Publié le :

Dévoilement d’un spectaculaire totem créé par Charles Joseph de la nation Kwakiutl

L’artiste Charles Joseph (1959), de la nation kwakiutl de la côte Ouest canadienne, dévoile son œuvre Mât totémique des pensionnats installé sur le territoire ancestral de la nation kanien’keha:ka, à qui il rend hommage au cours d’une cérémonie officielle d’accueil de l’œuvre. Ce totem, montré pour la première fois, figure dans le parcours de l’exposition d’art public La Balade pour la Paix – un musée à ciel ouvert, conçue et organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal avec le soutien de l’Université McGill dans le cadre de la programmation officielle des célébrations du 375e anniversaire de Montréal.

Œuvre d’appel monumentale (21,45 mètres), ce mât totémique ouvrira la voie de la promenade à l’ouest de la rue Sherbrooke, devant le pavillon Michal et Renata Hornstein du MBAM. Il est un hommage aux enfants autochtones − l’artiste Charles Joseph fut l’un d’eux − qui ont été pris à leur famille et envoyés dans les pensionnats de communautés religieuses. Le 29 mai 2015, le Gouvernement canadien a reconnu que ces enfants avaient été victimes d’un génocide culturel entre 1820 et 1996.

Charles Joseph affirme : « La présentation de ce mât est destinée à tous les Canadiens, pas seulement aux survivants des pensionnats. C’est mon geste de réconciliation, et toute mon histoire est sur ce mât. Cette histoire parle de Charles Joseph, mais aussi de tous ceux qui ont enduré cette épreuve. J’ai besoin de raconter cette histoire sous cette forme, mais elle touche tous les survivants d’un bout à l’autre du
Canada. »

Le totem est un gage de réconciliation et une œuvre de commémoration. Il incarne un fort sentiment d’identité et de fierté pour les Kwakiutls de la côte Ouest canadienne. Le Mât totémique des pensionnats de Joseph représente, de bas en haut : les membres de la famille du commanditaire du Totem; l’anneau de cèdre, symbolisant la sécurité ; la femme sauvage, responsable de la culture traditionnelle ; l’orque, gardienne de la mémoire ; le corbeau, incarnant la collusion entre l’Église et l’État ; l’ours, exprimant la force et la sagesse ; le renard arctique, témoin du passé ; les kulus, ces grands corbeaux noirs qui, dans la légende, ont créé les îles de la côte canadienne du Pacifique en jetant des cailloux dans la mer ; au sommet, le serpent à deux têtes aux ailes déployées en croix.

Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef déclare : « Nous sommes émus de dévoiler aujourd’hui le nouveau totem de Charles Joseph dans le cadre de cette célébration. Seules six des Premières Nations de la côte Ouest en sculptaient jadis… encore moins aujourd’hui, tant est exigeante cette prouesse technique et artistique. Traditionnellement, ces témoins colossaux de leur histoire préservaient le récit des événements importants des clans autochtones. La Commission canadienne de vérité et de réconciliation du Canada estime que 150 000 enfants ont été arrachés à leurs familles durant le dernier siècle dans le cadre des politiques gouvernementales d’assimilation. Raconter cette tragédie par la vitalité de l’expression artistique d’un de leurs meilleurs artistes est essentiel dans la perspective de notre nouveau siècle. »