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23 septembre 2021

Une œuvre puissante et symbolique de Stanley Février

Stanley Février (né en 1976), Yes, We Love You, 2020, ciment Hydrocal renforcé. MBAM, achat, don d'An-Lap Vo-Dignard et de Jennifer Nguyen. Photo Jean-Guy Turgeon

Présentée dans l’exposition « Combien de temps faut-il pour qu’une voix atteigne l’autre? », à l’affiche du 11 septembre 2021 au 13 février 2022, Yes, We Love You est la première œuvre de Stanley Février à faire son entrée dans la collection du Musée, grâce à un don aussi généreux qu’éclairé d’An-Lap Vo-Dignard et de Jennifer Nguyen, que nous tenons à remercier.

Iris Amizlev. Photo MBAM, Christine Guest

Iris Amizlev

Conservatrice – Projets et engagement communautaires

Artiste multidisciplinaire d’origine haïtienne, Stanley Février a remporté en 2020 le prestigieux Prix en art actuel du MNBAQ pour son inébranlable détermination à dénoncer la violence et les problèmes qui minent notre société. Questions identitaires, critique des institutions et inégalités engendrées par l’establishment sont au centre des préoccupations artistiques et conceptuelles de ce diplômé en arts visuels et médiatiques.

Nous avons immédiatement ciblé cette puissante et symbolique œuvre d’art qui nous a profondément touchés, afin de sensibiliser et de promouvoir le dialogue sur le racisme et la discrimination.
- An-Lap Vo-Dignard et Jennifer Nguyen

Impossible, en effet, de rester indifférent devant le moulage du corps allongé de Février, face contre terre dans la tristement célèbre position de George Floyd à l’heure de sa mort. Bien que nous ne puissions voir le genou plaqué sur le cou de Février, nous savons qu’il est là. Son image surgit de notre mémoire collective : du souvenir du meurtre atroce, retransmis sur les écrans du monde entier, de Floyd aux mains d’un policier blanc de Minneapolis le 25 mai 2020.

Si Yes, We Love You fixe et cristallise ce moment, elle transcende aussi le temps. Elle s’inscrira dans l’histoire pour commémorer la mémoire des victimes de l’injustice raciale et de la brutalité policière, aussi bien que celle des personnes marginalisées, brimées du droit primordial de se défendre. Devant la sculpture de Février, certains sont ramenés au douloureux souvenir d’inégalités, d’oppressions et d’agressions subies au quotidien. D’autres, placés à l’abri des préjugés par la simple couleur de leur peau, sont horrifiés par la barbarie qui a figé le sujet dans cette position d’extrême vulnérabilité.

Performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. Photo Mike Patten

Performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. Photo Mike Patten

Performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. Photo Mike Patten

Performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. Photo Mike Patten

Performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. Photo Mike Patten

Performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. Photo Mike Patten

L’œuvre est en outre la trace matérielle d’une performance artistique réalisée par Février à Montréal-Nord le 21 juin 2020. En répliquant aux personnalités politiques d’ici qui, tout en demandant justice pour Floyd, ont nié l’existence d’un racisme systémique au Québec, l’artiste était animé d’une double intention : reconstituer la mort de Floyd par la mise en scène de son propre corps, et présenter cette démarche devant public, dans un quartier affligé par un taux de violence élevé, le profilage ethnique et le chômage. Invitant la communauté à se mobiliser pour réclamer justice et imputabilité, Février a conduit jusqu’à un poste de police un cortège de manifestants munis de pancartes portant le nom de personnes noires tuées par des agents de police depuis 1979.

Pour Février, dont l’ancienne carrière de travailleur social continue d’orienter la pratique, l’art est outil de transformation sociale. Dans sa quête de justice et d’égalité pour les communautés marginalisées, il sonde la souffrance physique et psychologique provoquée par la violence du monde moderne, et revisite au passage l’esclavage, les fusillades de masse et les autres crises qui nous secouent.

Par sa manière d’incarner la dévastation causée par des esprits empoisonnés par la haine, Yes, We Love You réclame notre attention. L’œuvre sacralise l’espace qui l’entoure pour le transformer en un lieu de contemplation où l’observateur peut communier tout en prenant acte de l’affront commis. La couche blanche qui couvre le moulage de Février revêt une double signification : elle renvoie à la souffrance infligée aux corps à la peau brune ou noire assujettis à la domination blanche, comme à l’idée de pureté associée à cette couleur. Son utilisation transpose l’identité noire de Février – elle donne lieu à de multiples interprétations et renforce du même coup le potentiel évocateur de l’œuvre.

À la lumière de la vision humaniste du Musée et de ses convictions antiracistes, que sous-tendent des valeurs d’ouverture, de solidarité et d’inclusion, l’intégration de cette sculpture à la collection est particulièrement pertinente et significative.

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