Nancy Saunders

L’installation Katajjausivallaat, le rythme bercé de Nancy Saunders (Niap) sera présentée au public lors du redéploiement de la collection d’art inuit du Musée en 2020.

Originaire de Kuujjuaq (Nunavik), Nancy Saunders est titulaire d’un baccalauréat ès arts de l’Université Concordia, avec une concentration en études des peuples autochtones. Chanteuse de gorge, elle prend part en 2014 à la cérémonie tenue au MBAM marquant la reconnaissance par le gouvernement du Québec du chant guttural – katajjaniq – comme patrimoine immatériel. En 2015, elle suit un atelier de perfectionnement en sculpture organisé à Aupaluk (Nunavik) par l’Institut culturel Avataq et la Société Makivik. Son travail est présenté pour la première fois à la Galerie McClure du Centre des arts visuels (Montréal), puis au Shaw Center (Ottawa). En 2017, elle obtient une résidence à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. De retour au pays, elle remporte le concours national du Musée canadien de la nature. Elle est récipiendaire de la bourse Virginia J. Watt 2018, décernée par l’Inuit Art Foundation.

L’installation est composée de trois pierres distinctes, subtilement incisées et suspendues au-dessus de socles blancs par des fils d’acier dissimulés grâce à un éclairage directionnel. Des écouteurs accrochés aux socles permettent d’entendre trois bandes sonores correspondant à chaque pierre. De gauche à droite: le son de la rivière, kuuvvaluk, pour la pierre turquoise; celui du vent, anuri, pour la pierre rose; et la légende du pauvre petit chien, qimmiruluapik, pour la pierre blanche. Celles-ci apparaissent comme une interprétation matérielle (couleurs, formes et marques d’outils) des chants de gorge associés qui transmettent l’expérience du Nord par la musique et la tradition orale1. Les pierres évoquent le chant, notamment par les trous visibles qui les transpercent: métaphores des gorges des chanteuses. Les variations de traitement et de texture font référence à la variété des sons gutturaux.

L’artiste témoigne ici de son patrimoine, élément fondamental de sa démarche: «[…] mon intention est de faire valoir la puissance et la beauté de ma culture ancestrale, de réaffirmer les pratiques d’autrefois et d’actualiser les éléments qui en font toute sa richesse et son originalité. Mes thèmes s’inspirent donc fortement de questions liées à l’affirmation identitaire et à la culture inuite traditionnelle tout en intégrant des aspects formels de la modernité2.» Au-delà de l’expérience des sens et de l’impression de légèreté quasi magique des pierres en suspension au-dessus des socles – mais aussi, paradoxalement, de leur présence monumentale augmentée par une écoute en solitaire des sons et des chants –, l’enjeu sous-jacent de cette installation est la reconsidération del’usage du socle. La sculpture inuite l’a effectivemen intégré par le biais de pratiques occidentales alors qu’il ne faisait pas partie de sa tradition. Les qualités de cet art étaient généralement perçues et appréciées dans la seule paume de la main.

JACQUES DES ROCHERS


  1. Entrevue avec Nancy Saunders par Jacques Des Rochers et Louis Gagnon (Institut culturel Avataq), 16 mai 2018.
  2. Nancy Saunders, « Démarche artistique », communication écrite de l’artiste transmise en avril 2018.

Ill. 1
Nancy Saunders (Niap), née en 1986, ᑲᑕᔾᔭᐅᓯᕙᓪᓛᑦ Katajjausivallaat, le rythme bercé, 2018, stéatite brésilienne, fil de fer, enregistrements sonores, écouteurs, socles. MBAM, achat, legs Dr Francis J. Shepherd. Photo Romain Guilbault

Ill. 2
Performance de Nancy Saunders lors de l’exposition ᑲᑕᔾᔭᐅᓯᕙᓪᓛᑦ Katajjausivallaat, le rythme bercé, présentée par OBORO et Casteliers Photos Romain Guilbault