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Publié le 3 juin 2020

Compositeur du mois de mai : Gabriel Fauré

Gabriel Fauré

Chapitre 3 : Fauré et la maturité - des années d'influence et d'accomplissements

Survol

L’influence et la célébrité de Fauré sont à leur apogée pendant les 15 dernières années de sa vie. En 1905, il devient directeur du Conservatoire et met en œuvre d’importantes réformes dans l’institution, jusqu’alors encombrée dans ses propres traditions. Les étudiants ont plus de liberté, et des compositeurs avant-gardistes font leur entrée au programme.

Fauré connaît un succès majeur lorsque, après plusieurs vaines tentatives dans le domaine de l’opéra, Pénélope voit enfin le jour. Cet opéra ravit les foules lors de sa première en 1913, et apporte enfin la gloire à Fauré. Mais la période est également marquée par des événements dévastateurs : la mort de frères et sœurs aînés ainsi que celle de son ami de longue date, Camille Saint-Saëns.

À la fin de sa vie, Fauré cache un lourd secret : tout comme Beethoven, il est en train de devenir sourd, et ne pourra finalement plus entendre ses œuvres que dans sa tête. Malgré cela, ces années sont parmi les plus productives de sa vie, avec la création d’œuvres innovantes comme son Quintette pour piano no.2 et son Quatuor à cordes. C’est finalement en 1924, à Paris, que la vie de Fauré est emportée par la pneumonie.

Pour approfondir

La vie de Fauré prend une tournure inattendue, quand on lui offre en 1905 le poste de directeur du Conservatoire, suite à la démission de Théodore Dubois. Ce choix s’explique probablement par la volonté du gouvernement de secouer une institution perçue comme étant de plus en plus inefficace et archaïque. C’est ainsi que Fauré entre en poste avec des projet de réforme grandioses, et une approche si ferme et déterminée qu’il se mérite même le surnom de «Robespierre». La première de ces réformes est une modification des curriculums d'enseignement, et l’entrée au programme d’étude d’un grand nombre de compositeurs autrefois laissés à l’index: Wagner y est enfin intégré, et les étudiants peuvent désormais étudier des compositeurs allant de Monteverdi à Debussy. Une vague de démissions de professeurs, indignés par ce nouveau directeur venu de la province, constitue pour Fauré l’opportunité parfaite de former une corps enseignant plus progressiste, et d’inviter des compositeurs tels que Paul Dukas et Claude Debussy à siéger sur les jurys d’examens.

À la tête du Conservatoire, Fauré collabore avec aisance avec des musiciens aux vues très éloignées : il est à la fois un collègue apprécié des compositeurs conservateurs tels que Camille Saint-Saëns et Vincent d’Indy, et admiré par les membres de la nouvelle génération de compositeurs, comme Maurice Ravel et Darius Milhaud.

Pénélope : un opéra voit enfin le jour

Un autre accomplissement majeur de la fin de carrière de Fauré est son seul opéra, Pénélope, inspiré du retour d’Ulysse à Ithaque tel que raconté dans l’Odyssée. Bien qu’il ait longtemps évité l’influence de Wagner, il s’intéresse à ses opéras pour l’aider dans la composition de Pénélope. S’inspirant du maître, il crée un ensemble de leitmotivs pour représenter les personnages et les éléments clés de l’histoire, et opte pour une musique en continu plutôt que pour une alternance entre des récitatifs et arias. Néanmoins, Fauré demeure sélectif dans les éléments qu’il choisit d’emprunter à l’opéra wagnérien, et combine ces éléments avec ceux de l’opéra traditionnel pour créer un style complètement unique et personnel. La première parisienne de Pénélope le 10 mai 1913 est un succès retentissant pour Fauré, mais son moment de triomphe est malheureusement vite éclipsé lorsque, trois semaines plus tard, un jeune compositeur russe du nom d'Igor Stravinsky scandalise Paris - et change à jamais l’histoire de la musique - avec son nouveau ballet Le Sacre du printemps.

Affiche publicitaire de l’opéra Pénélope
Crédit

Fauré et Beethoven : un sort partagé

Tout ce temps, Fauré cache un secret si terrible qu’il pourrait mettre fin à sa carrière au Conservatoire : il est en train de devenir sourd. Dès la première décennie du 20e siècle, les premiers signes de sa perte auditive apparaissent graduellement. Pire encore, ils sont accompagnés de distorsions des sons : selon son fils, Philippe, «il entend les notes basses une tierce plus haut et les notes aiguës une tierce plus bas». Des rumeurs de la condition de Fauré commencent à circuler au Conservatoire, mais il demeure en poste, vraisemblablement en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale.

L’expérience de Fauré est à plusieurs égards comparable à celle de Beethoven : ils composent certaines de leurs œuvres les plus innovantes et aventureuses en fin de vie, alors qu’ils vivent dans un isolement auditif complet. Si Fauré atteint enfin le sommet de sa gloire, il ne peut désormais plus entendre sa musique que dans sa tête, comme le relate un jour son librettiste René Fauchois lors d’une entrevue à une répétition, «Fauré s’est penché vers moi et m’a dit à l’oreille : “C'est joli, n'est-ce pas?” “Admirable !” Je lui ai répondu, comme je le pensais effectivement. Et je n'ai jamais oublié la mélancolie intense et les accents tristes du vieux maître qui me disait alors "Je ne l'entends pas !”».

Le Quintette pour piano no. 2

Fauré - Piano Quintet No.2 in C minor, Op.115 (score)

Le grand âge affaiblit graduellement le corps de Fauré, mais n’atténue ni sa bonne humeur, ni son intelligence. En fait, pendant les trois dernières années de sa vie, Fauré vit une sorte «d'été indien», période d’abondance soudaine de nouvelles œuvres qui confirme que son inspiration est loin d’être tarie. Cette période créative est dûe en partie à sa retraite du Conservatoire en 1921, qui lui offre enfin ce dont il a toujours manqué : du temps libre.

Parmi les œuvres des dernières années de Fauré figure le Quintette pour piano no. 2, achevé en 1921, dans lequel sont combinées l’énergie de ses œuvres de jeunesse et la souplesse harmonique et l’audace de ses compositions plus matures. L’atmosphère générale du quintette est empreinte de sérénité, le calme extérieur de la musique étant ponctué par des éclats d’énergie occasionnels. Le piano fournit une grande partie de l’impulsion rythmique, jouant souvent des motifs rapides et ondulants sur lesquels déferlent de longues mélodies chez les cordes.

Le Quatuor à cordes

Gabriel Fauré: Quatuor à cordes en mi mineur, Op. 121 (Quatuor Ysaÿe)

La dernière année et demie de la Fauré est marquée par deux grandes réalisations. Le 31 janvier 1923, il est nommé Grand-Croix de la Légion d'Honneur, dignité la plus élevée de la décoration honorifique française, rarement décernée à des compositeurs. Puis, la même année, il se lance dans la composition d’un quatuor à cordes, genre qu’il n’a toujours pas exploré. Il peut sembler étrange que celui qui avait un amour profond et une aptitude particulière pour la musique de chambre, ait composé un quatuor à cordes si tardivement, mais l’ampleur des 16 quatuors à cordes de Beethoven - tous des chefs-d’œuvre - freinait peut-être son inspiration. Les compositions de Fauré témoignent de son penchant pour le piano : le Quatuor à cordes en mi mineur est sa seule pièce de musique de chambre sans l’instrument, et sa texture beaucoup plus modeste peut sembler déstabilisante en comparaison avec ses autres œuvres.

Le Quatuor à cordes est souvent considéré comme son œuvre de musique de chambre la moins réussie, puisque ses caractéristiques, bien typiques de la phase mature de Fauré - de longues phrases musicales, des progressions en séquence qui semblent sans fin, un contrepoint complexe et des harmonies étranges - la rendent moins accessible à première vue. Néanmoins, ces éléments sont jumelées à la souplesse et à la finesse également caractéristiques de sa musique, dans une œuvre qui progresse d’une tonalité sombre (mi mineur) dans le premier mouvement vers une fin lumineuse débordante de joie.

L’effort requis pour composer le Quatuor à cordes affecte beaucoup la santé fragile de Fauré : peu après avoir achevé l’œuvre durant l’été de 1924, il est atteint d’une pneumonie dont la sévérité est exacerbée par son tabagisme. Il se remet de la maladie, mais sa santé se détériore au courant de l’année jusqu’à sa mort, le 4 novembre à Paris. Ainsi se termine une vie remarquable, et un chapitre important dans l’histoire de la musique française. C’est peut-être Georges Auric, membre de la génération de compositeurs qui a suivi Fauré, qui résume le mieux son héritage : « Sa réussite a été d’inventer des formes musicales qui ont séduit nos cœurs et nos sens sans les altérer. Il a rendu un hommage à la Beauté, dans lequel il y avait non seulement la foi, mais aussi une passion discrète et irrésistible… La précision délicate de son architecture musicale, la concision (jamais sèche) de ses idées, nous guideront longtemps dans nos moments d’angoisse...»

par Trevor Hoy, traduit par Julie Olson

Partition du Quatuor à cordes en mi mineur, op. 121
Crédit

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