Edmund Alleyn

Les œuvres de l’artiste multidisciplinaire québécois Edmund Alleyn (1931-2004) se démarquent les unes des autres par des périodes aux esthétiques fortement différenciées, passant de l’abstraction à la figuration. C’est entre 1962 et 1964, à Paris, que l’artiste peint les tableaux de la période dite « indienne» à laquelle appartient La tribu se satellise (1964). Réalisée à la toute fin de cette recherche esthétique inspirée des Premières Nations d’Amérique, cette œuvre est un véritable pivot dans son travail : aboutissement grandiose de la période «indienne», elle annonce, par ses formes et son titre, la période «technologique» qui suivra.

En 1955, lorsque l’artiste quitte le Québec pour s’établir en France, ses tableaux abstraits sont marqués par des couleurs terreuses constituées d’importants empâtements. Vers 1962-1963, sa palette devient plus lumineuse; sa façon d’appliquer la peinture se transforme en fines couches empreintes de gestualité. Sur ses canevas, il développe peu à peu une figuration surréaliste avec un vocabulaire formel singulier, intégrant dans ses compositions des plumes, des rubans, des flèches, des cœurs… ou des spermatozoïdes. Alleyn l’explique par son intérêt pour l’iconographie des Autochtones: « Voici que se présentait une chance d’arriver à une affirmation à l’intérieur de mon travail qui référait directement à la géographie de mon pays et en quelque sorte à son histoire1.» Il s’agit pour l’artiste d’une forme de quête personnelle sur sa propre identité hybride, soit celle d’un Canadien anglais de la communauté anglo-irlandaise originaire de la région de Québec, installé en France depuis quelques années.

La tribu se satellise possède une composition complexe constituée d’éléments qui semblent flotter dans un univers subaquatique et fantasmagorique. Sur le tableau central figure un sceptre paré d’une palette d’artiste et, à sa droite, un personnage aux habits d’apparat. Tout autour du châssis s’ancre une série

de dix tableautins dont les formes rappellent celles du tableau principal : engrenages, flèches, rondelles colorées et traits sinueux. Ces satellites poursuivent la composition au-delà du tableau et accentuent l’effet de tourbillonnement des formes colorées. Les divers éléments formels de l’œuvre font référence à l’iconographie des Autochtones de la côte Ouest et à différents symboles biomorphiques qu’Alleyn fait cohabiter de façon judicieuse.

Désormais, le Musée possède des œuvres majeures d’Edmund Alleyn, datant de périodes marquantes de sa carrière.

GENEVIÈVE GOYER-OUIMETTE


1. « Un artiste et son milieu », entrevue accordée à la SRC avec Guy Robert en 1976. Citation extraite de Mona Hakim, « Figures de résistance », dans Edmund Alleyn : Hommage aux Indiens d’Amérique, Montréal, Éditions Simon Blais, 2009, p. 12.

Edmund Alleyn (1931-2004), La tribu se satellise, 1964, Huile sur toile (11 éléments), 234,3. MBAM, don de Jennifer Alleyn