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23 septembre 2021

« Combien de temps faut-il pour qu’une voix atteigne l’autre? »

Rebecca Belmore (née en 1960), « Ayum-ee-aawach Oomama-mowan »: Speaking to Their Mother, 1991, rassemblement, lac Johnson, parc national Banff, Banff (Alberta), 26 juillet 2008. Avec l’aimable concours de la Walter Phillips Gallery, Banff Centre for Arts and Creativity, achat grâce au soutien du prix de la dotation York-Wilson, administré par le Conseil des arts du Canada. Photo Sarah Ciurysek

Titrée d’après un vers de la poète militante Carolyn Forché, la grande exposition de cet automne explore le thème de la voix humaine dans ses registres physiques et métaphoriques.

Elle nous amène à nous interroger sur la nature des liens qui nous unissent après une période où nous avons été contraints à vivre dans l’isolement. Qu’elles prennent la forme d’une toile de maître ancien, d’un vieux manuscrit ou d’une installation contemporaine, les œuvres présentées nous invitent à réfléchir aux nombreuses façons dont nous pouvons nous écouter mutuellement. Comment aller vers les autres quand on a pris l’habitude de se replier sur soi-même? Pourquoi fait-on trop souvent la sourde oreille aux voix qui ont le plus besoin d’être entendues?

Mary Dailey Desmarais. Photo Stéphanie Badini

Mary-Dailey Desmarais

Conservatrice en chef

Alexandrine Théorêt

Conservatrice adjointe de l’art moderne et contemporain

Le titre de l’exposition revêt une signification particulière pour le Musée. En 1991, cette phrase a été inscrite en acier inoxydable sur le plancher du pavillon Jean-Noël Desmarais pour une installation permanente de l’artiste montréalaise Betty Goodwin. Cette dernière était sensible à la poésie socialement engagée de Forché. Outre sa résonance locale, la phrase a une portée plus large à l’heure actuelle, où un trop grand nombre de voix sont ignorées et où celles que l’on écoute sont le plus souvent retransmises par un téléviseur, un ordinateur ou un téléphone intelligent.

Le parcours de visite se déploie en sept « chapitres » qui abordent différentes facettes de la voix. Il fait dialoguer des œuvres de la collection, dont certaines encore jamais montrées, ainsi que des prêts importants consentis par des artistes et des amis de l’institution.

Parler à travers le temps et l’espace

Dans les premières salles, la voix est perçue comme un outil de communication. Qu’elle revienne du passé ou qu’elle soit transmise depuis un ailleurs lointain, elle témoigne du désir qui nous habite toutes et tous de rejoindre l’autre. À travers ces œuvres qui représentent le chuchotement des anges, des apparitions divines, des défunts ou des récits mémoriaux, de nombreux artistes ont immortalisé les liens qui relient des êtres éloignés, ou encore la transmission des histoires et coutumes ancestrales.

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L’œuvre « Ayum-ee-aawach Oomama-mowan »: Speaking to Their Mother de Rebecca Belmore ouvre l’exposition avec éclat. L’artiste a créé cet immense porte-voix composé entièrement de matières organiques en réponse à la crise d’Oka de 1990, au cours de laquelle les Kanien’kehá:ka de Kanesatake luttaient pour la reconnaissance de leurs droits territoriaux. Remarquable par sa beauté et sa puissance évocatrice, l’objet est présenté pour la première fois dans un musée montréalais. Cette section du parcours comprend également une nouvelle acquisition – une création de l’artiste multidisciplinaire Niap –, ainsi que des œuvres majeures issues de la collection d’art moderne et ancien du MBAM.

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Résonner en silence

Les œuvres rassemblées ici nous font réfléchir à la manière dont les arts visuels peuvent évoquer les autres sens. Bien que les images soient silencieuses, elles arrivent à solliciter l’ouïe et à transmettre les sons ou la musique par le seul regard. Parmi les artistes exposés comptent des monuments de l’abstraction québécoise, comme Charles Gagnon et Yves Gaucher. On trouve également dans la salle une œuvre de Stéphane La Rue nouvellement acquise, de même qu’un don de l’artiste Raymond Gervais au Musée : Le théâtre du son, qui présente une discothèque composée d’albums imaginaires, de musiques jamais enregistrées et de rencontres inventées.

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Le corps à l’écoute

Le corps est un vecteur par lequel les êtres communiquent entre eux. Il émet des sons, du cri de douleur au chuchotement, et garde les traces de ces sensations auditives. Il peut s’exprimer de manière silencieuse ou être à l’écoute. Un thème récurrent dans les œuvres réunies ici est la vulnérabilité de la figure humaine. Il se reflète notamment dans le triptyque émouvant de Geneviève Cadieux, Hear Me with Your Eyes, le dessin monumental de Betty Goodwin, Carbon, et l’extraordinaire Soundsuit de Nick Cave, artiste multidisciplinaire de renommée internationale.

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Betty Goodwin (1923-2008), Carbon, 1986, poudre de fusain, cire, pastel à l’huile, pastel, mine de plomb, huile et gesso sur aluminium galvanisé alvéolé. MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend. Photo MBAM, Denis Farley

La voix de la résistance

Cette section regroupe des œuvres d’artistes qui, s’élevant contre la censure ou dénonçant des situations inéquitables, proposent des discours forts contre l’oppression et la violence. Certains font entendre leur voix par un vocabulaire visuel qui met au jour les préjudices qu’eux et leurs pairs ont subis. La résistance s’effectue en redonnant la parole à des voix ignorées ou peu considérées, ou encore en faisant résonner les blessures des peuples autochtones par la reprise de textes d’accords violés. Dans Car, dans ta langue, je n’ai pas ma place : 100 poètes emprisonnés – une acquisition récente montrée au Musée pour la première fois –, Shilpa Gupta donne à voir 100 moulages en bronze à canon de livres écrits à différentes époques par des poètes du monde entier emprisonnés pour leurs textes. Sur chacun de ces livres est inscrite une citation du poète choisie par l’artiste. Ainsi rassemblés, ces vers révèlent le pouvoir de la voix humaine de résister à l’oppression. L’œuvre nouvellement acquise envahisseurs, de l’artiste multidisciplinaire d’ascendance kanien’kehá:ka et anglaise Hannah Claus, est également dévoilée en primeur.

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Voix ignorées

Au lendemain du décès de George Floyd le 25 mai 2020, à Minneapolis, Stanley Février réalise l’œuvre Yes, We Love You. Pour la créer, il fabrique un moulage en plâtre de son propre corps dans la position exacte de Floyd à sa mort. Croyant au rôle de l’art comme vecteur de changement social, l’artiste espère que son œuvre attirera l’attention sur les nombreuses voix trop souvent ignorées qui réclament la justice et l’égalité sociale. Une salle entière est consacrée à cette sculpture bouleversante qui fait sa première apparition dans un musée.

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Des témoins silencieux

Le souffle, et par ricochet la vie et la présence humaine, est au cœur de cet espace. Les œuvres qui y sont exposées sauvegardent artificiellement la vie au moyen de la respiration ou de la lumière. Parmi elles, on retrouve la nouvelle acquisition L’ange, de James Lee Byars, qui invite à une médiation poétique sur la beauté et la fragilité de l’existence. Composée de 125 sphères de verre, chacune constituée d’un seul souffle, la délicate installation témoigne d’une grande spiritualité et d’une perpétuelle quête de perfection. Elle effectue ici sa première canadienne. On peut aussi découvrir à cette étape du parcours l’œuvre Dernier soupir (Último Suspiro) de Rafael Lozano-Hemmer. Pour la version actuelle, Lozano-Hemmer a immortalisé le souffle de la poétesse et romancière québécoise Nicole Brossard, célèbre militante pour les causes féministes et LGBTQ+. Son souffle créateur et revendicateur sera donc préservé dans le réservoir de l’œuvre qui agira comme commémoration vivante de l’artiste.

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Motet à quarante voix : voix à l’unisson

C’est sur une réalisation enveloppante et magistrale de Janet Cardiff que se conclut l’exposition. Présentée pour la première fois au MBAM, Motet à quarante voix est une création unique dans laquelle l’artiste reprend un motet composé pour quarante voix indépendantes, enregistrées séparément et diffusées sur autant de haut-parleurs. L’œuvre offre une réflexion sur la force des voix individuelles, mais aussi sur la puissance des voix à l’unisson, une harmonie qui vient au prix d’un certain effort de la part de chacune et de chacun de nous.

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« Combien de temps faut-il pour qu’une voix atteigne l’autre? »
Jusqu’au 13 février 2022
Pavillon Jean-Noël Desmarais – niveau 3

Crédits et commissariat
Une exposition organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal. Le commissariat est assuré par Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef du MBAM. La présentation de l’exposition est rendue possible grâce au généreux soutien d’Hydro-Québec, en collaboration avec Hatch et RBC. Le Musée reconnaît l’apport essentiel de son commanditaire officiel, Peinture Denalt. Il remercie le Cercle des Anges du MBAM, fier d’appuyer le programme de grandes expositions du Musée, ainsi que ses partenaires médias, Bell, La Presse et Montreal Gazette. Le MBAM exprime sa profonde gratitude au ministère de la Culture et des Communications, au Conseil des arts du Canada et au Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant.

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