Les artistes du Groupe de Beaver Hall ont d’une certaine façon été à Montréal ce que le Groupe des Sept a représenté pour Toronto. Mais plutôt que de proposer une image identitaire du Canada à travers la représentation de la nature sauvage du Nord, ils ont montré un attachement et donné une facture moderne nouvelle au portrait et aux paysages humanisés de la ville et de la campagne.

Ils ont également peint de nombreux portraits qui traduisent la même quête de modernité et comptent parmi les plus remarquables de l’histoire de l’art canadien. La parité hommes-femmes au sein du groupe – une première au Québec comme au Canada – apparaît également comme un trait résolument moderne.

Couvrant pour l’essentiel la période clé de 1920 à 1933, de l’existence officielle du Groupe de Beaver Hall (1920-1923) à la fondation du Groupe des peintres canadiens (1933), l’exposition permet de circonscrire pour la première fois, avec un corpus d’œuvres très éloquent, l’apport des artistes montréalais aux débuts d’affirmation de la modernité.

L’exposition présente le travail des membres officiels du Groupe de Beaver Hall, mais aussi celui d’artistes associés par amitié et par solidarité. On y retrouve des œuvres de Nora Collyer, Emily Coonan, Adrien et Henri Hébert, Prudence Heward, Randolph S. Hewton, Edwin Holgate, A. Y. Jackson, John Y. Johnstone, Mabel Lockerby, Mabel May, Hal Ross Perrigard, Robert W. Pilot, Sarah Robertson, Anne Savage, Adam Sherriff Scott, Regina Seiden et Lilias Torrance Newton, mais aussi d’André Biéler, Ethel Seath, Kathleen Morris et Albert H. Robinson.

Publicité de l’Otis Fensom Elevator Company The Journal: Royal Architectural Institute of Canada, septembre 1930
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  • Prudence Heward, Femme sur une colline, 1928, huile sur toile. Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada. Photo © MBAC.
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Portraits de femmes

Les artistes de Beaver Hall ont peint des sujets très variés, où la figure humaine est presque toujours présente. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient été particulièrement connus pour leurs portraits, considérés par maints critiques comme le point fort des peintres modernes montréalais dans les années 1920 et 1930. Un grand nombre de ces portraits représentent des femmes et, bien que certains hommes du groupe comme Edwin Holgate et Randolph S. Hewton aient été d’excellents portraitistes, les portraits les plus remarquables sont souvent ceux qu’ont peints les femmes. À cet égard, Lilias Torrance Newton se distingue, ayant peint au cours de sa vie près de trois cents portraits parmi lesquels figurent les Canadiens les plus considérés de son époque.

  • Adrien Hébert, « Le port de Montréal », 1924, huile sur toile. Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, achat
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La ville moderne selon Adrien Hébert

Parmi les artistes du Groupe de Beaver Hall, Adrien Hébert se singularise par son intérêt pour la ville moderne. Toutefois, ce n’est qu’à partir de 1924, donc après avoir participé aux expositions annuelles du groupe, qu’Hébert aborde les thèmes du port de Montréal et des rues bourdonnantes d’activité du centre-ville.

La composition de ses représentations du port met l’accent sur la monumentalité des installations. Le point de vue est rapproché et c’est la géométrie des silos, des convoyeurs, des quais ou des mâts qui cadre le tableau. Les rares figures humaines, celles des travailleurs, s’amalgament littéralement à cet univers affairé qu’était le port de Montréal, alors un des plus grands de la côte est nord-américaine. Les scènes de rue d’Adrien Hébert n’en sont pas moins originales. Si elles donnent à voir de nombreux motifs de la vie moderne ­– tramways, automobiles, magasins, affiches publicitaires –, elles se distinguent aussi par leur traitement pictural.

Les jeunes iconoclastes de l’école «coup-de-poing-dans-l’œil» n’ont manifestement pas compris qu’une bonne peinture n’est pas un morceau de jazz

Citation de Hector Charlesworth

  • Randolph S. Hewton, Mlle Mary Macintosh, 1924 ou avant, huile sur toile. Peter Dobell. Photo David Barbour
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« Le mur jazz »

Dès le début des années 1920, l’approche novatrice du portrait va susciter la polémique, notamment autour du « mur jazz » présenté au Salon du Printemps de l’Art Association en 1922. Laissons l’ineffable critique du Montreal Daily Star, S. Morgan-Powell, nous décrire l’évènement à sa manière :

« … il y a eu une rébellion parmi les élèves. Peu importe où l’on tourne la tête, on voit des portraits aux couleurs criardes sur des fonds ahurissants. Il y en a une rangée juste en face de l’escalier – et ce mur a déjà été baptisé « le mur jazz ». »

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Le même jour, Paul Dupré signe dans Le Devoir un texte où il dénonce la « cacophonie » de ces toiles, l’« orgie de couleurs criardes, posées uniformément, à la manière des peintres en bâtiment, sur une charpente d’où les notions mêmes les plus élémentaires du dessin semblent avoir été ostracisées ».

Ces œuvres trouvent néanmoins un partisan enthousiaste en la personne du chroniqueur de La Presse, Albert Laberge, qui a défendu les artistes lors des expositions annuelles du Groupe de Beaver Hall en 1921 et 1922. Le jazz, comme l’art moderne, a ses détracteurs et ses défenseurs. Laberge reprend lui aussi la métaphore du jazz, mais pour défendre les portraits décriés. Il écrit : « Les couleurs voyantes, éclatantes, claironnantes, […] dominent et triomphent au Salon […]. On ne veut pas de teintes harmonieuses, on veut les couleurs qui éclatent comme les accents des trompettes […] L’impression que donnent ces couleurs est celle d’un jazz qui, avec emportement, avec furie éparpillerait ses notes les plus sonores, les plus bruyantes, les plus aiguës. […] (22 mars 1922).

Prudence Heward, Jeune femme sous un arbre, 1931, huile sur toile. Art Gallery of Hamilton. Gift of the artist's family.
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Le nu : nouveaux canons de la beauté féminine

Au lendemain de la Première Guerre mondiale et plus encore dans les années 1920, les canons de la beauté féminine et de la distinction sociale se redéfinissent. Le corps se doit désormais d’être mince, musclé et bronzé. Les magazines et la publicité incitent les femmes à acquérir cette nouvelle apparence par le sport et l’exercice physique. La « femme moderne » danse, fume, boit, mais elle va aussi à la plage et aux sports d’hiver. Un nouvel idéal du corps féminin s’impose dans le discours sur l’apparence et les illustrations de mode. Les libertés que vont alors prendre certains artistes, telles Lilias Torrance Newton et Prudence Heward, dans la représentation du corps féminin en voie de se libérer, témoignent de ce que le corps comme sujet, longtemps censuré, est un baromètre de la modernité.

[…] On ne veut pas de teintes harmonieuses, on veut les couleurs qui éclatent comme les accents des trompettes […] L’impression que donnent ces couleurs est celle d’un jazz qui, avec emportement, avec furie éparpillerait ses notes les plus sonores, les plus bruyantes, les plus aiguës. […]

Albert Laberge, La Presse, 22 mars 1922

Elles Aujourd’hui

Presque cent ans après l’existence du Groupe de Beaver Hall (1920-1923), qui joua un rôle essentiel dans l’affirmation des femmes en tant qu’artistes peintres professionnelles à Montréal, qu’en est-il de la place occupée par les artistes féminines en peinture, aujourd’hui ? Le contexte d’une exposition sur le Groupe de Beaver Hall cette année au Musée était propice pour réfléchir à la place que se sont appropriée depuis les femmes artistes sur les scènes québécoise et canadienne.

En savoir plus

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Placé sous la direction de Jacques Des Rochers et Brian Foss, un ouvrage scientifique de 350 pages avec autant d’illustrations est publié en français et en anglais par les éditions scientifiques du MBAMavec les éditions
Black Dog.

En vente à la Boutique-Librairie du Musée.

Une modernité des années 1920 : Montréal, le Groupe de Beaver Hall est produite par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et sera mise en tournée à l’Art Gallery de Hamilton, à l’Art Gallery de Windsor et au Glenbow Museum de Calgary.

Ce projet a été rendu possible grâce au généreux soutien de la Fondation A. K. Prakash, mécène de l’exposition, et à une importante subvention du programme d’aide aux musées du ministère du Patrimoine canadien.

L’exposition est présentée à Montréal par Osler, Hoskin & Harcourt S.E.N.C.R.L. / s.r.l., en collaboration avec la maison de vente Heffel, Air Canada, Bell et l’Association des bénévoles du Musée. Le Musée remercie MABI, Richter, La Presse et The Gazette.

Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec pour son appui essentiel, de même que le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.

Le Musée remercie également pour leur appui inconditionnel ses guides bénévoles ainsi que tous ses membres et les nombreuses personnes, entreprises et fondations qui lui accordent leur soutien, notamment la Fondation de la Chenelière, dirigée par Michel de la Chenelière, et la Fondation Arte Musica, présidée par Pierre Bourgie, pour leur générosité.

Que toutes les personnes qui ont permis, par leur généreux concours, leur encourage-ment et leur soutien la réalisation de cette exposition et de sa publication scientifique trouvent ici l’expression de notre gratitude.

Cercle Force Femmes

À l’occasion de l’exposition consacrée au Groupe de Beaver Hall mettant en lumière des femmes exceptionnelles qui, dans les années 1920, et pour la première fois dans l’histoire du Canada, ont fait partie d’un regroupement d’artistes professionnels, le Musée des beaux-arts de Montréal a mis sur pied le Cercle Forces Femmes. Ce cercle rassemble des femmes d’influence pour aider le Musée à valoriser diverses femmes qui ont eu ou auront un impact sur notre société, autant sur le plan culturel et artistique, que social et économique.

Le Musée remercie les membres fondatrices du Cercle Forces Femmes :

Sandra Abitan, Alix d’Anglejan-Chatillon, Christiane Bergevin, Sylvie Boileau, Johanne Champoux, Hélène Couture, Viviane Croux, France Denis Royer, Giovanna Francavilla, Carolina Gallo, Diane Giard, Anne- Marie Hubert, Isabelle Hudon, Suzanne Legge Orr, Constance Lemieux, Johanne Lépine, Mary Leslie, Isabelle Marcoux, Monique Parent, Miriam Pozza, Gurjinder P. Sall, Michelle R. Savoy, Marie Senécal-Tremblay et Martine Turcotte, sous l’impulsion de Françoise E. Lyon.