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23 septembre 2021

Témoignage moderne pour la dignité d'une communauté

Lawren S. Harris (1885-1970), Printemps dans les faubourgs, 1922, huile sur toile, 97,7 x 112,3 cm. MBAM, don de Norman et Patterson Webster. Photo MBAM, Jean-François Brière

Printemps dans les faubourgs de Lawren S. Harris

Pour certains, mes plus anciennes peintures de maisons étaient laides et inacceptables, pour d’autres, elles étaient authentiques et touchantes1.

Lawren S. Harris

Jacques Des Rochers. Photo Vincent Lafrance

Jacques Des Rochers

Conservateur de l’art québécois et canadien (avant 1945)

La collection d’art québécois et canadien du Musée s’enrichit d’une huile sur toile de Lawren S. Harris grâce à un précieux don de Norman et Patterson Webster, que nous tenons à remercier. Cette vue d’un quartier défavorisé dans les environs de Toronto nous éclaire sur les préoccupations sociales de l’artiste et sur sa façon d’utiliser la modernité pour les exprimer.

Harris est tôt attiré par les bidonvilles mornes qu’il a dessinés à Berlin durant les années 1903-1907. Les sujets urbains qu’il peint à son retour au pays sont associés à son état mental et à la dépression nerveuse dont il souffre. Comme en témoignera aussi sa poésie, l’artiste cherche alors à incarner dans son œuvre sa vision de la misère humaine. En 1918, tandis que sa santé s’améliore, il s’intéresse à des paysages humanisés situés à l’extérieur des limites de la ville de Toronto, dans des secteurs généralement perçus comme des « shacktowns ». Harris y trouve par ailleurs son lieu de prédilection, Earlscourt. Les habitations diverses qui y sont implantées, sur de petits lots échappant au contrôle de l’urbanisme, sont investies par une nouvelle vague d’immigrants qui ont quitté les îles britanniques pour fuir les conditions misérables de l’après-guerre. Ne pouvant pas plus se permettre de vivre au cœur de Toronto que dans leurs lieux d’origine, ils jettent leur dévolu sur les zones rurales en périphérie. Celles-ci seront progressivement avalées par la métropole. La presse de l’époque valorise la sociabilité et le sens de la communauté des résidents de ces secteurs – où il semble y avoir plus d’espoir qu’au centre-ville –, tout en condamnant souvent la laideur de leur environnement.

En 1919, Harris dévoile ses premiers tableaux ayant pour sujet le contexte suburbain à l’Ontario Society of Artists. Il en montre également aux deux premières expositions du Groupe des Sept, mais ce n’est qu’à la troisième, en 1922, que Printemps dans les faubourgs est présenté. Un journaliste écrit alors avec perspicacité :

Les études sordides d’habitations urbaines [par Harris], même celles où la couleur est vive comme dans Printemps dans les faubourgs, pourraient être perçues telle une forme de propagande sociale. […] Si M. Harris se dirige résolument vers la laideur lorsqu’il choisit ses sujets […] c’est l’idée de la misère et de la saleté qui l’attire plutôt que leur fait. Il ne s’attarde pas aux détails sordides de l’indigence. [Ses bâtiments sont] de ces maisons austères qui ont une histoire à raconter : une révélation silencieuse de la pauvreté où la figure humaine se fait rare2.

Printemps dans les faubourgs, avec sa palette de couleurs vives, ses pelouses verdoyantes et ses vallons fleuris, son ciel bleu et ses pans de murs lumineux, offre un portrait plus radieux d’une communauté perçue comme résiliente et optimiste. Le tableau se démarque de nombreux autres datant du début des années 1920 où Harris exprime plutôt la morosité de l’époque. À la pochade préparatoire peinte en 1921, intitulée Earlscourt, Toronto, Harris n’ajoute qu’un seul élément : une figure féminine. Celle-ci suspend ses draps, serviettes ou nappes à une corde à linge déjà visible. La trivialité de cette activité est renforcée par la présence d’une « bécosse » (emprunt à l’anglais backhouse) à l’avant-plan. Le public aura donc eu à apprivoiser autant la modernité de l’œuvre que son sujet. Le tableau sera exposé à nouveau à l’Art Gallery of Toronto (actuel AGO) en 1927 avant d’être présenté dans la rétrospective de l’œuvre de Harris qui circulera de Toronto à Vancouver en 1948-1949.


1 Lawren S. Harris cité dans Bess Harris et R.G.P. Colgrove (dir.), Lawren Harris, Toronto, Macmillan of Canada, 1969, p. 37.

2 Cité dans Jeremy Adamson, « Featured Painting: Lawren Harris, Spring in the Outskirts, 1922 », Alan Klinkhoff Gallery, 2017, https: //www .klinkhoff .ca/blog/7942/ (consulté le 13 octobre 2020)

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