Jana Sterbak

Le Musée est heureux d’annoncer l’acquisition de l’imposant Planétarium (Version Montserrat) de Jana Sterbak. L’oeuvre a été créée en vue d’un projet à la Chapelle Puget de Marseille qui n’a jamais vu le jour. L’installation a donc plutôt été présentée dans différentes versions – à Montmajour, près d’Arles ; au Palais des Papes, à Avignon; et à Montserrat, en Catalogne. Notre Planétarium est constitué de globes ayant été exposés dans les trois lieux, ainsi que de tables d’aluminium construites selon les directives de l’artiste. L’oeuvre a été dévoilée lors de la remise de l’insigne de l’Ordre des arts et des lettres du Québec à Jana Sterbak, le 9 octobre 2018 au MBAM.

C’est entre 1998 et 2006, au Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques de Marseille (CIRVA), que Sterbak réalise un ensemble d’oeuvres avec l’appui de maîtres verriers. Celui-ci comprend notamment Narcisse (2001) et Planétarium (2000-2002). S’inspirant de la sphère, forme de base du soufflage de verre, elle crée des globes surdimensionnés aux couleurs et aux textures nouvelles. La création de planètes si imposantes nécessite de grandes prouesses de la part des souffleurs, les amenant à repousser les limites de la technique. L’artiste met également à profit ses recherches d’effets, intégrant du plâtre et du bicarbonate de soude au verre afin de créer les nuages et les cratères qui ornent la surface des globes.

Ces planètes alignées en un système sans soleil évoquent le mythe d’Atlas portant le monde sur son dos. Elles font également écho à l’intérêt de l’artiste pour les théories du physicien Stephen Hawking sur les trous noirs et la naissance de l’univers. Sterbak associe le magma du verre en fusion à celui du noyau des planètes, des soleils et de la première grande explosion qui serait à l’origine de tout, le big bang. Avec cette installation, elle réussit à transposer l’immensité à une échelle humaine : l’aspect fragile des globes rappelle, d’une certaine façon, notre propre vulnérabilité face au cosmos. Comme le mentionne de manière on ne peut plus poétique Teresa Blanch Malet dans un court essai sur la pratique de l’artiste : « L’insignifiance de la vie en chute libre et constante – bien qu’en émanation permanente –, serait, pour Jana Sterbak, la grande prouesse cosmique de la lutte de l’être humain dans l’univers1. »

Jana Sterbak est l’une des artistes contemporaines canadiennes les plus reconnues au pays comme à l’étranger. Elle a notamment étudié les arts visuels à l’Université Concordia (BFA, 1977) et à l’Université de Toronto (1980-1982). Elle représente le Canada à la Biennale de Venise 2003 avec son projet From Here to There, reçoit le Prix Paul-Émile Borduas en 2017, et se voit remettre l’Ordre des arts et des lettres du Québec au Musée des beaux-arts de Montréal en 2018. Sterbak a su créer maintes oeuvres fortes souvent inspirées de la condition humaine et des mythes antiques (Sisyphe, Atlas, le Golem, et autres). On retrouve ses oeuvres dans de nombreuses collections, dont celles du Centre Pompidou, du Museum of Contemporary Art San Diego (Californie), et du Musée des beaux-arts du Canada.

GENEVIÈVE GOYER-OUIMETTE


  1. Teresa Blanch Malet, «Jana Sterbak. Du corps au cosmos», Jana Sterbak a Montserrat. Una presència, Museu de Montserrat, Barcelone, 2014, p. 17.

Ill. 1
Jana Sterbak (née en 1955), Planétarium (Version Montserrat), 2000-2002, verre soufflé, tables en aluminium, 134,5 x 499,7 x 103 cm. MBAM, achat, grâce à la générosité de Miriam Aaron Roland