Le Musée des beaux-arts de Montréal expose dans son cabinet d’arts graphiques une quarantaine de dessins britanniques tirés de sa collection permanente. On y trouve des œuvres de Beerbohm, Burne-Jones, Chadwick, Cotman, Cox, Flaxman, Gainsborough, Gilpin, Moore, Mortimer, Nash, Nicholson, Richardson, Romney, Rowlandson, Ruskin, Sandby et Solomon, ainsi qu’une magnifique aquarelle monumentale de Turner.

C’est aussi l’occasion d’admirer les plus récentes acquisitions du Musée, datant des XVIIIe et XIXe siècles.

Vu la fragilité des œuvres sur papier et la nécessité d’en limiter l’exposition, il s’agira de l’une des rares présentations de ce prestigieux corpus.

La variété de styles et de sujets de cet important ensemble reflète l’art et la culture de la Grande-Bretagne du milieu du XVIIIe à la fin du XX e siècle. Si, comme on peut s’y attendre, les paysages y sont majoritaires, les portraits, les études de figures, les scènes de genre, les caricatures et les sujets religieux y sont également représentés.

Voici un aperçu des récentes acquisitions du MBAM :

Œdipe et ses filles de John Flaxman

John Flaxman est l’un des artistes les plus influents du néoclassicisme et le plus célèbre sculpteur anglais. Il réalise des monuments dans tout le royaume, notamment à la cathédrale Saint-Paul et à l’abbaye de Westminster. Dès le début du XIXe siècle, ses dessins deviennent des exemples, qui illustrent même les manuels scolaires anglais. Son style influence les artistes de toute l’Europe – y compris William Blake, un ami intime depuis sa jeunesse avec qui il partage une quête spirituelle profonde en dehors de la religion – Géricault, Goya et le jeune Ingres, de même que les artistes allemands Runge et Overbeck. Son oeuvre inspire, plus d’un siècle plus tard, des artistes tels Picasso et Matisse. Notre dessin est une illustration d’Œdipe à Colone, second volet de la trilogie dramatique de Sophocle. Œdipe est assis au centre, rejeté par les villageois de Colone après son mariage tragique et involontaire à sa propre mère Jocaste, qui s’est pendue en apprenant la vérité. Après s’être crevé les yeux, Œdipe s’assoit, entouré de ses deux filles dévouées, Ismène et Antigone.

John Flaxman (1755-1826), Œdipe et ses filles (détail), vers 1803, plume et encre, lavis d’encre. 18,6 x 24,6 cm. MBAM, don de Susan Watterson. Photo MBAM

Portrait d’un gentilhomme d’Arthur Pond

Arthur Pond se forme à Londres puis à Rome en 1725 pour revenir à Londres, en passant par Paris. Dès 1735-1736, il s’établit avec succès comme portraitiste au pastel et à l’huile. Pour augmenter ses revenus, il devient un marchand d’art actif et respecté, spécialiste des gravures de Rembrandt, et se taille ainsi une enviable réputation de connaisseur. Si ses œuvres n’ont pas la finesse de celles de certains de ses contemporains européens, ses portraits sont remarquables par leur fraîcheur et leur franchise, les meilleurs étant saisissants, comme c’est le cas de ce pastel magnifiquement conservé. Neil Jeffares, éminent spécialiste des pastels britanniques du XVIIIe siècle, membre de la Tate Gallery et auteur du Dictionary of Pastellists before 1800, confirme l’attribution de notre pastel. Importante acquisition, ce pastel britannique du XVIIIe siècle est le premier a entrer dans la collection du MBAM.

Arthur Pond (1701-1758), Portrait d’un gentilhomme (détail), vers 1740, pastel et gouache sur papier marouflé sur toile, 58,5 x 45,9 cm. MBAM, don du Dr Paul D. Leblanc. Photo MBAM

Luisa Strozzi de Marie Spartali Stillman

Ce magnifique dessin de l’artiste préraphaélite britannique Marie Spartali Stillman a été offert au Musée par Henry B. Yates, petit-fils d’Edward Maxwell, l’un des architectes du pavillon Michal et Renata Hornstein. Marie Spartali naît dans le Middlesex (Angleterre) en 1844, dans une famille dont le cercle mondain comprend notamment James McNeil Whistler et Julia Margaret Cameron. Vraie beauté préraphaélite, Spartali est d’abord connue comme modèle, car elle pose pour Burne-Jones, Ford Madox Brown et Dante Gabriel Rossetti. Nous ne commençons à découvrir l’ampleur de sa production artistique que depuis peu (la première exposition monographique de l’artiste sera présentée cette année aux États-Unis et en Angleterre). Ce dessin est inspiré de la ville de Florence, où l’artiste a vécu au début des années 1880 avec son mari, le journaliste américain William J. Stillman. Une jeune femme, dont la chevelure rousse tombant librement sur ses épaules s’orne d’une fleur qui fait écho au bouquet de roses qu’elle tient à la main, tire une tenture pourpre révélant, derrière elle, une cour intérieure en pierre. L’artiste a particulièrement soigné les textures, aussi bien la dentelle délicate et translucide des poignets de la robe que le drapé de la tenture en velours. Ce rendu très fin a été obtenu grâce à une technique qui entremêle de petites touches de gouache et d’aquarelle – l’aquarelle étant considérée à l’époque plus appropriée au sexe féminin que la peinture à l’huile. Cette œuvre a été présentée sous le titre Luisa Strozzi à l’exposition organisée à Londres, en 1884, par le Royal Institute of Painters in Watercolours.

Marie Spartali Stillman (1844-1927), Luisa Strozzi (détail), 1884, aquarelle, gouache, gomme arabique, or, mine de plomb. 78,8 x 61,1 cm. Promesse de don de Henry B. Yates à la mémoire d’Edward Maxwell (1867-1923). Photo MBAM

Crédits :

1 – Thomas Gainsborough (1727-1788) Paysage boisé avec une maison au loin. Début des années 1780. Pierre noire, craie blanche, sanguine. 24,9 x 31,3 cm. MBAM, achat, fonds anonyme

2 – Henry Charles Fox (1860-vers 1925)Oatlands, dans le Surrey, 1882. Aquarelle, gouache. 27,6 x 38,6 cm. MBAM, legs John W. Tempest

3 – Joseph Mallord William Turner (1775-1851) L’abbaye gothique en construction à Fonthill, vue du sud, le soir. Vers 1800. Aquarelle sur traits à la mine de plomb. 70,8 x 104,2 cm. MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend