Tudlik commence à sculpter au début des années 1950, une technique qu’il privilégie jusqu’à sa mort. Il est surtout connu pour ses petits ours en pierre, et en particulier ses oiseaux. Tudlik a cependant conçu six estampes, dont cinq ont été éditées dans la première collection annuelle de Cape Dorset en 1959. Trois de ces compositions, y compris Rêve d’oiseau annonçant des blizzards, comptent parmi les estampes les plus énigmatiques et évocatrices des débuts de l’atelier de Cape Dorset.
L’artiste représente ici un être humain squelettique, voire cadavérique, peut-être Tudlik lui-même ou encore un chaman, qui voit un puissant esprit aviaire au cours d’un rêve ou d’une transe. L’oiseau est une créature hybride, mi-humain ou mi-ours. Cette composition obsédante ne ressemble en rien aux charmantes gravures d’oiseaux de l’artiste, mais, chose intéressante, elle « annonce » certaines des sculptures de transformation de son fils Latcholassie Akesuk (1919-2000).
Le fond bleu texturé confère à la scène une ambiance sinistre à souhait. Durant les premières années de la production d’estampes à Cape Dorset, les graveurs n’hésitent pas à travailler les effets de fond. Ils appliquent parfois des encres sur le papier à l’aide de rouleaux ou, ce qui semble être ici le cas, ils roulent de l’encre sur une feuille de papier froissée, puis la superpose au papier à imprimer avant de transférer l’image.