Jean-Michel Othoniel

LE NOEUD PIVOINE PAR JEAN-MICHEL OTHONIEL
PREMIÈRE OEUVRE INSTALLÉE DANS LE PAVILLON POUR LA PAIX

« Le Nœud Pivoine va bien s’intégrer dans son espace du nouveau pavillon à cause du bois qui habille les murs et le soleil qui entre par les baies vitrées. L’œuvre sera visible à l’intérieur comme dans une sorte d’écrin, mais aussi de l’extérieur, notamment le soir quand elle sera éclairée. » – Jean-Michel Othoniel

Le beau et l’émerveillement sont des notions inhérentes à la pratique de Jean-Michel Othoniel qui a fait du verre soufflé son matériau de prédilection. L’artiste français est reconnu pour ses œuvres monumentales, saisissantes, fortes d’une approche formelle qui réconcilie art et artisanat. Le Nœud Pivoine (2015), récemment acquis, se matérialise pleinement dans l’escalier-évènement du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein où sont logés les collections d’art international et l’Atelier international d’éducation et d’art-thérapie Michel de la Chenelière. Cette œuvre phare incarne la vocation même de ce pavillon : « Flottant au-dessus de l’escalier panoramique, cette Pivoine, dont le mot même provient du dieu guérisseur crétois Péan, suscite joie et émerveillement : c’est tout notre programme », précise Nathalie Bondil.

Dès le début de sa carrière, Othoniel démontre une propension pour la métamorphose des matériaux – la lumière, le souffre, le plomb, la cire et l’obsidienne – avant de se tourner vers le verre soufflé en 1993. Créateur d’une œuvre protéiforme – chorégraphie, dessin, écriture, installation, performance, photographie, sculpture –, cet artiste se distingue par un imaginaire hautement poétique.

Othoniel propose une approche contemporaine du verre soufflé et s’intéresse à ses différents états, liquides et solides – rappelant la transmutation des matériaux par les procédés de l’alchimie –, et à sa fragilité. La transformation par le feu de cette matière oblige l’artiste à déléguer le geste créatif au souffleur et à jouer le rôle du chef d’orchestre. Les perles en verre soufflé et coloré, montées en enfilade sur des structures en acier inoxydable, deviennent sa signature. Ses œuvres se présentent sous plusieurs formes incluant des colliers géants suspendus à des arbres à la fin des années 1990, l’installation Le Kiosque des Noctambules (2000) à une bouche de métro de la station Palais Royal – Musée du Louvre et, plus récemment, les sculptures-fontaines Les Belles Danses (2015), installées en permanence au château de Versailles.

Les fleurs et leur sens caché sont des motifs récurrents dans l’œuvre de l’artiste depuis ses débuts, alors qu’il incorpore des matières issues du monde végétal après avoir lu les Métamorphoses d’Ovide et admiré les dessins aux fleurs séchées Ombelico di Venere Cotyledon Umbilicus Veneris (1985) de Joseph Beuys. Lors d’une résidence d’artiste à l’Isabella Stewart Gardner Museum de Boston à l’été 2011, Othoniel accède aux collections du musée où le jardin et les fleurs sont des thèmes récurrents non seulement dans la peinture, mais aussi dans la tapisserie, la ferronnerie, le mobilier, les éléments architecturaux…

La pivoine est omniprésente, et sa symbolique à travers l’histoire et les cultures s’impose. « Considérée en Chine comme la reine des fleurs, la pivoine évoque la noblesse, l’opulence et l’honneur, et incarne l’amour. Représentée par groupes de trois, elle annonce le printemps. La pivoine est l’image de la prospérité et du bonheur depuis la dynastie Tang (618-906). Sous la dynastie Song (960-1279), elle a été appelée “fleur de richesse et de prestige” et son image était reproduite sur de nombreux objets. En Occident, c’est la rose de la Pentecôte. Le Moyen Âge lui a prêté des vertus curatives particulièrement puissantes, notamment pour soigner les maladies mentales et conjurer les mauvais sorts jetés par magie », souligne l’artiste. La pivoine lui inspire cette œuvre monumentale, Le Nœud Pivoine (1), qui fut d’abord présentée en 2015 dans l’exposition Jean-Michel Othoniel: Secret Flower Sculptures à l’Isabella Stewart Gardner Museum de Boston.

Le Noeud Pivoine est une sculpture suspendue de 3 m d’envergure et de 500 kg, composée de 212 perles de verre miroir de couleur ambre, orange, prune, rose et rouge, embrochées sur des fils en acier inoxydable. L’œuvre évoque la volupté de la fleur épanouie. Séduisante par la subtilité de ses couleurs, elle se présente comme une envolée de perles qui semblent se déplacer à l’infini dans l’espace. Sa forme s’inspire aussi du nœud borroméen (2) du psychanalyste français Jacques Lacan, où chaque anneau représente l’inconscient du sujet : le réel, le symbolique et l’imaginaire.

L’acquisition de cette œuvre a été rendue possible grâce au legs Ginette Trépanier et à la générosité de tous ceux et celles qui ont participé à l’évènement de collecte de fonds BIJOUX=ART 2016, organisé par l’Association des bénévoles du Musée.

DIANE CHARBONNEAU ET CAMILLE DANTIN


1. Le premier titre de l’œuvre, Peony, the Knot of Shame, incarne l’une des symboliques de la pivoine, soit une fleur perçue comme la « rose des pauvres » – celle des gens simples et humbles qui restent dans l’ombre, selon l’artiste. Ce dernier a depuis modifié son titre en anglais pour The Peony Knot, qui reflète son pendant français.
2. Selon la théorie des nœuds (mathématiques), un entrelacs de trois cercles forme les anneaux borroméens, un ensemble indissociable dont la force symbolique a été exploitée à travers le temps et les cultures. Si l’un des anneaux est coupé ou retiré, les deux autres se voient libérés, mettant ainsi fin à leur union.

Le Nœud Pivoine, 2015, verre soufflé miroité, acier inoxydable, 300 x 300 x 200 cm.
Photo MBAM, Denis Farley

© Jean-Michel Othoniel / SODRAC (2016)