi les grands artistes. Invisibles dans les musées ou les galeries, elles ont bénéficié du réseau parallèle de diffusion que représentent les disquaires. Warhol a bien compris ce véhicule de diffusion extraordinaire. La majorité des pochettes que Warhol a créées sont des œuvres destinées aux pochettes de disques et non pas des œuvres existantes recyclées en pochettes de disques comme on le voit trop souvent.

Comment en êtes-vous arrivé à collectionner les pochettes de disques ?
P. M. C’était en août 1996. Chez un disquaire, je suis tombé sur la pochette de Paul Anka réalisée par Warhol. Je connaissais déjà ses deux pochettes les plus célèbres, la banane autocollante de l’album du Velvet Underground (fig. 1) et la fermeture éclair de Sticky Fingers (fig. 2) des Stones qu’il a produites. Dès lors, «combien de pochettes de disques Warhol a-t-il créées ? » est devenue LA grande question à laquelle je voulais répondre, tout en collectionnant les disques. Grâce à l’avènement d’Internet, le marché du disque rare a été stimulé. Sans ce réseau virtuel, il aurait été en effet quasi impossible de débusquer tous les albums illustrés par Warhol et de réunir les renseignements qui s’y rapportent. La consultation de plusieurs sites consacrés aux artistes à l’origine de ces albums m’a en outre permis d’approfondir mes connaissances.

Et l’idée du catalogue raisonné des pochettes de disques ?
P. M. Le désir de partager ma connaissance, l’absence de références et l’ignorance généralisée sur les pochettes ont été les principaux facteurs ayant motivé l’idée du catalogue raisonné.

Quel serait votre souhait pour cette exposition et ce catalogue raisonné ?
P. M. Je suis heureux que cette exposition organisée par le Musée révèle un aspect méconnu mais d’envergure d’un artiste parmi les plus importants du XXe siècle et le rôle capital qu’a joué la musique dans sa création, dont on a trop peu parlé parce qu’il est un artiste en arts visuels. La richesse de l’œuvre de Warhol et sa diversité témoignent du fait que l’on peut toujours en découvrir une nouvelle facette. C’est le propre des plus grands artistes, de tout temps : l’appréciation de leur œuvre est inépuisable par les différents aspects auxquels ils touchent. Je souhaite que cette exposition, qui voyagera aux États-Unis, fasse connaître Montréal comme une ville où la créativité s’incarne également par l’avancement de la connaissance. Et bien sûr, au-delà de l’importance du rôle joué par la musique dans sa création, que les gens découvrent le talent exceptionnel de Warhol comme concepteur de pochettes de disques, et qu’ils y trouvent aussi une idée de collection formidable. Peu d’œuvres de très grands artistes sont disponibles à des prix aussi intéressants, surtout par les temps qui courent...