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23 septembre 2021

MOMENTA x MBAM : Anne Duk Hee Jordan

Anne Duk Hee Jordan (née en 1978), image tirée de Staying with the Trouble, 2019, vidéo HD à deux canaux, durée : 10 min 54 s. Vidéo : Simone Serlenga, son : Neda Sanai. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef du MBAM, s’est entretenue avec l’artiste Anne Duk Hee Jordan qui nous invite à observer la vie sur Terre sous un angle inexploré et à envisager l’avenir de notre planète à travers de nouvelles possibilités de cohabitation pacifique entre les espèces.

Mary Dailey Desmarais. Photo Stéphanie Badini

Mary-Dailey Desmarais

Conservatrice en chef

Dans le cadre de la 17e édition de MOMENTA Biennale de l’image, intitulée Quand la nature ressent, le MBAM accueille pour la première fois au Canada le travail d’Anne Duk Hee Jordan, artiste coréenne qui vit à Berlin. Dans son installation Intimité de l’inconnu, elle propose un futur hybride où se croisent des univers terrestres et aquatiques et où se déroulent des scènes de cohabitation complexes entre différentes espèces.

Conjuguant la perspective spéculative de la science-fiction et l’approche réaliste du documentaire naturaliste, cette installation aborde la diversité et la fluidité des existences sous l’angle de la communauté et de l’égalité entre les espèces. Elle s’articule autour de l’œuvre vidéo à deux canaux Staying with the Trouble, dont le titre est emprunté à l’ouvrage éponyme de Donna Haraway – chercheuse féministe qui considère que les vies humaines et non humaines sont inextricablement liées. Anne Duk Hee Jordan dévoile quelques-unes des relations planétaires qui unissent une multitude d’êtres vivants, notamment les papillons monarques, les amphibiens et les champignons. Ses créatures robotisées, des cyborgs en quelque sorte, constituent une critique des « technosolutions » mises au point à la hâte pour résoudre les crises écologiques et sociales.

Anne Duk Hee Jordan, vue de l’exposition Intimité de l’inconnu au MBAM dans le cadre de MOMENTA 2021. Photo Annie Fafard

J’ai été émerveillée d’apprendre qu’avant de devenir artiste, vous faisiez de la plongée professionnelle – plongée libre et plongée de sauvetage. Comment ces expériences ont-elles influencé votre pratique artistique?

Enfant, j’étais fascinée par la mer et par l’exploration d’univers différents, par l’idée de voir d’autres mondes avec mes yeux, mais dans un autre environnement. C’est ce qui m’a menée à la plongée. J’avais douze ou treize ans quand j’ai suivi mon premier cours et obtenu ma première certification, et ça me suit depuis. Je plonge moins aujourd’hui parce que je n’ai pas le temps, mais quand j’en ai l’occasion, j’adore faire de la plongée libre.

Qu’est-ce qui explique cet intérêt de longue date pour la mer?

C’est un écosystème complètement différent du nôtre. On n’y a pas notre place et pourtant on en fait partie. Et ce que la plongée fait au corps et aux sens, c’est très particulier. Tout d’un coup, on n’est plus en deux dimensions, mais en trois – on sent la pression sur le corps et les poumons, l’ouïe et la vue perçoivent différemment… Tout change sous l’eau, même les couleurs.

Et qu’est-ce qui vous a poussée à devenir artiste?

Mon père avait une entreprise de construction. J’aimais me promener sur le site, jouer avec le ciment, le plâtre, la brique et les outils, la grande grue. J’adorais grimper dans les grosses machines. Je me suis mise à construire de petites maisons et des sculptures. C’est probablement ce qui m’a influencée. Après, à Berlin, j’ai compris qu’en étudiant la sculpture, je pouvais faire à peu près n’importe quoi – dessiner, peindre, faire de la vidéo, de la cuisine, de la plongée… tout ce que je voulais. C’est devenu un espace de liberté, un mode de vie.

Anne Duk Hee Jordan (née en 1978), image tirée de Staying with the Trouble, 2019, vidéo HD à deux canaux, durée : 10 min 54 s. Vidéo : Simone Serlenga, son : Neda Sanai. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

L’exposition au MBAM, Intimité de l’inconnu, est centrée autour d’un film, Staying with the Trouble, qui suggère une sorte de cohabitation hybride future entre différentes espèces. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce film?

Pour comprendre l’écologie, on doit savoir qu’elle fonctionne par cycles. Parce qu’on fait tous partie du monde et de ses cycles naturels, on ne peut pas en perturber l’équilibre en s’imaginant qu’on y joue un rôle plus important que les autres. On est égal au vers de terre – ou le vers de terre est égal à nous. C’est pourquoi j’ai voulu faire cette vidéo. On prend de plus en plus conscience de la complexité de notre planète : des interrelations entre les champignons et les arbres, des réseaux, du fait que les fourmis communiquent avec les racines des arbres, leur parlent… On le sait, mais on ne le voit pas. Je suis captivée par l’idée de montrer le microscopique, les parties non visibles de notre monde.

Anne Duk Hee Jordan, vue de l’exposition Intimité de l’inconnu au MBAM dans le cadre de MOMENTA 2021. Photo Jean-Michael Seminaro

Un autre aspect important de l’installation, ici, à Montréal, ce sont les sculptures, qui fusionnent la nature et la technologie. Je pense aux palourdes qui claquent ensemble… Une sorte de nature robotisée. Que représentent ces œuvres pour vous?

Je ne me souviens pas d’où m’est venue l’idée des palourdes, mais ces mollusques sont très drôles quand ils « courent » sous l’eau pour la filtrer. Leur coquille est formée d’anneaux de croissance qui, comme ceux d’un arbre, marquent le passage du temps. La bouilloire de l’installation, elle, symbolise les changements climatiques. En Asie, il y a une analogie entre la marmite vapeur – où l’eau se réchauffe lentement et s’évapore un peu avant de s’agiter furieusement – et la tempête. Dans les deux cas, il y a une sorte de crescendo qui culmine avant le retour au calme plat. C’est exactement ce que fait la bouilloire : elle commence à se déplacer doucement, puis va de plus en plus vite. Le sol s’éclaire sous elle quand l’ampoule qu’elle contient s’allume, puis, tout d’un coup, le couvercle se met à claquer. La tempête cesse, puis tout recommence.

Il y a quelque chose de drôle et de charmant à la fois dans les sculptures, mais elles peuvent aussi être perçues comme une forme de critique sociale. Peut-on y voir une douce moquerie du comportement humain?

Oui, tous ces robots portent un message caché de ce genre. Je les appelle « stupidité artificielle », en partie à cause de notre stupidité à nous, parce qu’ils ne font que refléter notre comportement. On produit des tonnes de déchets qu’on essaie ensuite de ramasser, puis on en produit encore d’autres et le cycle recommence… C’est digne de Sisyphe.

Croyez-vous que l’art peut changer notre façon de penser le monde et d’y agir?

Ce qu’il y a de bien avec l’art, c’est qu’on peut l’utiliser pour mettre en lumière des enjeux. C’est très important de prendre position, d’avoir une opinion, mais on n’a pas besoin de marteler le message. Je pense qu’il faut partir de là pour essayer de changer certaines mentalités, d’influencer certains débats.

Qu’est-ce que vous voudriez que le public retienne d’Intimité de l’inconnu?

J’espère que les gens seront touchés par l’effet sensoriel de la vidéo, qu’ils s’y plongeront, et qu’ils se feront leur propre idée sur ce qu’ils auront vu et ressenti.

MOMENTA x MBAM
Anne Duk Hee Jordan : Intimité de l’inconnu
Jusqu’au 2 janvier 2022
Pavillon Jean-Noël Desmarais – niveau S2

Crédits et commissariat L’exposition est présentée par MOMENTA Biennale de l’image et produite en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Montréal. Le commissariat est assuré par Stefanie Hessler, commissaire de la 17ᵉ édition de MOMENTA, en collaboration avec Camille Georgeson-Usher, Maude Johnson et Himali Singh Soin. Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef du MBAM, est responsable de la présentation de l’exposition au Musée.

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