Nous sommes ici, d’ici

L’art contemporain des Noirs canadiens

Du 12 mai 2018 au 16 septembre 2018

L’exposition est présentée en complémentarité avec l’exposition D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui et l’accès est inclus dans le droit d’entrée.

Initiée par le Musée royal de l’Ontario, cette exposition remet en question les préjugés sur la condition des Noirs au Canada à la lumière des œuvres de huit artistes contemporains, auxquels le Musée des beaux-arts de Montréal ajoute trois artistes montréalais. Des objets contemporains et historiques, des images et des concepts sont ici autant d’outils qui servent à brouiller la perception si répandue que la place des Noirs se trouve à la périphérie de l’histoire canadienne. Si le Canada est salué comme un pays où triomphe la diversité culturelle, le discours prédominant réduit l’expérience des Noirs à celle d’éternels immigrants ou de nouveaux arrivants, discours que les artistes contestent en révélant les traces ancestrales de leur présence au pays. Les multiples voix et sensibilités présentées bouleversent les récits simplistes et réconfortants, tout en affirmant la pertinence continue de leur existence dans le tissu social canadien.

Le titre de l’exposition est tiré de l’installation sonore de Sylvia D. Hamilton, composée d’éléments visuels, d’objets et d’une bannière suspendue de 3,6 mètres. Cette œuvre examine le commerce et l’esclavage à la base de la colonie canadienne. Elle dévoile les traces matérielles et idéologiques du racisme envers les Noirs canadiens ainsi que leur résilience. Une installation multimédia de Chantal Gibson porte sur le thème de l’effacement. Plus de 2 000 cuillères souvenirs peintes en noir mettent en lumière, de façon poétique, l’uniformisation et la réduction de l’expérience historique et collective des Noirs. Bushra Junaid reprend l’image d’une photographie stéréoscopique de 1903 où des enfants sont rassemblés dans un champ de canne à sucre aux Antilles. Elle incite les publics à réfléchir aux modes de représentation, actuels et historiques, des personnes noires, en particulier des enfants. Sandra Brewster réalise aussi une œuvre à partir d’une ancienne photo de ses parents en randonnée, figures monumentales dominant le paysage. En surdimensionnant cette image, elle s’emploie à réfuter les hypothèses sur la condition des Noirs en démontrant l’absurdité de l’homogénéité de leur communauté.

Les dessins de Charmaine Lurch traduisent l’émotion et la légèreté d’une jeune fille dans le paysage. Son trait de fusain décrit la fluidité du mouvement : il indique un sentiment d’appartenance, tout en luttant contre le fait d’être visible et invisible, intégré ou non dans l’espace public, passé et présent. Par ailleurs, dans son installation vidéo à trois canaux, Michèle Pearson Clarke met en évidence le tchipage, une pratique très répandue chez les Noirs d’ascendance antillaise et leur diaspora, incluant ceux qui vivent au Canada. L’œuvre est une réponse à leur frustration de vivre à l’ombre des Noirs afro-américains. Elle exprime la colère et la douleur que de nombreux Noirs d’origine antillaise éprouvent en vivant au Canada où le racisme au quotidien n’est pas reconnu.

Le portrait d’une jeune Noire canadienne peint par Gordon Shadrach souligne la stratification fort complexe des aspects historiques, familiaux et personnels des identités par l’entremise d’une codification de ses vêtements et accessoires. Figure emblématique, elle représente les multiples facettes de la femme noire contemporaine. Puisant à la symbolique des tissus, Esmaa Mohamoud réalise une sculpture portable et une photographie monumentale qui constituent un commentaire sur l’histoire plus ancienne de l’exploitation et du contrôle social du corps des hommes noirs sur le terrain, qu’il s’agisse d’esclavage ou de sport. Ces œuvres illustrent symboliquement l’endurance et la résilience de la communauté noire.

TROIS ARTISTES MONTRÉALAIS

Eddy Firmin, Manuel Mathieu et Shanna Strauss ont été choisis pour le volet montréalais de l’exposition.
Ils offrent un riche éventail de la vitalité des pratiques artistiques contemporaines issues des communautés noires du Québec. Avec son autoportrait percutant en céramique sciemment ornementée, Eddy Firmin souligne l’inconfortable filiation entre l’esclavage passé et celui que nous vivons aujourd’hui : la surconsommation retire au citoyen le contrôle sur sa vie en le réduisant à l’état de consommateur. Firmin souhaite que l’expérience traumatique passée vécue par la communauté noire contribue à faire réfléchir la société contemporaine canadienne. Shanna Strauss représente métaphoriquement son ancêtre Leti, une femme plus grande que nature qui organisa une rébellion en Tanzanie contre les colonisateurs allemands. Ce portrait valorise son histoire personnelle. Il contribue à préserver la mémoire orale, plus particulièrement l’importance des femmes dans l’histoire des luttes anticoloniales. Avec Autoportrait, le peintre Manuel Mathieu présente une œuvre majestueuse à la mémoire de sa grand-mère, première immigrante de la famille à venir s’installer à Montréal en provenance d’Haïti.


Texte : Julie Crooks, Dominique Fontaine, Silvia Forni et Geneviève Goyer-Ouimette


Crédits et commissariat

Une exposition initiée par le Musée royal de l’Ontario, Toronto, et adaptée par le Musée des beaux-arts de Montréal pour la présentation montréalaise.

Le commissariat est assuré par Julie Crooks, conservatrice adjointe, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Dominique Fontaine, commissaire indépendante, et Silvia Forni, conservatrice des arts et cultures d’Afrique, Musée royal de l’Ontario. Geneviève Goyer-Ouimette, titulaire de la Chaire Gail et Stephen A. Jarislowsky en art québécois et canadien contemporain de 1945 à aujourd’hui, MBAM, est commissaire de la section montréalaise.

Remerciements

L’exposition est initiée par le Musée royal de l’Ontario (ROM), Toronto, et adaptée par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) pour la présentation montréalaise. L’exposition est présentée à Montréal grâce au généreux soutien de Stéphan Crétier et Stéphany Maillery. Le Musée reconnaît l’apport essentiel d’Air Canada, du Cercle des Jeunes Philanthropes du MBAM et de ses partenaires médias : Bell, La Presse+ et Montreal Gazette. Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec pour son appui essentiel, de même que le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant. Il remercie également ses guides bénévoles pour leur appui inconditionnel, et reconnaît la générosité de tous ses membres et des nombreuses personnes, entreprises et fondations qui lui accordent leur soutien, notamment la Fondation de la Chenelière, dirigée par Michel de la Chenelière, et Arte Musica, présidée par Pierre Bourgie. Que toutes les personnes qui ont permis, par leur généreux concours, leur encouragement et leur soutien, la réalisation de cette exposition trouvent ici l’expression de notre gratitude.