Depuis vingt-cinq ans, le photographe montréalais Benoit Aquin parcourt le monde pour dévoiler les enjeux environnementaux et les histoires humaines qui s’y rattachent. Il adopte une approche engagée en phase avec la sensibilité de son époque. Il travaille par projet, étudiant ses sujets en profondeur avant de les capter avec son appareil-photo.

Les catastrophes climatiques l’interpellent comme en témoignent ses séries Tsunami (2004), réalisée en Indonésie, et Haïti (2010-2011). Les changements écologiques font aussi partie de ses préoccupations : le réchauffement climatique du Grand Nord québécois (2005) ou la crise alimentaire en Égypte en 2007. Il remporte le prix Pictet en 2008 pour les images de sa série The Chinese Dust Bowl (2006-2007). Pour illustrer le thème de l’eau de ce prestigieux concours, il choisit la sécheresse d’origine humaine. Dans ce contexte de création, il n’est pas surprenant qu’il se tourne vers la tragédie de Lac-Mégantic. L’exposition Mégantic photographié comprend quarante photographies montrant l’empathie du photographe pour son sujet. Treize photographies de cette série inédite au Canada ont été présentées aux Rencontres d’Arles lors d’une rétrospective des quatre premiers lauréats du Prix Pictet l’été dernier. La photographie Zone d’exclusion, de la série « Mégantic » a été choisie par The Guardian comme étant l’une des quinze meilleures images de ce festival annuel de photographies.

Benoit Aquin - Zone d'exclusion

Zone d’exclusion
Benoit Aquin (né en 1963), de la série « Mégantic », 2013,
impression à jet d’encre, 1/5, 102 x 152 cm

Visites guidées
Samedi et dimanche, de 13 h 30 à 15 h 30, des guides du Musée sont présents dans cette salle
pour répondre à vos questions et échanger avec vous autour des œuvres présentées.
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Pouvez-vous nous expliquer la genèse de votre série « Mégantic » ?

Je suis allé à Lac-Mégantic le jour même de l’accident. Les conditions de travail étaient difficiles. L’accès au site de la tragédie était bloqué. Ce qui m’était accessible visuellement me semblait tellement minime face à l’immensité du désastre. J’ai dû y retourner plusieurs fois avant d’envisager la création d’une oeuvre photographique. À force de travailler, j’ai trouvé l’approche et le traitement que je trouvais éthiques et efficaces pour représenter cette tragédie. J’ai travaillé le jour et la nuit au flash, ce qui m’a permis d’éclairer, avec un regard inquisiteur, la part de l’ombre que l’on nous cachait.


Pour « Mégantic » j’ai procédé un peu comme un journaliste. Je cherchais des pistes, soit des traces de contamination ou de destruction, soit des témoignages de survivants, mais une fois que je me trouvais sur ces lieux, en présence de témoins ou d’une situation significative, ma seule préoccupation devenait la photogénie du lieu. Éviter à tout prix l’illustration. Quand je travaille ainsi, il n’y a pas de moment parfait. Au contraire, le moment imparfait, le moment indécis devient important, car souvent ce sont des moments oubliés par la photographie.

Aujourd’hui, comment positionnez-vous votre travail ? Peut-on parler d’une approche à la fois documentaire et esthétique ?

La photographie de type documentaire a un historique riche et complexe de plus de cent ans. Elle repose sur des références sociologiques et comporte généralement plusieurs points focaux. Le type de photographie qu’on voit circuler en art actuel est plus iconique et s’articule autour d’une démarche conceptuelle plus personnelle. J’hybride ces deux traditions tout en gardant en tête leurs spécificités.

Légendes des œuvres
Bannière du haut
Passage à niveau (détail)
Benoit Aquin, de la série « Mégantic », 2013
impression à jet d’encre, 1/5, 102 x 152 cm

Bannière du bas
Reconstruction du chemin de fer (détail)
Benoit Aquin, de la série « Mégantic », 2013
impression à jet d’encre, 1/5, 102 x 152 cm