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Publié le 13 mai 2020

Compositeur du mois de mai : Gabriel Fauré

Gabriel Fauré

Chaque mois, découvrez la vie et l’œuvre d’un compositeur en 4 chapitres, à raison d’un chapitre par semaine. Pour les plus pressés, un survol permet de saisir en un clin d’œil les grandes lignes du chapitre. Ceux qui ont le goût d’approfondir leurs connaissances peuvent découvrir l’article dans son intégralité et profiter des écoutes musicales.

Chapitre 1 : un jeune artiste en quête de reconnaissance

Survol

Tout comme le printemps montréalais cette année, le premier « Compositeur du mois » de notre nouvelle série, Gabriel Fauré, a tardé à s’épanouir. Né le 12 mai 1845 dans le Sud-Ouest de la France, Gabriel Fauré démontre dès l’enfance un talent exceptionnellement prometteur. Toutefois, pendant la première moitié de sa vie, il peine à faire reconnaître la valeur de son travail. Aujourd’hui, l’Histoire lui accorde une place plus juste, reconnaissant l’originalité et l’intelligence de ses compositions, ainsi que l’influence majeure qu’il a eue sur des compositeurs tels que Maurice Ravel, Florent Schmitt, Nadia Boulanger et Arthur Honegger.

Le jeune Fauré fréquente l’École Niedermayer de Paris, un établissement dont l’enseignement musical de nature religieuse aura un impact profond sur son style. Il travaille ensuite principalement comme professeur privé et organiste, et obtient finalement un poste comme chef de chœur et organiste député à La Madeleine à Paris grâce à son amitié avec son ancien professeur, Camille Saint-Saëns.

Fauré a une prédilection pour les genres intimes. Il écrit en début de carrière des œuvres pour piano seul, des mélodies et de la musique de chambre. On pense ici à la Ballade pour piano, à la Sonate pour violon et piano no. 1 et à Souvenirs de Bayreuth, un duo pour piano léger et ironique écrit en hommage à L’ Anneau du Nibelung de Wagner. Bien qu’elles ne connaissent pas un grand succès populaire, ces œuvres impressionnent par leur originalité et leur adresse. Fauré réussit à se tailler une place convoitée dans les salons parisiens de la fin du 19e siècle, où il fait des rencontres fructueuses, tant de personnalités artistiques importantes que de riches mécènes qui lui feront des commandes d’œuvres majeures plus tard dans sa carrière.

Pour approfondir

Jeune compositeur n’ayant pas les connexions nécessaires pour se tailler une place au sein des institutions musicales parisiennes, Fauré se tourne vers les salons privés, où sa musique gagne rapidement en popularité et attire l’attention de mécènes importants. Mais son travail de compositeur ne lui permet pas de gagner correctement sa vie, l’obligeant à travailler comme organiste et professeur privé. Cette deuxième carrière lui laisse si peu de temps pour composer que, pour une grande part de sa vie, Fauré compose presque exclusivement durant ses vacances estivales.

En plus d’avoir des difficultés à faire publier sa musique, la prédilection de Fauré pour la musique de chambre - un genre intimiste se prêtant mieux aux concerts de petite taille - limite sa visibilité auprès du public. Le compositeur tente néanmoins quelques essais dans l’univers symphonique, avec un concerto pour violon et une Symphonie en mineur, mais les deux restent inachevés. Aujourd’hui, les contributions les plus significatives de Fauré demeurent dans le domaine de la musique de chambre.

L’hégémonie allemande dans le genre symphonique, ainsi que la place prépondérante occupée par l’opéra dans la vie musicale française sont d’autres facteurs nuisant au succès public de Fauré et de plusieurs de ses contemporains français. À Paris, il existe peu d’appétit pour le genre symphonique, et l’opéra demeure le genre le plus certain de faire gagner aux compositeurs la notoriété qu’ils recherchent. Malgré son manque d’expérience et son inaptitude pour le genre, Fauré se lance dans divers projets opératiques. C’est seulement en 1913 qu’il complétera Pénélope, le seul opéra de sa carrière.

Une éducation non conventionnelle

Le style si distinctif de Fauré peut être attribué en partie à son éducation peu conventionnelle. Au lieu de suivre les traces des grandes figures musicales de l’époque en fréquentant le Conservatoire de Paris ou encore en tentant de remporter le prestigieux Prix de Rome, il est envoyé à l’âge de neuf ans à l’École Niedermayer de Paris, une institution vouée à la formation musicale pour des carrières au sein de l’Église. Au fil de ces années, l’étude de compositeurs tels que Josquin et J.S. Bach, et des modes ecclésiastiques du Moyen Âge (à l'origine des gammes majeures et mineures qui forment la base du système tonal), ont une profonde influence sur Fauré. À de nombreuses occasions, des échos de cet ancien monde musical se font entendre dans sa musique, notamment dans ses mélodies simples aux couleurs modales, ou encore avec l’intégration subtile de contrepoint sous la structure linéaire de ses œuvres.

Fauré et Saint-Saëns

L’autre influence majeure dans la vie du jeune Fauré est celle de Camille Saint-Saëns, à l’époque un jeune professeur récemment arrivé à l’École Niedermayer. Pour l’ensemble des élèves, Camille Saint-Saëns a eu un rôle d’éducateur, leur faisant découvrir le génie de Schumann, Liszt, Wagner et Chopin, mais pour Fauré son rôle était encore plus important. À la fois mentor, figure parentale, et ami très cher, Camille Saint-Saëns soutient énormément Fauré suite à ses études, en l’aidant à trouver un premier poste comme organiste à l’Église de Rennes, puis comme chef de chœur et organiste député à La Madeleine à Paris, une des églises les plus en vogue du moment.

Saint-Saëns
Crédit

La Sonate pour violon no. 1 - les débuts d’un style distinct

Gabriel Fauré - Violin Sonata No. 1, Op. 13

La Sonate pour violon no. 1

Parmi les chefs-d’œuvre de jeunesse de Fauré figurent la Ballade pour piano, dont la légende raconte que même Liszt s’y serait emmêlé les doigts lors d’une première lecture en 1882, et la Sonate pour violon no. 1 de 1875, œuvre dans laquelle Fauré établit son style et fait preuve d’une grande créativité. Dès les premières mesures, la musique déborde d’énergie et de fougue de jeunesse, alors que le tempérament passionné du compositeur continue de se faire sentir au fil de l’œuvre.

C’est dans ces premières œuvres que Fauré établit les éléments stylistiques uniques qui caractérisent l’ensemble de son œuvre, tels que l’emploi d’harmonies fortement chromatiques et souvent ambiguës, ainsi que la prédilection pour les gammes ascendantes superposées sur des rythmes syncopés. On retrouve ce dernier procédé dans le troisième mouvement de la Sonate no.1, puis dans plusieurs des ses œuvres subséquentes. Ce troisième mouvement témoigne aussi d’une approche tout-à-fait unique au scherzo : lumineux et d’une grande souplesse, sa légèreté est comparable aux bulles dans une flûte de champagne!

Encadré Proust

Souvenirs de Bayreuth - Fauré et le “Wagnérisme”

Fauré/Messager - Souvenirs de Bayreuth

Durant les années où Fauré s’établit enfin comme compositeur, une figure musicale règne sur le monde musical : Wagner. Ayant entendu sa musique pour la première fois lors de ses classes avec Saint-Saëns, Fauré s’aventure en Allemagne à plusieurs reprises pour entendre les opéras du maître en personne. Ses impressions sont variées, allant de la fascination pour Les Maîtres chanteurs de Nuremberg et L’Anneau du Nibelung, à l’indifférence pour Lohengrin, et au dégoût véhément face à Tristan et Isolde. Malgré tout, Fauré n’est pas emporté par la vague d'engouement pour le «Wagnérisme» comme bien de ses collègues. Il parcourt plutôt les œuvres de Wagner à la recherche de matériel utile, pour rapidement se rendre à l’évidence que leurs approches esthétiques respectives sont incompatibles. Les excès et débordements d’émotion des opéras de Wagner sont l’antithèse de la retenue, la grâce et l’équilibre des œuvres sculptées si méticuleusement par Fauré.

L’admiration que ressent Fauré pour L’Anneau du Nibelung ne l’empêche pas de composer avec son ami André Messager Souvenirs de Bayreuth, un hommage quasi-satirique à la grande épopée de Wagner. Le duo pour piano reprend plusieurs des leitmotivs du cycle pour les transformer en quatre quadrilles amusantes et courtoises, chacune conclue par des cadences tonales bien en évidence. Le personnage de Siegfried a enfin échangé son cor de chasse et son casque pour les élégants habits et querelles de tout bon dandy de la société bourgeoise!

par Trevor Hoy, traduit par Julie Olson

Georg Unger Siegfried
Crédit

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