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23 septembre 2021

Quatre siècles d’estampes révèlent les multiples facettes de la féminité

James Tissot (1836-1902), Soirée d’été, 1881, eau-forte, pointe sèche, 2e état sur 2, 32,9 x 48,8 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns. Photo MBAM, Jean-François Brière

Les mécènes Freda et Irwin Browns, qui contribuent depuis longtemps à l’enrichissement de la collection du Musée, nous ont fait don récemment de huit estampes d’une facture admirable qui témoignent de la relation des artistes aux femmes.

Hilliard T. Goldfarb

Conservateur sénior – Collections et conservateur des maîtres anciens

Rembrandt Harmensz. van Rijn (1606-1669)

La plus ancienne du lot est La grande mariée juive de Rembrandt (1635). Elle porte ce surnom depuis qu’on l’a identifiée ainsi dans un inventaire de 1733. C’est la jeune épouse adorée de l’artiste, Saskia, qui lui a servi de modèle, mais le véritable sujet de la représentation n’est pas encore établi avec certitude. S’il est vrai que les cheveux détachés, le collier de perles et le rouleau de papier (peut-être un ketubah, contrat de mariage hébraïque) correspondent au traitement du sujet évoqué par le titre dans la Hollande du XVIIe siècle, l’image représente plus probablement Esther, personnage biblique peint par Rembrandt en 16331. Selon cette interprétation, Esther, l’air déterminé, est sur le point de rencontrer le roi Assuérus, qu’elle vient d’épouser, afin de plaider en faveur de son peuple. Le document qu’elle tient serait alors le décret de mise à mort des Juifs promulgué par Haman, le ministre du roi. Rembrandt a consacré beaucoup d’efforts à peaufiner cette œuvre en plusieurs états. Notre estampe, cinquième état, constitue la réalisation achevée de sa vision.

1 La toile figure dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada.

Rembrandt Harmensz. van Rijn (1606-1669), La grande mariée juive, 1635, eau‑forte, pointe sèche, burin, 5e état sur 5, 22,5 x 17,1 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns en l’honneur de Hilliard T. Goldfarb.
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James Tissot (1836-1902)

La Soirée d’été de Tissot (1881) offre aussi une image émouvante, mais de nature plus intime. L’artiste y a gravé le portrait de Mme Newton, jeune divorcée qui a été son modèle et sa compagne à partir de 1876. On la voit ici dans les derniers mois de sa vie, affaiblie par la tuberculose. La maîtrise de la technique et l’évocation des textures et des ombres font de cette estampe, deuxième état de la gravure, une œuvre magistrale. L’assombrissement de la zone des yeux y est particulièrement remarquable. La composition montre le personnage allongé sur un fauteuil d’osier, dans le jardin de Tissot. Elle s’inspire des estampes japonaises et de la photographie, comme le soulignent la perspective, le cadrage et l’étang ornemental à l’arrière-plan.

James Tissot (1836-1902), Soirée d’été, 1881, eau forte, pointe sèche, 2e état sur 2, 32,9 x 48,8 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns. Photo MBAM, Jean-François Brière
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Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)

Estampe rare qui témoigne de la maîtrise technique de l’artiste, La Goulue (1894) représente l’une des figures les plus populaires et les plus scandaleuses de la scène parisienne des cabarets. La Goulue était réputée pour ses costumes échancrés et ses paillardises, dont le meilleur exemple est le chahut – cancan vigoureux qu’elle dansait souvent sans sous-vêtements. Ses excès ont fini par provoquer son renvoi du Moulin Rouge. Ici, on la voit en train de valser avec son célèbre partenaire, Valentin le Désossé (réputé pour ses mouvements souples, son extrême minceur et sa mâchoire très prononcée), sous les yeux d’un client éméché. Numérotée de la main de Toulouse-Lautrec, ornée en plus de son monogramme, TL, l’épreuve a appartenu à Édouard Kleinmann, grand collectionneur et mécène de l’artiste.

Henri de Toulouse‑Lautrec (1864-1901), La Goulue, 1894, lithographie, état unique, 37,4 x 27,5 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns.
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Odilon Redon (1840-1916)

L’univers onirique et le romantisme tardif qui caractérisent l’art de Redon se manifestent clairement dans ces deux estampes, Jeune fille (1887) et Perversité (1891). La première a donné lieu à 25 impressions seulement. On y perçoit l’influence de maîtres anciens, comme Léonard de Vinci et Vermeer, et de contemporains, comme Millet. Vide de toute allusion symbolique, l’image naturaliste, quoiqu’adoucie, d’une jeune fille est sans doute issue d’une étude au crayon. La seconde, rare exemple du travail de l’artiste en taille-douce, est l’image en creux d’une figure simplifiée qui domine la plaque – résultat de l’abstraction et de l’aplatissement de l’espace autour. De vifs traits de pointe sèche viennent rehausser les noirs riches et veloutés. Le profil féminin évoque celui d’une prostituée que Redon a représentée sur la première plaque de la série « La tentation de saint Antoine » en 1888. Notre épreuve est issue du quatrième état, tiré à 30 exemplaires. Les trois premiers états, expérimentaux, n’ont été tirés qu’une fois chacun.

Odilon Redon (1840-1916), Perversité, 1891, eau‑forte, pointe sèche, 4e état sur 4, 35,6 x 27,1 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns. Photo MBAM, Jean-François Brière
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Odilon Redon (1840-1916), Jeune fille, 1887, lithographie sur chine collé, état unique, 46,7 x 37,4 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns.
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Édouard Vuillard (1868-1940)

Les deux belles-sœurs (1898-1899) est la première lithographie en couleurs de Vuillard à entrer dans notre collection. L’artiste a été membre des nabis, groupe qui cherchait à illustrer la mémoire et l’imaginaire en se servant de la couleur comme véhicule des sensations et des émotions. Également influencé par le théâtre contemporain, il a su refléter dans son œuvre la richesse discrète des motifs qui ornaient les intérieurs et les jardins parisiens. Dans les années 1890, il a contribué au magazine artistique d’avant-garde La Revue blanche, qui venait d’être fondé. L’estampe représente Misia Natanson, corédactrice de la publication et épouse de Thadée, l’un des fondateurs. Vuillard s’était épris d’elle, mais le sentiment n’était pas réciproque. Elle est montrée ici dans une discussion privée avec sa belle-sœur Marthe vêtue de noir. L’artiste a dit, au sujet de son œuvre : « Je ne fais pas de portraits. Je peins les gens chez eux. » Publiée par un jeune Ambroise Vollard, la gravure porte, de manière inhabituelle, la signature de Vuillard.

Édouard Vuillard (1868-1940), Les deux belles‑sœurs, de la série « Paysages et Intérieurs », 1898‑1899, lithographie, état unique, 38,2 x 31,6 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns.
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Marc Chagall (1887-1985)

Autoportrait au chapeau orné (1928) rappelle instantanément les premiers autoportraits gravés de Rembrandt. Mais ici, l’artiste a infusé à l’image l’humour et les détails anecdotiques qui le caractérisent, ainsi que des références à sa femme tant aimée, Bella, et à sa fille, Ida. Travaillant sur de grandes feuilles de papier Arches (pour un tirage de 60 épreuves), Chagall s’est représenté comme plongé dans l’histoire de sa vie. Des images qui semblent tirées d’un rêve, esquissées sur son chapeau ou autour, ainsi que sur une petite toile du côté gauche de la composition, évoquent un violoniste qui flotte dans les airs (avec la signature de Chagall), la tête d’une petite fille (Ida) qui regarde par-dessus le dossier d’une chaise, le village, ou stetl, de sa jeunesse, sa maison de Vitebsk derrière sa clôture et, de façon très touchante, comme sortant du devant du chapeau, Chagall et Bella qui s’embrassent. Des fleurs prolongent la main de cette dernière et sur la droite, sous le clair de lune, on aperçoit un petit village russe.

Marc Chagall (1887-1985), Autoportrait au chapeau orné, 1928, pointe sèche, 2e état sur 3, 27,5 x 22,1 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns.
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Gerald Leslie Brockhurst (1890-1978)

L’œuvre Adolescence (1932) complète l’ensemble. L’artiste, dont le grand talent de dessinateur a été reconnu dès sa jeunesse, a remporté le plus grand nombre de prix remis par les Royal Academy Schools de Londres. Il s’est inspiré à différents degrés de Piero della Francesca et de Botticelli, ainsi que de Léonard de Vinci. On voit ici son modèle, Dorette, qui allait devenir sa seconde épouse. Adolescence est la gravure la plus louangée de Brockhurst. Elle porte la marque de son génie technique, notamment dans les ombres et les demi-tons de transition, et dans le tracé velouté de la pointe sèche qui s’observe dans la chevelure. La composition montre la jeune femme dans un moment de vulnérabilité, nue et contemplative, vue de dos et de face à la fois grâce au reflet du miroir.

Gerald Leslie Brockhurst (1890-1978), Adolescence, 1932, eau‑forte, pointe sèche, 4e état sur 5, 50,2 x 37,5 cm. MBAM, don de Freda et Irwin Browns.
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