Du Moyen Âge à la Belle Époque

 

Entrée libre

Pavillon Jean-Noël Desmarais, niveau 4


 

LE RÈGNE DES MADONES

Depuis les origines du christianisme, l'image de dévotion de la Vierge à l'Enfant, ou Madone, renvoyant à la Vierge Marie, mère de l'enfant Jésus, traverse les arts. Plus tard, à l'époque de la Renaissance, la redécouverte de l'Antiquité et l'apparition de la peinture à l'huile – aux splendides et subtiles effets – permettront aux artistes d'humaniser davantage les images de Madones. Au Nord, dans la culture flamande, la Vierge montre des traits idéalisés néanmoins plus caractérisés, grand front lisse et yeux de biche suivant les canons de beauté de l'époque. Au Sud, la Renaissance italienne impose son excellence pour s'ériger en modèle de l'art occidental pour les siècles à venir.

 

TROIS MAÎTRES DE LA PEINTURE DE L'ÂME

Véronèse, le Greco et Rembrandt : un Italien, un Espagnol et un Hollandais qui vont bouleverser l'histoire de la peinture, explorant sur la toile les tréfonds de l'âme, inventant une peinture « humaniste ». Vers la fin de sa vie, le maître vénitien Véronèse obscurcit sa touche. En cette fin du XVIe siècle, la cité des Doges est marquée par la Contre-Réforme menée par l'Église catholique en réponse à la Réforme protestante, les défaites navales contre l'Empire turc ottoman et les pandémies. Dans cette période de tourmente, les tableaux de Véronèse, auparavant éclatants de couleurs, prennent une tonalité sombre et introspective. Installé à Tolède vers 1580, le Greco a bien retenu la leçon des maîtres de la Lagune où il séjourna (notamment auprès de Titien dont il fréquenta l'atelier). Il limite sa palette aux tons bruns, noirs et blancs. Reconnu comme le plus grand portraitiste de tous les temps, Rembrandt poussera à son paroxysme cet humanisme. Né plusieurs décennies après le Greco et Véronèse, le génial peintre néerlandais puise sa force expressive dans la science du clair-obscur.

 

HISTOIRE DE VANITÉS

« Vanités des vanités, tout est vanité » : de cette citation de l'Ecclésiaste, un livre de l'Ancien Testament, ces tableaux tirent leur nom. Ce genre illustre l'impermanence de l'homme soumis à la fuite du temps. Des natures mortes de coquillages vides, de fruits alléchants mais bientôt pourris, représentant l'inéluctabilité de la mort, la futilité des plaisirs et la fragilité des biens terrestres. Ces images dénoncent la relativité de la connaissance et la vanité humaine. Ces memento mori (« souviens-toi que tu vas mourir ») deviennent un genre pictural à part entière à partir du XVIIe siècle aux Pays-Bas. À l'origine, il est dominé par le motif du crâne renvoyant à la mort. L'iconographie des vanités s'enrichit vers 1630-1640 : les arts et les sciences y font intrusion par des livres, des cartes et des instruments de musique. Pouvoir et richesse s'invitent à cette danse macabre sous la forme de bourses débordantes d'or. Aux crânes succèdent fleurs fanées, verres vidés, chandelles consumées, sabliers écoulés… Les coquillages du Français Jacques Linard, objets prisés des cabinets de curiosités depuis la Renaissance, mettent en garde contre le luxe, le corail renvoyant quant à lui au sang du Christ. Éteint au XVIIIe siècle, le genre de la vanité renaît au XXe siècle.

 

LE CLASSICISME

Au début du XVIIe siècle, Rome devient un passage obligé pour les artistes européens qui, outre les œuvres de leurs aînés, y découvrent une nature clémente parsemée de monuments antiques. L'Antiquité apparaît alors comme un modèle esthétique de grandeur. Contrairement aux débordements du baroque, le classicisme propose désormais une vision claire et ordonnée. Figure majeure de ce courant, Nicolas Poussin s'installe à Rome à partir de 1624. Il y développe un style d'une grande rigueur dans la composition des sujets, souvent inspirés de la mythologie romaine et de la foi chrétienne. La nature idyllique qu'il dépeint est aussi un théâtre où les personnages sont en proie à leur destin tragique. Comme Poussin, Charles Le Brun fait carrière à Rome et s'inspire d'épisodes mythologiques. De retour en France, Le Brun est nommé Premier Peintre de la Cour ; Louis XIV, le Roi Soleil, le charge de la décoration du château de Versailles. Assistant Poussin dans la décoration de la Grande Galerie du palais royal du Louvre, Jean Lemaire reporte sur la toile sa fascination pour l'architecture antique découverte à Rome.

 

DU BAROQUE AU ROCOCO

Tirant son origine du portugais barocco (des perles aux formes irrégulières particulièrement convoitées), le style baroque s'épanouit en Europe au XVIIe siècle. Alors que le courant classique prône un rapport mathématique et mesuré au monde, le baroque se caractérise par son univers exubérant, son goût du faste et du spectaculaire. L'Italien Salvator Rosa excelle dans les compositions mystérieuses et d'impressionnants raccourcis de perspective. Issu du baroque tardif italien, le style rococo, ou encore rocaille, se diffuse au XVIIIe siècle faisant la part belle à la légèreté, la lumière et la transparence. Alors particulièrement prisé, le portrait trouve ses plus belles expressions sous le pinceau chatoyant du Français Nicolas de Largillierre. Décorateur virtuose du XVIIIe siècle vénitien, le célèbre Giambattista Tiepolo allie aux somptueux effets de luminosité la théâtralité des exubérances formelles.

 

LE RETOUR À L'ANTIQUE

« L'éminente caractéristique générale des chefs-d'œuvre grecs […] est une noble simplicité et une grandeur silencieuse. » Édictées par Winckelmann, grand théoricien allemand du néoclassicisme, ces qualités, à la fois morales et esthétiques en faveur d'un retour à l'antique idéalisé, dominent l'art de la fin du XVIIIe siècle en Europe. Le souffle puissant de la Révolution française balaye irrémédiablement l'ordre ancien. Entre fantaisie pittoresque et esthétique du sublime, le paysage néoclassique témoigne de ce goût nouveau pour la beauté déliquescente des ruines, ces vestiges grandioses de civilisations disparues. Rejetant les afféteries du rococo, le genre du portrait n'échappe pas à cette vague antiquisante qui se traduit par une simplification austère des formes. De nombreux artistes, aristocrates et amateurs européens – les dilettanti – effectuent le « Grand Tour » d'Italie, à la découverte des sites archéologiques récemment excavés, Herculanum et Pompéi. L'école anglaise privilégie un sentiment nouveau de l'homme envers la nature.

 

LE GOÛT DES COLLECTIONNEURS

Le remarquable essor économique de Montréal dans la seconde moitié du XIXe siècle donne naissance à une nouvelle classe de riches collectionneurs. Tournés vers l'Europe, ils rivalisent avec leurs pairs américains pour acquérir de grands tableaux, exposés dans les Salons académiques de Londres ou Paris. Les sujets mondains, religieux ou exotiques sont à la mode. Parmi les artistes qui connaissent le succès dans cette sphère privée, James Tissot, dandy français anglophile, est apprécié pour ses tableaux de la société londonienne et ses élégantes figures féminines. Au siècle de constitution d'empires coloniaux, la mode orientaliste qui satisfait le goût d'exotisme et de sensualité, connaît son apogée.