Shilpa Gulpta

Le Musée vient d’acquérir une oeuvre majeure de Shilpa Gupta, artiste indienne contemporaine de premier plan. Par sa pratique multidisciplinaire profondément phénoménologique, Gupta défie notre façon d’envisager les limites – ces frontières, réelles et imaginées, qui agissent sur notre existence. Car, dans ta langue, je n’ai pas ma place : 100 poètes emprisonnés illustre l’engagement viscéral envers le langage qui fonde l’ensemble de sa pratique. Empruntant son titre à un vers de Nesimi, poète azéri du quatorzième siècle, l’oeuvre se compose de 100 livres écrits à différentes époques par des poètes de partout dans le monde qui ont été emprisonnés pour leurs propos. Coulés dans un bronze à canon trouvé sur un marché indien, les ouvrages sont disposés sur une longue table de bois afin que les visiteurs puissent lire les poèmes de tous les côtés. L’ensemble nous rappelle la puissance du langage, capable à la fois de diviser et de rassembler. Il s’agit de la première création de Shilpa Gupta à entrer dans une collection publique canadienne.

Sensible et puissante, cette œuvre est la première d’une artiste indienne contemporaine à intégrer la collection du MBAM. Au cœur de la réflexion de Gupta, il y a le pouvoir du langage, la poésie des mots et leur potentiel de violence. Car, dans ta langue, je n’ai pas ma place : 100 poètes emprisonnés exprime un vibrant attachement aux mots et aux noms.

Parmi les 100 poètes issus d’une quarantaine de pays dont le travail est ici immortalisé dans le bronze à canon, Gupta a choisi des textes qui la touchent personnellement, écrits notamment par Khushhal Khattak (1613-1689) d’Afghanistan, Jean Richepin (1849-1926) et Auguste Marseille Barthélemy (1796-1867) de France, Asrar Hussain Khan (1919-2000) d’Inde, Alan Ginsberg (1926-1997) des États-Unis, Habib Jalib (1928-1993) du Pakistan, Ken Saro-Wiwa (1941-1995, qui est le père de l’artiste Zina Saro-Wiwa, dont le MBAM a récemment acquis un diptyque) du Nigéria, Ashraf Fayadh (1980- ) d’Arabie Saoudite, et Tal al-Mallouhi (1991- ) de Syrie. Les textes y sont inscrits ou traduits vers l’anglais.


Shilpa Gupta (née en 1976), Car, dans ta langue, je n’ai pas ma place : 100 poètes emprisonnés, 2017-2018, 100 livres coulés en bronze à canon, table. MBAM, achat, fonds Fête-champêtre W. Bruce C. Bailey. Vue de l’installation au YARAT Contemporary Art Space de Bakou – dans le cadre de l’exposition de Shilpa Gupta For, in Your Tongue, I Cannot Fit, 2018. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galleria Continua, San Gimignano / Beijing / Les Moulins / Havane. Photo : Pat Verbruggen.