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7 mars 2022

Russell T. Gordon : l’œuvre d’un mélomane

Russell T. Gordon (1936-2013), Straight, No Chaser, 1980, acrylique, pastel et mine de plomb sur toile, 142,5 x 213,5 cm. MBAM, don de la succession Russell T. Gordon. Photo MBAM, Jean-François Brière

Le Musée a récemment acquis trois œuvres de l’artiste afro-américain Russell T. Gordon – les premières de ce Montréalais d’adoption à faire leur entrée dans la collection permanente. Parmi elles figure Straight, No Chaser, une toile actuellement exposée dans les salles d’art contemporain réaménagées du pavillon Jean-Noël Desmarais.

eunice bélidor

Conservatrice de l’art québécois et canadien contemporain (1945 à aujourd’hui), titulaire de la Chaire Gail et Stephen A. Jarislowsky

Russell Talbert Gordon est né en 1936 à Philadelphie. Il a fait son baccalauréat en beaux-arts à l’Université Temple grâce à une bourse de basketball, puis a poursuivi ses études à l’Université du Wisconsin, où il a obtenu une maîtrise en histoire de l’art et beaux-arts spécialisée en gravure. Il est arrivé à Montréal en 1974, après avoir travaillé à l’Université de l’Utah et à l’Université de Californie (Berkeley), et a enseigné à l’Université Concordia jusqu’à sa retraite, en 1998. Gordon a été un ami proche d’Yves Gaucher et a formé nombre d’artistes, comme Dominique Blain, David Elliott et Marc Garneau. Incidemment, le travail de ces derniers fait également partie de la collection permanente du MBAM.

Straight, No Chaser est inspirée de la musique et de l’histoire de l’art. Les références musicales et historiques, impératifs culturels qui nourrissent l’art de Gordon, y sont omniprésentes. En effet, cette peinture évoque un blues du même nom, enregistré par Thelonious Monk en 1951 et devenu un standard de jazz. Fait intéressant, il s’agit du seul blues de Monk en fa, tous ses autres étant en si bémol.

Straight, No Chaser

Thelonious Monk, Straight, No Chaser, Thelonious Monk (piano), Charlie Rouse (tenor), Larry Gales (bass), Ben Riley (drums), 11 m 28 s. Columbia Legacy. ℗ Originally released 1966. All rights reserved by Columbia Records, a division of Sony Music Entertainment

Le jazz a influencé le travail de Gordon, qui utilisait la juxtaposition pour créer du mouvement et s’éloigner des conventions et de la linéarité. L’œuvre comporte des marques, des motifs et des éclaboussures qui forment une composition hybride. Celle-ci abrite en son centre un X qui semble presque coupé au couteau.

Straight, No Chaser a été acquise en même temps que Brown Sugar (1979) et Nature morte avec un X et deux guitares (1980), qui témoignent également de l’importance du X dans l’œuvre de Gordon. Brown Sugar montre trois larges déchirures brunes, et trois X en arrière-plan. Ceux-ci sont représentés par des bandes claires sur lesquelles l’artiste a superposé des X tracés en bleu. Nature morte avec un X et deux guitares fait quant à elle référence à la peinture moderne; aux natures mortes emblématiques des peintres cubistes, par exemple.

Crédit
Crédit

Quand je réalise une peinture, j’ai déjà un titre en tête. Je trouve l’inspiration pour les titres un peu partout : musique, conversations, livres, quelque chose que j’ai entendu à la radio ou vu à la télévision… Je commence souvent par une phrase musicale. J’écoute un disque en boucle, puis la puissance évocatrice d’une phrase crée une association que je transpose en composantes formelles. Avec Straight, No Chaser […], j’ai voulu faire une œuvre comme celle de [Thelonious] Monk. Sa musique peut sembler paradoxale à la première écoute, mais ses sons sont entiers : on comprend la relation de chaque note avec la composition dans son ensemble… C’est un peu comme dans la vie, non1?

Comme le laisse entendre Gordon, la vie n’est pas linéaire – elle nous chavire et nous surprend, tel un bon air de jazz.

Lors de votre prochaine visite au Musée, prenez le temps d’admirer ce tableau. Vous y percevrez de nouvelles ambiances et sensations si vous avez en tête la pièce musicale éponyme. Et, inversement, l’œuvre de Russell T. Gordon apportera sans doute couleur et texture à votre appréciation de ce morceau de jazz.


1 Russell T. Gordon, cité dans Sylvia Brown, « Russell T. Gordon: I Look at What I Think; I Hear What I See », Russell T. Gordon: Selected Works, 1978-1982, cat. exp., Los Angeles Municipal Art Gallery, 1982, p. 4.

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