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23 septembre 2021

Une touche d’élégance : la collection Kenneth Greenstein d’arts décoratifs chinois

Boîte rectangulaire (Changfang He) ornée de figures dans un paysage, fin 17 e – début 18 e s., laque sur bois et fibres végétales, alliage cuivreux, 7,2 x 34,8 x 20 cm. Prêts de l’International Friends of the MMFA grâce à la générosité de Kenneth Greenstein. Photo MBAM, Denis Farley

Une collection remarquable de 26 objets d’arts décoratifs chinois a récemment pris place dans notre aile des arts du Tout-Monde grâce à l’International Friends of the Montreal Museum of Fine Arts et à la générosité du collectionneur new-yorkais Kenneth Greenstein. L’ensemble reflète l’esthétique du bureau des lettrés et illustre l’importance que revêt l’expérience tactile dans la Chine moderne.

Laura Vigo. Photo SPG / Le Pigeon

Laura Vigo

Conservatrice de l’art asiatique

Le lettré joue un rôle déterminant au sein de la société chinoise depuis la mise en place d’examens d’entrée à la fonction publique sous la dynastie des Han (206 AEC – 220 EC). C’est toutefois la renaissance de l’idéologie confucéenne, durant la période des Song du Nord (960-1127), qui élève le lettré-fonctionnaire (shidaifu, 士大夫) au rang d’homme de lettres idolâtré pour l’étendue de ses connaissances historiques, littéraires et juridiques, ainsi que pour sa capacité à exprimer adroitement sa rectitude morale et sa vaste culture au moyen de la calligraphie, de la peinture et de la poésie. Son raffinement transparaît également dans l’habile disposition de ses objets et accessoires décoratifs liés aux arts du pinceau : livres imprimés, pots et porte-pinceaux finement ouvragés, compte-gouttes, encensoirs en bronze, poids de rouleaux, sceaux sculptés, boîtes à encre en pâte, coffrets pour documents et repose-poignets. Tous ces objets agencés avec soin dans son espace de travail participent à la construction et à la transmission d’une image : celle d’un personnage sobre et élégant, caractérisé par une érudition aussi vaste qu’éclectique.

Au tournant de la dynastie Ming et de la dynastie Qing, au XVIIe siècle, cet idéal néoconfucianiste se cristallise sous l’influence des discours esthétiques entourant le goût qui foisonnent dans la littérature de l’époque et les manuels à l’usage des collectionneurs. L’élégance vient alors à être associée à l’aristocratie et au lettré-fonctionnaire. On voit les arts du pinceau comme un moyen de mener une existence anoblie. « Élégamment réalisées » (yazhi, 雅製) sont les pièces de la collection de l’empereur Qianlong (règne : 1735-1796) dont il fait fréquemment l’éloge dans ses célèbres vers. Au siècle suivant, ce terme est adopté par les collectionneurs issus de la bourgeoisie montante, qui cherchent à émuler la noblesse, pour décrire et encenser les œuvres d’art de leur collection1.

Dynastie des Qing (1644-1911), poids de rouleau, 18e s., laiton, bronze, cloisonné, 2,2 x 20,3 x 3,1 cm. Prêts de l’International Friends of the MMFA grâce à la générosité de Kenneth Greenstein

Dynastie des Qing (1644-1911), poids de rouleau, 18e s., laiton, bronze, cloisonné, 2,2 x 20,3 x 3,1 cm. Prêts de l’International Friends of the MMFA grâce à la générosité de Kenneth Greenstein. Photo MBAM, Christine Guest

Ce style empreint d’élégance est orchestré avec soin par les membres de la cour impériale et de l’aristocratie, qui exercent un contrôle absolu sur la production artistique. Sous le patronage de l’empereur, les ateliers impériaux (zaobanchu) de Beijing fabriquent des œuvres décoratives réservées à l’usage de la cour : pièces en laque, en émail cloisonné, en pierre dure ou en stéatite. L’esthétique sophistiquée de la cour impériale inspirera par la suite des objets issus des ateliers de province qui, moins encadrés, approvisionnent la nouvelle classe marchande2.

Il n’est pas rare que les lettrés confectionnent eux-mêmes des accessoires pour faire étalage de leur virtuosité artistique. Facile à tailler au couteau et relativement accessible, la stéatite (ou pierre de savon) est largement utilisée sous la dynastie Qing pour la réalisation de sceaux et de petites sculptures. Le bambou, quant à lui, constitue un matériau de choix pour la fabrication de repose-poignets ornés de poèmes et de paysages évocateurs qui servent au lettré lorsqu’il peint – les arts de la peinture, de la poésie et de la calligraphie étant ainsi réunis en un seul objet3.

Au-delà de leur valeur artistique indéniable, appréciée par les connaisseurs et les amateurs, ces objets décoratifs ont contribué pendant des siècles à forger une image soignée et cultivée par leur mise en scène, leur utilisation, leur présentation et leur maniement. Les somptueuses pièces récemment offertes par Kenneth Greenstein donnent un aperçu captivant de la façon dont le concept de matérialité se développe en Chine au début de l’ère moderne et prend la forme d’objets destinés à la consommation tactile qui témoignent du statut social et de la finesse de goût de leur propriétaire.

Repose-poignet, 18e s., bambou, 19,5 x 5,8 x 1,5 cm. Prêts de l’International Friends of the MMFA grâce à la générosité de Kenneth Greenstein
Crédit

1 Encore aujourd’hui, le terme « yazhi » est synonyme d’excellence en matière de création artistique et d’expression personnelle. Voir Richard John Lynn, « Yazhi, Elegantly Made », dans J.J. Lally & Co., Elegantly Made: Art for the Chinese Literati, New York, J.J. Lally & Co., 2020.

2 James C.Y. Watt, « The Literati Environment », dans The Chinese Scholar’s Studio: Artistic Life in the Late Ming Period, New York, Thames and Hudson, 1987, p. 1-11.

3 Voir Liu Yang, The Poetic Mandarin: Chinese Calligraphy from the James Hayes Collection, Art Gallery of New South Wales, 2005, p. 46.

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