Pavillon Jean-Noël Desmarais

Niveau 4Fermé temporairement
Niveau 3Fermé temporairement
Niveau 2Restaurant
Le Salon
Niveau 1Entrée principale du Musée
Boutique-Librairie M

Niveau S1Studios Art & Éducation Michel de la Chenelière
Niveau S2Collection du Musée : l’art contemporain international (après 1950)
Carré d’art contemporain
Centre des arts graphiques

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Heureusement, les fonds cruciaux légués par John W. Tempest en 1892 et Horsley et Annie Townsend en 1955, tout comme la générosité de l’Association des bénévoles du Musée, ont permis au fil du temps de bâtir vaillamment, une œuvre après l’autre, pierre à pierre, cette collection ambitieuse, grâce à la perspicacité et à la passion de tous les directeurs et conservateurs du Musée qui se sont succédé : ce regard en arrière oblige à un exercice d’humilité pour nous, qui sommes certes des bâtisseurs, mais aussi les récipiendaires de cet héritage remarquable. Et ce malgré le vol de 1972, concernant dix-huit tableaux de cette collection, qui nous inflige une blessure à jamais douloureuse. Certaines toiles de maîtres disparues nous paraissent difficilement remplaçables de nos jours – Delacroix, par exemple – à l’échelle de nos moyens restreints.

La sophistication des matériaux et des palettes chromatiques comme la rigueur et la cohérence de la présentation, permettent d’effacer le paradoxe qui était d’allouer plus de soin à la mise en scène des œuvres temporairement reçues en prêt lors des expositions plutôt qu’à celles de la collection du Musée. Afin de mettre en scène cette nouvelle chorégraphie des œuvres, Nathalie Bondil souhaitait travailler à nouveau de concert avec Architem, une excellente agence d’architecture intérieure montréalaise avec qui le Musée avait imaginé la scénographie raffinée de l’exposition Pour l’art ! Œuvres de nos grands collectionneurs privés, en 2007. Une atmosphère de salon privé a ainsi été créée permettant de jouir de la délectation des œuvres incarnées. Favoriser la contemplation intimiste – et musicale – dans le confort des méridiennes rehausse l’expérience live de la rencontre de chacun avec l’art où seul ce face à face qualitatif permet d’apprendre à voir, de ressentir, de s’émouvoir, de se perdre enfin dans une expérience indicible, irremplaçable…

Histoire

Paul Desmarais sr., bâtisseur et mécène

Paul Desmarais

« Un musée qui fonctionne bien expose environ douze pour cent de sa collection permanente, explique Bernard Lamarre. Or notre musée, qui possède cent fois moins d’œuvres que l’Ermitage de Leningrad ou le Metropolitan Museum de New York, peut à peine en exposer trois pour cent. Autrement dit, les Montréalais n’ont pas accès à une part importante de leur patrimoine. Autrement dit, conclut-il, j’ai l’appui des gouvernements, mais il me faut un déclencheur. Voilà pourquoi j’ai pensé à vous, monsieur Desmarais. »

En octobre 1986, Paul Desmarais sr., Bernard et Louise Lamarre et quelques amis, dont Pierre Elliott Trudeau et le sénateur Leo Kolber accompagné de son épouse Sandra, se trouvaient à bord du Transsibérien, sur le plus long chemin de fer du monde, plus de neuf mille kilomètres, huit jours et huit nuits à travers l’Europe et l’Asie, depuis Moscou jusqu’à l’océan Pacifique.

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Chaque soir, au wagon-restaurant où ils dînaient, Bernard Lamarre revenait à la charge, demandant à son ami Paul Desmarais de l’aider à lancer le projet d’extension du Musée des beaux-arts de Montréal. Il disposait d’une imposante batterie d’arguments, qu’il entendait utiliser jusqu’au dernier s’il le fallait, assuré néanmoins d’obtenir son accord avant l’arrivée à Vladivostok. C’était un grand projet. Et Paul Desmarais adorait les grands projets, surtout s’il s’agissait d’architecture.

Bernard Lamarre est un conteur passionnant ; il sait corser une histoire, y ménager des rebondissements, y mettre du suspense, une chute imprévue. Le premier soir, à bord du Transsibérien, il raconta à Paul Desmarais l’histoire du Musée. Ce n’est qu’à la fin du repas qu’il parla du projet auquel il pensait depuis deux ans et qui, affirma-t-il aux convives qui l’entouraient, allait les passionner. Il s’agissait d’agrandir le Musée, en construisant un nouveau bâtiment qui doublerait ses réserves et ses surfaces d’exposition et en ferait une institution qui pourrait enfin avoir un rayonnement international. Il raconta comment le Musée avait acquis, en vue de son extension, les immeubles situés rue Sherbrooke juste en face du bâtiment des frères Maxwell, de même que sept maisons de la rue Crescent et comment il avait sollicité les gouvernements, et comment (fallait-il s’en étonner ?) ceux-ci avaient bien réagi.

Un projet étroitement surveillé

Le projet se mit en branle, et fit immédiatement l’objet d’une très vive polémique qui engagea les forces vives d’Héritage Montréal, du maire Jean Doré, de l’architecte Phyllis Lambert et d’une foule d’intervenants, commerçants, urbanistes, artistes. Tout était matière à discussion, l’emplacement, l’architecte, le concept… Qu’allait-on faire du New Sherbrooke, l’immeuble locatif de cinq étages toujours en place à l’angle des rues Sherbrooke et Bishop ? Le raser ? Garder ses façades ? Ne rien démolir du tout ?

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C’était un bâtiment de 1905, d’un intérêt architectural relatif, mais encore solide et sain. Plusieurs des premières esquisses soumises par Moshe Safdie prévoyaient la démolition du New Sherbrooke afin de permettre la construction d’un édifice majestueux : la façade de ce nouveau bâtiment s’étendrait de la rue Crescent à la rue Bishop, et, directement en face du musée de 1912, elle serait le reflet de son portique monumental. Mais ce projet, présenté à l’hiver 1987 dans une exposition intitulée Le musée de l’avenir, rencontra tout de suite une vive opposition. On prétendait qu’un édifice aussi imposant allait écraser les bâtiments voisins… La très influente Phyllis Lambert, fondatrice et directrice du Centre Canadien d’Architecture, vouée depuis longtemps à la défense du patrimoine, était opposée au projet de Moshe Safdie, et elle était en faveur de la conservation du New Sherbrooke.

Il apparut ultérieurement qu’il était impossible de conserver le volume du bâtiment. Dans le projet définitif conservant les façades du New Sherbrooke, Moshe Safdie reprit néanmoins l’idée d’un haut portique marquant l’entrée du Musée ; celle-ci donnait accès à une cour intérieure bien visible depuis la rue et couverte d’une immense verrière, sur laquelle avaient vue les cinq étages de l’édifice. C’était frais, aéré, accueillant et lumineux. Moderne aussi. Et en même temps le nouveau bâtiment était très respectueux de l’environnement, tout rempli de l’écho des bâtiments voisins, très montréalais donc, et satisfaisant aux exigences des défenseurs du patrimoine.

De plus, il semblait évident, voire nécessaire, non seulement à M. Desmarais, mais à l’ensemble du conseil d’administration, qu’un passage creusé sous la rue Sherbrooke relie le nouveau bâtiment aux anciens. Ce passage souterrain allait coûter 16 millions de dollars. Bernard Lamarre reprit son bâton de pèlerin et alla arracher huit millions de plus au gouvernement canadien, et autant au gouvernement québécois, ce qui portait leur contribution à 66 millions. Les travaux commencèrent au printemps 1989. Il avait été entendu que les activités du Musée ne seraient jamais interrompues, ni même ralenties, contrairement à ce qu’on avait fait entre 1973 et 1976.

Moshe Safdie

Moshe Safdie

Né en 1938, Moshe Safdie avait mieux réussi que la très grande majorité des architectes canadiens de sa génération. À l’âge de vingt-six ans, fraîchement diplômé de l’Université McGill, il avait conçu Habitat 67, assemblage extraordinaire de cubes en béton qui proposait un concept novateur en matière d’architecture résidentielle. Depuis 1978, il dirigeait le programme de design urbain de l’Université Harvard. Il avait des bureaux à Boston, Montréal, Toronto, Jérusalem. Il venait de livrer les plans du Musée de la civilisation à Québec et du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.

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Le nouvel édifice fut inauguré le 21 novembre 1991 et couvert d’éloges par une critique unanime. Sauf la rampe en pente douce du grand hall, symbolique, très « théâtrale » selon Safdie, qu’on a vertement critiquée. Son inclinaison serait trop faible selon certains, ses marches trop basses, trop profondes pour s’accorder aux pas du visiteur. « C’est voulu, aurait dit l’architecte. Pour que le visiteur ait conscience, justement, qu’il entre dans un lieu où la déambulation ne se fait plus au rythme de la rue. »

On considère que le pavillon Jean-Noël Desmarais a grandement contribué à changer l’image du Musée, devenu plus accessible, plus invitant. La façade transparente, bien qu’elle ait un caractère aussi monumental que le portique néoclassique des frères Maxwell, est en effet beaucoup plus accueillante. Elle traduit en même temps une conception radicalement différente, beaucoup plus moderne, de ce qu’est une institution muséale. Selon les sondages effectués au cours de l’année qui a suivi l’inauguration, le public du Musée était de plus en plus jeune, plus francophone, et provenait de tous les milieux socio-économiques.