Dominique Blain

Dominique Blain est reconnue pour ses oeuvres exprimant la détresse humaine et l’adversité. Sa pratique artistique multiforme évoque des événements historiques qu’elle réactualise avec finesse, soulevant au passage divers enjeux politiques dont elle traite de façon percutante pour dénoncer le pillage et la destruction du patrimoine.

Cette installation d’envergure, récemment acquise grâce à un don d’Erik Deslandres, transporte le visiteur dans l’Italie de la Première Guerre mondiale. Elle s’inspire d’un livre datant de 1917: Les monuments italiens et la guerre, d’Ugo Ojetti. Cet ouvrage présente des constructions – faites de bois, de sacs de sable et même de matelas suspendus – abritant des sculptures et des monuments dans le but de les protéger en cas de bombardements. D’une page à l’autre, l’auteur juxtapose des photographies(prises à Venise, à Milan et à Florence) de ces oeuvres avant et après qu’elles aient été recouvertes par ces structures de fortune. Il souhaitait ainsi sensibiliser la population à la destruction potentielle du patrimoine culturel en temps de guerre. L’installation de Blain poursuit en quelque sorte ce travail: reprenant sciemment certaines images du livre, elle réussit à marquer l’imaginaire du visiteur tout en le sensibilisant à un type de dévastation qui, malheureusement, est toujours d’actualité. Il s’agit pour elle d’un geste d’espoir et de foi en l’humanité: «Peu importe [qu’on ait voulu] protéger l’icône religieux ou l’oeuvre d’art, c’était un geste de résistance qui impliquait du courage, de la fierté et de la détermination1

Sans titre/protection donne l’impression de se retrouver en plein champ de bataille, dans une tranchée constituée de centaines de sacs de sable. Sur le mur central sont accrochées 11 photographies issues du livre d’Ojetti, magnifiées par des cadres dorés qui les transforment symboliquement en oeuvres d’art. Se jouant des contraintes temporelles et spatiales, l’artiste crée ici un environnement qui nous invite à méditer sur la destruction du patrimoine passé et actuel.

GENEVIEVE GOYER-OUIMETTE


Dominique Blain (née en 1957), Sans titre/protection, 1989, épreuves à la gélatine argentique sur film polymérique marouflé sur toile, cadres dorés, sacs en jute. MBAM, don d’Erik Deslandres

Extrait de la démarche artistique de l’oeuvre rédigée par Dominique Blain.