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28 janvier 2022

Redécouverte d’un rare vase précolombien

MEXIQUE, HAUTES TERRES DU CENTRE, Teotihuacan (150 AEC – 650 EC), vase cylindrique tripode : fleurs et symbole du dieu des tempêtes, 450-550 EC, terre cuite, stuc, décor peint polychrome, 14,1 cm (h.), 14,5 cm (d.). MBAM, achat, legs Horsley et Annie Townsend. Photo MBAM, Jean-François Brière

Lors de votre prochaine visite au Musée, vous pourrez admirer ce vase tripode polychrome particulièrement représentatif de l’art de Teotihuacan. À l’abri des regards pendant plus de dix ans, il a été sorti de nos réserves lors du redéploiement des collections d’art précolombien du MBAM dans l’aile Stéphan Crétier et Stéphany Maillery pour les arts du Tout-Monde. Pièce unique dans notre collection permanente, ce vase donne un aperçu du monde coloré de Teotihuacan et de ses environs.

Erell Hubert

Conservatrice de l’art précolombien

Située dans le nord-est du bassin de Mexico, la ville de Teotihuacan a commencé à prendre son essor au premier siècle avant notre ère, avant de devenir une grande métropole multiethnique dont la superficie se comparait à celle de Rome à la même époque1. En plus des grands temples-pyramides qui se dressent au centre de la cité, plus de 2 000 complexes résidentiels multifamiliaux y ont été identifiés à ce jour2. Des vases comme celui-ci ont d’ailleurs été retrouvés dans ces complexes, souvent comme offrandes funéraires3.

Bien qu’elle présente quelques éclats, cette œuvre est dans un excellent état de conservation compte tenu de la grande fragilité de son décor peint. Des analyses effectuées sur des pièces similaires ont révélé qu’une couche de calcite et/ou d’argile était appliquée après la cuisson du vase. Des lignes directrices étaient ensuite incisées dans cette surface, puis les motifs étaient peints avec une variété de pigments minéraux et organiques. L’application postcuisson du décor permettait le recours à une plus large gamme chromatique, avec notamment des teintes de vert et de bleu obtenues grâce à l’utilisation de malachite, d’azurite et de chrysocolle, ainsi que des lignes de contour noires à base de charbon4.

Dessin déroulé du vase, Javier Urcid

Sur le plan stylistique, ce vase correspond à la production de la phase Xolalpan récente (450-550 EC), moment où le pouvoir de certaines familles s’accroît au détriment de l’autorité centrale et où s’amorce le déclin de la ville5. Les décors sur ce type de pièce étaient alors particulièrement variés6. Ici, le registre principal présente deux motifs qui se répètent trois fois. Selon Conides, ils pourraient faire allusion à des éléments de costume ou à des objets servant à marquer le statut de leur propriétaire7. Urcid, quant à lui, les interprète comme un emblème divin accompagné d’un signe nominatif8. Ainsi, au centre du motif en forme de cartouche se trouve la forme courbe de la bouche du dieu des tempêtes. Cette divinité était souvent associée à l’eau et à la fertilité, mais aussi à l’éclair, qui lui conférait un pouvoir de destruction9. Cette iconographie est représentative de l’art de Teotihuacan qui mettait l’accent sur les attributs signifiant le rôle social ou religieux plutôt que sur l’individualité des personnages10.

Ce vase, dont l’origine exacte reste inconnue, témoigne des arts pratiqués il y a près de 1 500 ans dans le bassin de Mexico. De plus, sa présentation dans l’aile des arts du Tout-Monde, où il entre en dialogue avec d’autres œuvres (comme un bol du Michoacán d’une technique similaire ou un vase maya tripode du Honduras), permet de mettre en évidence l’étendue des réseaux d’interaction entre les différentes régions de la Mésoamérique à l’époque.

Crédit
Crédit


1 George L. Cowgill, Ancient Teotihuacan: Early Urbanism in Central Mexico, New York, Cambridge University Press, 2015.

2 Linda R. Manzanilla, « Corporate Life in Apartment and Barrio Compounds at Teotihuacan, Central Mexico: Craft Specialization, Hierarchy, and Ethnicity », dans Domestic Life in Prehispanic Capitals: A Study of Specialization, Hierarchy, and Ethnicity, dirigé par L. R. Manzanilla et C. Chapdelaine, Ann Arbor, University of Michigan, Museum of Anthropology, 2009, p. 21-42.

3 Cynthia A. Conides, The Stuccoed and Painted Ceramics from Teotihuacan, Mexico: A Study of Authorship and Function of Works of Art from an Ancient Mesoamerican City, thèse de doctorat, Columbia University, 2001, p. 230-240.

4 Jessica M. Fletcher, « Stuccoed Tripod Vessels from Teotihuacán: An Examination of Materials and Manufacture », Journal of the American Institute for Conservation, vol. 41, no 2, 2002, p. 139-154.

5 Linda R. Manzanilla, op. cit.

6 Megan E. O’Neil, « Stucco-painted Vessels from Teotihuacan: Integration of Ceramic and Mural Traditions », dans Teotihuacan: City of Water, City of Fire, dirigé par M. H. Robb, San Francisco, Fine Arts Museums of San Francisco – de Young Museum, et Oakland, University of California Press, 2019, p. 180-186.

7 Cynthia A. Conides, op. cit., p. 577.

8 Javier Urcid, communication personnelle, 2021.

9 Jesper Nielsen et Christophe Helmke, « The Storm God: Lord of rain and ravage », dans Teotihuacan: City of Water, City of Fire, op. cit., p. 138-143.

10 Esther Pasztory, « Abstraction and the Rise of a Utopian State at Teotihuacan », dans Art, Ideology and the City of Teotihuacan, dirigé par J. C. Berlo, Washington (D. C.), Dumbarton Oaks, 1992, p. 281-320.

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