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16 décembre 2021

Mémoire et réconciliation dans un triptyque de Hannah Claus

Hannah Claus (née en 1969), envahisseurs, 2019, laine, métal argenté (bois et tissus pour le système de fixation, non visible), 215,5 x 156,5 x 3 cm. MBAM, en cours d’acquisition. Photo MBAM, Denis Farley

Récemment acquis par le Musée, le triptyque envahisseurs de Hannah Claus nous frappe par son message à la fois subtilement évoqué et puissamment transmis. Il est présenté dans l’exposition « Combien de temps faut-il pour qu’une voix atteigne l’autre? », à l’affiche jusqu’au 13 février 2022.

eunice bélidor

Conservatrice de l’art québécois et canadien contemporain (1945 à aujourd’hui), titulaire de la Chaire Gail et Stephen A. Jarislowsky

Artiste d’ascendance kanien’kehá:ka et anglaise, Claus explore dans sa pratique notre lien à la mémoire, à l’espace et au temps. Elle adopte une perspective onkwehon:we (« des premiers peuples », en kanien’kéha) pour déconstruire les récits coloniaux dominants et mettre en évidence d’autres façons d’entrer en relation avec notre univers. Les principes qui guident son travail reposent sur les dynamiques complexes de l’interdépendance : ils font contrepoids à la vision occidentale du monde, qui tend à favoriser les hiérarchies compartimentées. L’artiste rejette ces frontières rigides et souligne plutôt les flux et reflux des forces qui nous entourent. Ce faisant, elle nous révèle que le temps, la mémoire et l’identité sont des concepts vivants, fluides et instables.

Crédit
envahisseurs

Notre triptyque a été réalisé à la suite de la série trade is ceremony, dont le titre fait référence à une économie basée sur le troc. Les couvertures de laine, à l’instar des ceintures wampum, y symbolisent l’engagement des signataires de traités, mais aussi celui de leurs descendants, à respecter à jamais les ententes conclues. Composé de trois couvertures rouges ornées de bandes noires et d’épingles argentées, il représente la chaîne d’alliance, série d’accords intervenus entre les Haudenosaunee et les Britanniques au XVIIe siècle1. Les trois « maillons » de la chaîne observés ici sont synonymes de paix, d’amitié et de respect. Si l’argent est un métal qui ne se détériore pas, il nécessite cependant un polissage pour garder son éclat. De la même façon, toute alliance doit être entretenue pour rester pérenne. Or, les épingles sont faites d’argent plaqué… Au fil du temps, elles finiront par se ternir, fine allusion à la non-validité de l’accord colonial. Les couvertures rappellent celles qui ont été troquées contre des fourrures au cours de l’histoire, et qui, chez certaines communautés autochtones, ont remplacé progressivement les peaux animales – échange désavantageux s’il en est. Désormais associées à la maladie et à la tentative de décimer les Premiers Peuples, elles cultivent toutefois une ambiguïté, car elles apportent protection et chaleur et sont encore offertes en cadeaux lors de cérémonies servant à honorer les relations entre les personnes.

Crédit

envahisseurs montre non seulement l’échec du colonialisme, mais aussi le potentiel de transformation qui réside dans la reconnaissance de ce pan de notre histoire. Cette acquisition est particulièrement significative pour le MBAM. Elle s’inscrit dans sa démarche d’inclusion et dans sa volonté de faire entendre la voix de personnes marginalisées au sein d’un système qui les défavorise.


1 « Les premières ententes du genre sont métaphoriquement appelées chaînes parce qu’elles lient plusieurs partis entre eux. » Cornelius J. Jaenen, « Chaîne d’alliance », L’encyclopédie canadienne, 17 août 2015, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/chaine-dalliance. Consulté le 5 février 2021.

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