Le premier thème consiste à explorer la façon dont les visions nationales américaine et canadienne se sont consciemment articulées. Ainsi, la Hudson River School dont les peintres Asher Durand, John Kensett, Jasper Cropsey et Frederic Church ont fait partie, a créé une identité stylistique spécifique à la peinture de paysage américaine. Ces artistes peignaient en idéalisant le paysage tout en décrivant méticuleusement la nature. Ils ont exprimé un sens unique de la coexistence avec la nature en équilibrant la vision exaltée du paysage américain avec les inévitables progrès technologiques et agricoles. L’échelle utilisée dans leurs tableaux servait souvent à véhiculer de façon emphatique la promesse de la « Destinée manifeste » (« Manifest destiny »). La vision expansionniste de la Hudson River School s’est développée dans les années 1860 sous l’impulsion d’Albert Bierstadt et de ses contemporains, entre autres Thomas Moran, grâce à l’influence de la photographie et à la diminution progressive de la gamme de couleurs chaudes utilisée par la génération précédente.
Rivalisant avec la Hudson River School, le mouvement luministe a favorisé une approche contemplative plus modérée. Ce mouvement mettait l’accent sur l’importance du rendu atmosphérique et les effets de la lumière directe et de la lumière reflétée. De plus, les préoccupations philosophiques, idéologiques et commerciales de Martin Johnson Heade, Fitz Hugh Lane et George Inness, ainsi que les innovations de John Kensett, se verront également accorder une place significative dans ce projet.
Durant ces années, la peinture canadienne sera représentée par quelques figures majeures, entre autres Lucius O’Brien, Homer Watson, John Fraser, F.A. Verner et Frederic Bell-Smith. Comme ils ont fortement subi l’influence d’artistes américains contemporains – parmi lesquels Albert Bierstadt - et du mouvement luministe, cette influence croisée fera l’objet d’une attention particulière. D’autres artistes canadiens ont créé au gré de la demande locale des images pittoresques illustrant les charmes des paysages et des villages québécois en hiver ou des régions rurales et des villes naissantes de l’Ontario.
Cette section examinera le développement parallèle de la production photographique – des panoramas de A.J. Russell, William Henry Jackson, Timothy O’Sullivan, Benjamin Baltzly et William Haggerty aux images luministes d’Edward Steichen – à la lumière des ambitions des peintres, ainsi que des enjeux liés à l’identité nationale et la frontière de l’Ouest.