Paul Walde

L’artiste britanno-colombien Paul Walde s’intéresse aux interconnexions entre le paysage, l’identité et les nouvelles technologies. S’adaptant aux contextes, sa pratique prend diverses formes telles que la performance, l’art sonore, l’installation vidéo ou encore la photographie. OEuvre vidéo emblématique de Walde, Requiem pour un glacier a été présentée à l’étranger comme au Canada, notamment au Ryerson Image Centre de Toronto, en 2016, lors de l’exposition The Edge of the Earth: Climate Change in Photography and Video, commissariée par Benedicte Ramade.

Requiem pour un glacier est un hymne portant sur l’avenir incertain d’un groupe de glaciers de la Jumbo Valley. Également nommé Qat’muk, le territoire se situe dans la chaîne de montagnes Purcell, à l’est de la Colombie-Britannique1. En raison de leur position en haute altitude, ces glaciers sont parmi les rares à avoir été épargnés jusqu’à présent par la dégradation due au changement climatique. Mais l’accentuation du réchauffement planétaire causera une perte progressive de leur envergure, et leur survie est menacée par un projet soutenu par le gouvernement provincial: la construction d’un complexe alpin au pied du glacier Jumbo, comprenant l’aménagement de pistes de ski sur leurs flancs. C’est dans ce contexte écologique et politique que s’inscrit l’oeuvre de Walde. Tournée sur le glacier Farnham, l’un des sites convoités par le complexe, la vidéo se compose de quatre mouvements avec orchestre, chorale et soliste. Les chants en latin reprennent avec ironie le texte du communiqué de presse où le gouvernement annonçait son appui au développement du projet controversé2.

Pour la réalisation de cette vidéo, Walde a travaillé avec plus de cinquante musiciens et chanteurs professionnels et amateurs qui se sont engagés dans le projet pour sa double fonction d’action artistique et militante. L’artiste et les participants souhaitaient ainsi s’opposer une dernière fois au développement extensif du territoire tout en préservant sa mémoire. Par ailleurs, l’auteur E.C. Woodley remarque combien la forme du requiem sied à ce type de protestation citoyenne : « Manifestation terrestre du deuil, le requiem a toujours été une forme de protestation. Il s’oppose à la mort tout en l’évoquant. Tout au moins, il consiste en un acte de résistance contre la souffrance et l’oubli. Requiem pour un glacier souligne la nécessité de se représenter un futur défiguré par notre passé récent et notre présent. Il suggère que l’imagination est peut-être notre dernière chance de survie3. » L’oeuvre offre une expérience immersive d’envergure sur le plan visuel et sonore ainsi qu’une nouvelle perspective sur le militantisme pour la préservation de l’environnement.

Walde est diplômé de l’Université Western Ontario (BFA) et de l’Université de New York (MA), et récipiendaire du Prescott Fund Award du National Arts Club (New York). Depuis 2012, il est président du département des arts visuels de l’Université de Victoria (C.-B.), où il est professeur associé. L’artiste est également membre fondateur de l’Audio Lodge, un collectif canadien d’art sonore, et d’EMU Experimental Music Unit, un ensemble musical basé à Victoria.

GENEVIÈVE GOYER-OUIMETTE


  1. Site officiel de Requiem for a Glacier http://requiemforaglacier.com/ audiovideo-installation/ [En ligne] Mars 2018
  2. Communiqué de presse de l’annonce datant du 20 novembre 2012 http://jumboglacierresort.com/letters-patent-for-mountain-resortmunicipality-of-jumbo-glacier-resort/ [En Ligne] Mars 2018
  3. Site officiel de Requiem for a Glacier http://requiemforaglacier.com/audiovideo-installation/ [En ligne], Mars 2018

Ill. 1 et 2
Paul Walde (né en 1968), Requiem pour un glacier, 2013, Vidéo HD à deux canaux, 1/5, Durée: 40 min. MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend, legs Ginette Trépanier, fonds des employés du Musée des beaux-arts de Montréal, fonds Deirdre M. Stevenson, François R. Roy et George R. MacLaren