Joseph Knibb

Depuis plusieurs décennies, le Musée a bénéficié de la générosité de la famille Ivory, et cette tradition se poursuit avec un don des deux fils de Joan et feu Neil B. Ivory. C’est avec joie que nous avons récemment reçu un nouvel objet tout à fait exceptionnel, une rarissime pendule de table du XVIIe siècle du maître horloger londonien Joseph Knibb. Par l’ampleur de sa production et son rôle d’inventeur génial, Knibb est une figure mythique de l’histoire de l’horlogerie britannique et, par extension, des arts décoratifs européens à l’époque moderne (1).
Né à Claydon en 1640 dans une famille d’horlogers, Knibb installe son premier atelier à Oxford où il invente l’échappement à ancre et le système romain de notation par coup (2). Ces mécanismes permettant aux pendules de conserver avec plus de précision la mesure du temps lui apportent une certaine renommée et l’incitent à s’établir à Londres où sa célébrité s’affirme et sa clientèle s’accroît. C’est là qu’il commence la production des pendules de table, de petit format et de grande précision technique, déplaçables d’un meuble à l’autre au moyen d’une poignée située à leur sommet. Installé dans la capitale anglaise pendant près de trente ans, Knibb y développe un atelier très important, employant même davantage d’ouvriers que les règlements corporatifs de la Clockmakers’ Company ne l’autorisaient. Il se retire des affaires en 1697 et passe le flambeau à l’un de ses apprentis, Samuel Aldworth. Il meurt en 1711 à Hanslope.

Cette pendule compte parmi les plus beaux et les plus rares exemplaires du vaste corpus de pendules de table conçues par Knibb dans la période londonienne de sa carrière. Entendons-nous, les pendules de table de Knibb ne sont pas rares. Près de deux cents ont survécu sur une production estimée à près de quatre cents. On en trouve fréquemment proposées sur le marché de l’art. Elles se caractérisent par leur caisse en ébène laissant visible le savant mécanisme, et leur ornementation consiste en un ensemble de motifs de laiton représentant des têtes de putti montées sur des ailes aux quatre coins du cadran ainsi que des appliques à motifs floraux sur le dôme de la caisse. En revanche, parmi ce vaste nombre, seule une infime partie se rattache à ce que l’historien Ronald A. Lee qualifiait de « phase II » de son œuvre : les caisses en ébène en sont plus petites (3) et, surtout, Knibb a remplacé le laiton des ornements par de l’argent. L’effet est plus précieux, la silhouette plus fine et, on le devine, les mécanismes miniaturisés. C’est à ce groupe exceptionnel – qui ne compte plus que cinq exemplaires encore recensés – qu’appartient notre pendule.

Elle est signée sur le cadran comme à l’arrière « Joseph Knibb Londini fecit » [Joseph Knibb l’a faite à Londres], et la présence au dos de l’objet d’une élégante plaque de laiton ouvragée à motifs de fleurs nous indique clairement le souhait du fabricant de voir son travail admiré sous tous les angles. La pendule, pratique et déplaçable à volonté, doit se regarder comme une sculpture, à l’avant comme à l’arrière et sur les côtés pour, au passage, s’émerveiller de la minutie de son extraordinaire mécanisme.

SYLVAIN CORDIER


Un grand merci à Chantelle Lepine-Cercone pour son aide dans les recherches sur cet objet.

1. Ronald A. Lee, The Knibb Family, Clockmakers, 1964, p. 21.
2. Clare Vincent et Jan Hendrik Leopold, European Clocks and Watches in the Metropolitan Museum of Art, 2015, p. 104.
3. Ces caisses n’étaient pas produites dans l’atelier de Knibb, mais sous-traitées à un atelier d’ébénisterie, aujourd’hui anonyme, soumis aux directives précises de l’horloger. Cela explique que l’on en trouve parfois adaptées aux mécanismes d’autres horlogers contemporains comme Thomas Tampion ou Ben Willoughby.

 

Joseph Knibb (1640-1711)
Pendule de table
Vers 1678-1680
Ébène, argent, laiton, velours
30,5 x 23,2 x 16 cm
MBAM, don d’Andrew Neil Ivory et Nigel Andrew Ivory à la mémoire de Neil Basil Ivory