Tiffany
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Renseignements generaux
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UN DÉFI DÉONTOLOGIQUE DE RESTAURATION

La restauration architecturale d’un bâtiment patrimonial comme le futur pavillon Claire et Marc Bourgie pose de nombreux défis. L’un de ceux-ci concerne l’ensemble des vitraux qui ornent l’édifice, dont dix-huit proviennent des ateliers de Louis Comfort Tiffany. En plus d’assurer leur nettoyage, il faut garantir leur intégrité physique et structurale. Cet ensemble très important, non seulement en nombre et en qualité, mais aussi en dimensions, constitue la campagne de restauration la plus importante entreprise par le Musée.



Ces vitraux Tiffany avaient été commandés au tournant du XXe siècle pour l’église presbytérienne américaine de la rue Dorchester (maintenant détruite). Ils furent ensuite réinstallés dans l’église Erskine and American, sur la rue Sherbrooke, en 1938-1939. L’analyse de la documentation photographique et graphique de la configuration originale des vitraux dans l’église presbytérienne américaine, probablement établie lors du démontage des vitraux en prévision de leur transfert, nous a permis de conclure que certains vitraux ont subi des altérations lors de cette réinstallation.

C’est le cas de plusieurs fenêtres en plein cintre, dont la composition se limite à un personnage travaillé de façon méthodique avec les types de verre caractéristiques des ateliers de Tiffany, incluant les verres drapés, les verres « confetti » et les verres texturés à motif de plume (aile d’ange). Ces personnages sont habituellement représentés sur un arrière-plan composé uniquement de grandes plaques de verre opalescent présentant une gamme de striations et de sinuosités colorées, comme on peut le constater sur les fenêtres intégrées à la chapelle de l’église Erskine and American, qui ont toutes conservé leur arrière-plan original.

Dans le cas des six personnages situés dans le registre inférieur du mur ouest de la nef, on observe en revanche que l’arrière-plan opalescent continu fait maintenant place à une mosaïque horizontale de morceaux de verre très foncé, dans les tons de bleu et de bleu-vert, à la manière d’un briquetage; cette mosaïque est striée d’une ou deux bandes elles aussi briquetées dans les tons de rose et assombries par une peinture appliquée à froid. Ces bandes rosées semblent faire écho au bandeau, original quant à lui, que l’on retrouve dans l’arrière-plan de La Foi, l’un des vitraux de ce groupe.

En dépit d’une perte des verres opalescents utilisés par l’atelier, force nous est de constater que les personnages eux-mêmes ainsi que les petits éléments de décor qui les accompagnent parfois sont authentiques : comprenant les fameux verres drapés, l’usage de verres « confetti » et de verres striés ainsi que la superposition des couches de verre concourant à la modulation de la couleur, ces éléments sont très représentatifs de la facture Tiffany.

La documentation photographique et graphique de la configuration originale des vitraux dans l’église presbytérienne américaine s’avère également une source cruciale pour déterminer l’approche de restauration à adopter pour ces fenêtres. En effet, il s’agit non seulement d’assurer leur pérennité matérielle, mais aussi de décider si les modifications qui les ont affectées ne remettent pas en cause leur intégrité, c’est-à-dire leur appartenance à une façon de concevoir et de fabriquer les vitraux dans un atelier particulier, dont nous connaissons l’approche et avons maints exemples de comparaison. L’intégration de ces vitraux à un nouvel ensemble architectural en 1938-1939 reflète le point de vue stylistique des architectes qui ont dirigé ce projet, correspondant à un moment spécifique de l’histoire de l’architecture au Canada. Or le domaine de la préservation patrimoniale accorde une certaine valeur à l’histoire des usages et au maintien des traces de ceux-ci. Mais, en contrepartie, le domaine de la restauration des objets d’art accorde une importance primordiale à la préservation des matériaux et des techniques originales.

Ce groupe de fenêtres pose donc la problématique d’une possible dérestauration, qui consisterait à enlever les traces d’intervention non originales pour tenter une reconstruction au plus près de l’original. Les décisions de maintenir ou de retirer ces ajouts et modifications se font en consultation entre le conservateur spécialiste de ces objets, le restaurateur et le maître verrier qui effectue la restauration. L’analyse des différentes sources documentaires, parallèlement à la connaissance esthétique et technique de la fabrication des vitraux telle que pratiquée à l’atelier de Tiffany, permet d’évaluer le degré d’intégrité sacrifié. Il apparaît ainsi que les modifications des arrière-plans évoquées précédemment sont suffisamment importantes et étrangères à l’esthétique de Tiffany pour envisager leur enlèvement. Tout en préservant les parties authentiques des vitraux, cette opération permettra de restituer le concept global de l’approche esthétique développée par l’atelier pour les fenêtres à personnage unique dont on connaît maints exemples de commande en Amérique du Nord.


Richard Gagnier
Chef de la restauration
Musée des beaux-arts de Montréal





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Louis C. Tiffany (1848-1933), La Foi, Dessin de Frederick
Wilson (1858-1932), 1902, MBAM, achat
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Entête : Louis C. Tiffany (1848-1933), dessin attribué à Clara Driscoll (1861-1944), Lampe Dragonfly (détail), avant 1906-vers 1920,
Richmond, Virginia Museum of Fine Arts, gift of Sydney and Frances Lewis. Photo Katherine Wetzel © Virginia Museum of Fine Arts

Titre de gauche et image de fond : Louis C. Tiffany (1848-1933), Dessin de Frederick Wilson (1858-1932), L'Ange de la Résurrection (détail),
Vers 1904-1905, Collection du Musée des beaux-arts de Montrdéal, Photo MBAM