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Publié le 27 mai 2020

Compositeur du mois de mai : Gabriel Fauré

Gabriel Fauré

Chapitre 2 : Succès et tribulations

Survol

C’est à la Belle Époque, années d’effervescence synonymes de progrès technologiques et sociaux importants, que Fauré s’installe dans l’âge adulte et poursuit son ascension vers la reconnaissance publique. Si durant sa jeunesse, Fauré était connu pour sa bonne humeur, son avancée dans la maturité est parsemée d’épisodes de dépression - qu’il nomme lui-même spleen - causés notamment par ses fiançailles rompues, son insatisfaction face à son succès en tant que compositeur, et la mort de ses deux parents.

Malgré les moments sombres, cette période de la vie de Fauré comporte beaucoup d’éléments positifs. Preuve des temps changeants, Fauré obtient en 1896 le poste très convoité de professeur de composition au Conservatoire de Paris, et ce malgré le dédain des autorités conservatrices de l’institution à son égard. Fauré achève plusieurs oeuvres importantes pour petits ensembles et pour piano, ainsi que le cycle de mélodies Cinq mélodies de Venise, composées lors d’un séjour en Italie. En 1892, une liaison amoureuse passionnée avec la chanteuse Emma Bardac a un impact profond sur sa musique, inspirant le cycle de mélodies La Bonne chanson, oeuvre d’une sensualité exquise où Fauré explore de toutes nouvelles possibilités formelles. Lors de cette période, Fauré connaît aussi le succès avec des compositions de plus grande envergure, dont des accompagnements musicaux charmants et captivants pour les pièces de théâtre Caligula, Shylock, et pour le drame symboliste de Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande. Bien qu’arrivée sur le tard, la reconnaissance publique que méritait Fauré depuis tant d’années se manifeste enfin, lors de la première de l’oeuvre monumentale Prométhée, en 1900 à Béziers, où une foule de 10 000 personnes célèbre le compositeur triomphant.

Pour approfondir

La Belle Époque : une société en transformation

Tout autour de Fauré, le monde change à un rythme ahurissant. En 1889, l’Exposition Universelle de Paris agit comme un catalyseur dans le monde des arts, tout particulièrement en musique. C’est lors de cet événement que Claude Debussy découvre le gamelan javanais, un instrument qui aura un impact majeur sur sa trajectoire de compositeur. Toutefois, si Fauré prend part à l’exposition, rien n’indique que sa musique est influencée par le gamelan ou la mode du moment, le japonisme. La même année, une création architecturale pensée par Gustave Eiffel voit le jour : cette complexe structure de fer, aujourd’hui symbole incontesté de la ville est à l’époque déplorée par plusieurs, dont le collègue de Fauré, Charles Gounod. En parallèle aux innovations artistiques, des avancées scientifiques marquantes ont lieu, dont l’arrivée généralisée de l’électricité. Dès 1893, Fauré profite de l’installation d’un ascenseur électrique dans son immeuble, alors que Camille Saint-Saëns compose sa cantate Le feu céleste, en l’honneur de cette fascinante nouvelle invention!

La tour Eiffel sous construction
Crédit

Fauré et le Conservatoire de Paris

Avec la mort de compositeurs plus âgés et l’ouverture de nombreux postes au Conservatoire, l’établissement musical français entre dans une ère de profonds changements. Malgré l’aide de Camille Saint-Saëns, Fauré avait plusieurs fois été déçu en tentant d’y décrocher un poste d'enseignant. Nombre des professeurs conservateurs se sentaient alors menacés par ce simple compositeur de « musique de salon », dont les oeuvres défiaient sans cesse les règles de l’harmonie. À la suite d’une de ses candidatures, Fauré s’était vu attribuer un poste d’inspecteur des Conservatoires de musique en province, un emploi certes payant et prestigieux, mais qui l’obligeait à mener des voyages interminables dans des petites villes en région.

Une autre tentative s’avère plus fructueuse : en 1896, à l’âge de 51 ans, Fauré se voit enfin offrir le poste de professeur de composition, et goûte au succès et à la reconnaissance dont il rêvait depuis des années. Fauré enseigne à grand nombre des talents les plus prometteurs du 20e siècle, dont Nadia Boulanger, Florent Schmitt, Charles Koechlin, George Enescu et son élève le plus célèbre, Maurice Ravel.

Des œuvres d’envergure qui mènent à la célébrité

Cette période de la vie de Fauré donne naissance à plusieurs oeuvres marquantes : le Quatuor pour piano no. 2, le Quintette pour piano no. 1, plusieurs nocturnes et barcarolles, ainsi que les cycles de mélodies Cinq mélodies de Venise et La Bonne chanson. C’est aussi durant ces années qu’il compose plusieurs oeuvres symphoniques de grande envergure qui contribuent à sa réputation grandissante, entre autres son Requiem, et la musique pour les pièces de théâtre Caligula, Shylock (une adaptation du Marchand de Venise de Shakespeare), et Pelléas et Mélisande.

Enfin, le 27 août 1900, la première de son oeuvre Prométhée dans un concert extérieur à Béziers assure à Fauré la reconnaissance publique qu’il méritait depuis si longtemps. Ni cantate, ni opéra, cette tragédie lyrique inspirée du mythe grec, composée pour un ensemble de 800 musiciens, est applaudie par 17 000 personnes en deux jours. Alors que le public est absolument émerveillé par la création, Fauré se ravit de son nouveau statut de célébrité. Dans les années à venir, plusieurs petits festivals célébrant le compositeur auront lieu, et en 1903, Fauré devient critique musical pour Le Figaro, poste qu’il occupera jusqu’à la fin de ses jours. Enfin, les choses commencent à bien aller!

Une vie romantique tumultueuse : La Bonne chanson

Anne Sofie von Otter: The complete "La bonne chanson Op. 61" (Fauré)

La Bonne chanson, op. 61

Fauré s’installe dans la vie domestique en 1883, en épousant Marie Freniet. Bien que les époux partagent une affection mutuelle et une passion commune pour les arts, leurs sentiments l’un pour l’autre s'effritent rapidement. Marie ne partage ni le tempérament passionné de Gabriel, ni son amour de la vie sociale, et le mariage ne fait pas cesser les infidélités de son mari. Le talent, la personnalité agréable, la manière provinciale de rouler les «r» et le physique avantageux de Fauré - un teint sombre, une chevelure ondulée et « les yeux sensuels et langoureux d’un Casanova impénitent », d’après son étudiant Alfredo Casella - le rendent irrésistible pour le sexe opposé, le laissant incapable de renoncer à l’affection des femmes.

La première moitié de la vie de Fauré est caractérisée par des expériences amoureuses tumultueuses: quelques courtes liaisons, des fiançailles rompues, de brefs sentiments pour sa mécène lesbienne Winnaretta Singer. Son mariage malheureux avec Marie Freniet, accentue donc son instabilité émotionnelle. Mais tout change quand Fauré fait la rencontre d’Emma Bardac en 1892. À l’époque mariée à un riche banquier (dont elle divorcera plus tard pour épouser Claude Debussy), Emma partage avec son mari une interprétation plutôt libre du concept de fidélité conjugale. La soprano, douée et intelligente, qui excelle dans l’art de la conversation, représente pour Fauré la première relation pleinement satisfaisante sur le plan émotionnel. Elle est aussi la source d’inspiration d’une oeuvre d’une étonnante originalité: le cycle de mélodies La Bonne chanson.

Parallèlement au changement dans sa vie amoureuse, La Bonne chanson témoigne d’un changement marqué dans la musique de Fauré, devenue plus aventureuse dans sa forme et ses harmonies, à un point tel que lorsque Saint-Saëns l’entend pour la première fois, il déclare que Fauré doit être devenu fou!* La Bonne chanson* marque également la première utilisation marquante d’éléments cycliques dans la musique de Fauré, une technique qu’il avait explorée dans sa Ballade pour piano et dans Cinq mélodies de Venise. Dans* La Bonne chanson* cependant, les thèmes récurrents jouent un rôle structurel beaucoup pour important, tels des leitmotivs, et sont manipulés et transformés au fil des neuf chansons du cycle. Deux exemples notables sont une mélodie tirée d’une de ses premières chansons,* Lydia*, et un motif ascendant passionné qui accompagne les paroles « je vous aime » dans la cinquième chanson, intitulée « J’ai presque peur, en vérité ».

Pour La Bonne chanson, Fauré sélectionne neuf poèmes du recueil éponyme de Paul Verlaine qui, au lieu de raconter une histoire, dessinent le portrait de la bien-aimée. Étant amoureux de la poésie de Verlaine et ayant déjà mis en musique plusieurs de ses poèmes, Fauré est emballé lorsque sa mécène Winnaretta Singer lui passe commande d’un court opéra : il y voit une opportunité splendide de travailler avec le poète. Ce projet ambitieux est malheureusement abandonné lorsque Fauré rencontre Verlaine en 1891, alors que ce dernier est aux prises avec un alcoolisme avancé et n’est plus que l’ombre de l’artiste qu’il était jadis.

Emma Bardac
Crédit

La fin-de-siècle : Pelléas et Mélisande

Fauré : Pelléas et Mélisande, suite d'orchestre (Orchestre philharmonique de Radio France / Mikko...

Suite de Pelléas et Mélisande

La musique de scène Pelléas et Mélisande de Fauré est l’une des quatre oeuvres basées sur ce drame symboliste de Maurice Maeterlinck composées en l’espace de dix ans. La plus célèbre d’entre elles est l’opéra de Claude Debussy, mais il faut aussi citer les oeuvres d’Arnold Schoenberg, qui produit en 1903 un poème symphonique radical dans un style post-Mahlérien, et de Jean Sibelius, qui compose un accompagnement pour la pièce de théâtre.

Il peut sembler étrange que tant de compositeurs soient attirés par une pièce exprimant une vision du monde si pessimiste et dans laquelle si peu d’action se produit, or ce sont des qualités qui correspondent à l’esprit de la fin-de-siècle. En effet, le sentiment d’impuissance face au destin et de deuil d’une époque révolue saisit plusieurs artistes de l’époque.

Le Pelléas et Mélisande de Fauré, composé pour une production à Londres en 1898, a le malheur d’être éclipsé par l’opéra de Debussy, beaucoup plus radical. Les deux compositeurs ne cachent pas leur aversion réciproque ; après avoir entendu pour la première fois l’opéra de Debussy, un Fauré déconcerté s’exclame: « si ceci est de la musique, alors je n’ai jamais su ce qu’est la musique! ». Néanmoins, Fauré a le mérite d’avoir créé une musique richement mélodique et attrayante qui a gagné l’admiration de Maeterlinck lui-même. Il ne subsiste aujourd’hui qu’une suite en quatre mouvements, le reste de l’oeuvre n’ayant malheureusement jamais été publié.

par Trevor Hoy, traduit par Julie Olson

Claude de Bussy
Crédit

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