Armand Guillaumin

Le Musée a récemment fait l’acquisition de deux peintures d’Armand Guillaumin qui sont installées dans le Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein depuis son inauguration.

Route et voie ferrée
Par des touches courtes et percutantes, l’artiste dessine au centre de la composition un train à vapeur qui approche, crachant sa fumée blanche en tourbillons. Une composition simple, basée sur la ligne oblique des fils électriques donnés en pointillé du côté opposé aux feuillus qui bordent la route. À l’arrière-plan gauche, on distingue deux figures, séparées par un arbre bordant la route, dans des habits s’apparentant à une tenue de soldat (en référence à la Commune ?) et une charrette tirée par un cheval.

Marqué par la ligne d’horizon, le ciel occupe la moitié de la composition sobre et dense où les coups de pinceau solides et rapides se chevauchent dans des tonalités différentes, et réduisent l’effet de transparence du ciel. La facture par touches nerveuses, combinées aux grands et rugueux coups de pinceau, évoque le vent qui transporte les nuages dans sa course. Le dynamisme de cette composition rappelle cette avancée technologique que l’on ne peut arrêter et qui balaie tout sur son passage. Cette constatation, ne serait-ce qu’embryonnaire dans l’esprit de Guillaumin, est donnée à voir dans ce paysage qui oppose l’Ancien et le Nouveau Monde.

Crozant, les hauteurs de la creuse, temps de pluie, soir
Dans les années 1890, Guillaumin, installé dans la Creuse, ne résiste pas à la forme étrange du Puy Barriou couvert de bruyère dressé au milieu de la dépression du fleuve1. Motif privilégié par l’artiste, cette vue est récurrente dans sa production. Entre 1893 et 1922, ce site est décliné au gré des saisons.

Crozant, les hauteurs de la Creuse est remarquable par le coloris chaud des vallées aux différentes nuances qui s’entrecroisent, couvertes de bruyères mauves jusqu’à l’horizon qui s’élève sous un ciel marbré de gris et de rose. L’éclairage subtil et le traitement de Guillaumin montrent son affinité avec les impressionnistes comme Monet et Pissarro, avec qui il expose depuis les années 1860. Cependant, l’utilisation de couleurs vives et de tons purs de violet, ocre, vert et marron annonce véritablement le fauvisme.

FRANCE TRINQUE AVEC ANNE GRACE


1. Christopher Gray et Gilles Kraemer, Armand Guillaumin « de la lumière à la couleur », cat. exp., Belfort, Musée d’art et d’histoire, 1997, p. 54. Armand Guillaumin (1841-1927)

Ill. 1
Armand Guillaumin (1841-1927), Route et voie ferrée, 1881, huile sur toile, 73,3 x 100,5 cm. MBAM, dons d’un admirateur de Toronto, à la mémoire de Bernard Lamarre, mécène.

Ill. 2
Armand Guillaumin (1841-1927), Crozant, les hauteurs de la Creuse, temps de pluie, soir 1894, huile sur toile, 59,3 x 81 cm. MBAM, dons d’un admirateur de Toronto, à la mémoire de Bernard Lamarre, mécène.