La Balade pour la Paix : un musée à ciel ouvert

Une exposition d’art public sur la rue Sherbrooke
Du 5 juin au 29 octobre 2017

Cette exposition d’art public d’envergure internationale fait partie de la programmation officielle du 375 e anniversaire de Montréal. Elle est conçue et organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal, avec le soutien de l’Université McGill. Elle commémore deux autres évènements d’importance : le 50e anniversaire d’Expo 67 et les 150 ans de la Confédération canadienne. Véritable musée en plein air, La Balade pour la Paix se déploie, grâce au soutien de la Ville de Montréal, sur un kilomètre de la rue Sherbrooke entre le MBAM et l’Université Concordia, d’une part, et le Musée McCord et l’Université McGill, d’autre part. Le parcours présentera des œuvres d’artistes canadiens et internationaux. Il sera pavoisé aux couleurs de la Confédération et de quelque 200 pays. La Balade rappelle à quel point l’Expo 67, visitée par 50 millions de personnes, fut une fenêtre ouverte sur le monde, mémorable pour le Québec et le Canada.

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Illustration : Claude Cormier et associés.

  • Niki de Saint Phalle (1930-2002), Nana danseuse (Rouge d’Orient – Bloum), 1995, résine de polyéthylène, fibre de verre, acier, peinture, 1 024 x 768 cm. Collection François Odermatt, en collaboration avec la Collection d’arts visuels de l’Université McGill. © Niki Charitable Art Foundation / SODRAC (2017)
  • Wang Shugang (né en 1960), L’assemblée (détail), 2007, 8 figures en bronze peint, 92 x 75 cm (chacune). Collection de l’artiste, prêt de la Biennale de Vancouver en collaboration avec la Collection d’arts visuels de l’Université McGill. Photo Dan Fairchild
  • Yayoi Kusama (née en 1929), PUMPKIN, 2015, acier inoxydable poli, peinture uréthane, 118,1 x 116,2 x 118,7 cm. New York, collection particulière
  • Betsabeé Romero (née en 1963), Hommage à Wirikuta, 2011, pneus, perles en plastique (chaquiras), acier, 300 x 300 cm. Collection de l’artiste, México, en collaboration avec le Consulat général du Mexique à Montréal
  • Magdalena Abakanowicz (1930-2), Figures marchant (6/8), 2005, fonte, 284 x 135 x 71 cm (chacune). Prêt de la Biennale de Vancouver © Magdalena Abakanowicz, courtesy Marlborough Gallery, New York. Photo Dan Fairchild
  • Jonathan Borofsky (né en 1942), Structures humaines Vancouver, 2010, 64 figures en acier galvanisé moulé, soudé et peint, base en béton, 730 x 510 x 510 cm. Prêt de la Biennale de Vancouver, en collaboration avec la Collection d’arts visuels de l’Université McGill. Photo GoToVan

UN IMPRESSIONNANT PARCOURS DE SCULPTURES

Trente sculptures monumentales d’artistes contemporains de plusieurs pays et des cinq grandes régions canadiennes, dont deux artistes des Premières Nations de la côte Ouest, sont exposées. Bien que les sculptures possèdent chacune leur esthétique singulière, leur personnalité et leurs matériaux propres, le fil conducteur qui a justifié leur sélection est leur pertinence face à des enjeux actuels (paix des peuples et écologie). Les œuvres ont été généreusement prêtées par des institutions muséales, des collectionneurs privés, des galeries d’art et des artistes, fiers de participer à cette grande célébration. Outre les œuvres canadiennes (Luben Boykov, Robert Davidson, Sorel Etrog, Ivan Eyre, Joe Fafard, Rose-Marie Goulet, Charles Joseph, Robert Murray, Catherine Sylvain), on pourra voir des sculptures provenant de Belgique (Wim Delvoye), de Chine (Zhang Huan, Wang Shugang), des États-Unis (Jonathan Borofsky, Alexander Calder, Jim Dine, Keith Haring, Robert Indiana, Dennis Openheim, Richard Prince), de France (César Baldaccini, dit César, Niki de Saint Phalle), de Grande-Bretagne (Barry Flanagan), d’Italie (Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto), du Japon (Yayoi Kusama), du Mexique (Betsabeé Romero), de Pologne (Magdalena Abakanowicz), de Suisse (Ugo Rondinone) et de Taiwan (Ju Ming).

  • Charles Joseph (né en 1959), Mât totémique des pensionnats, 2014-2016, cèdre rouge, peinture acrylique, H. 1 524 ; L. 762 ; D. 152,4 cm. Collection Jim Balsillie. Photo Greg McKee 2016

    LE MÂT TOTÉMIQUE DES PENSIONNATS

    L'ICONOGRAPHIE DU TOTEM

  • LA FAMILLE DU COMMANDITAIRE ET L’ANNEAU DE CÈDRE

    La largeur des visages de la famille du commanditaire varie entre 23 et 30 centimètres. Chaque visage est différent. Le visage de l’homme est plus gros que celui de son fils et il est sculpté différemment. La place occupée par le commanditaire et de sa famille représente l’origine de ce mât totémique. Elle exprime la base d’une entente qui a trouvé son aboutissement dans la réalisation de cette œuvre. Charles y croyait profondément. À l’origine, il pensait placer l’homme plus haut, près du chef, mais il a décidé qu’il convenait davantage de le placer au bas du mât en gage de commémoration et de reconnaissance.

    Au-dessus de la famille du commanditaire se trouve un anneau de cèdre, qui ressemble à une corde. Il symbolise la sécurité. Les Kwakiutl se servent du cèdre à toutes les fins, y compris la corde. Les anneaux de cèdre sont portés autour du cou et des poignets et servent également à la fabrication de jupes de danse rituelle. Les motifs ornant les mâts totémiques et les murs sont ceux de James Wadham, l’arrière-grand-père de Charles. L’histoire de ces motifs lui appartient. Chaque famille a des motifs importants qui lui sont propres.

  • LA FEMME SAUVAGE

    La figure suivante est celle de la femme sauvage, agenouillée, qui mesure 2,9 mètres. Elle porte deux enfants, un de chaque côté. Ils représentent les enfants qui sont rentrés du pensionnat. Elle les accueille. Elle représente la tradition et la culture des femmes. Ce sont les femmes qui sont responsables du maintien des traditions artistiques et culturelles de la famille. Elles parlent de ces traditions avant les repas qui s’accompagnent d’activités familiales. Elles recourent parfois à la gestuelle ou à la danse pour les interpréter. Les chefs portent un masque de femme sauvage lorsqu’ils se retirent de la chefferie, si telle est la tradition du coffret aux trésors de leur famille. Ils le font par respect pour le maintien des traditions qui assuré par les femmes.

    Charles raconte l’histoire de la femme sauvage, un motif privilégié de la statuaire, aux enfants qui visitent son atelier. Lorsqu’il était jeune, la légende servait de mise en garde aux enfants qui jouaient dans la forêt. Sur de nombreux mâts totémiques, l’ours tient la femme entre ses pattes, comme s’il l’étreignait, et ses pattes antérieures sont levées pour montrer ses griffes. Des visages représentant leurs futurs enfants sont sculptés sur les coussinets des pattes.

    La poitrine de la femme est ornée d’un papillon qui représente la bande Tlowitsis-Mumtagila de Turner Island à laquelle Charles appartient. Les ailes du papillon en forme de cœur portent l’inscription « welcome home », les enfants ayant perdu leur langue maternelle durant leur séjour au pensionnat. Le papillon est associé aux cérémonies d’inauguration, dont les potlatchs, aux fêtes, aux cérémonies d’attribution des noms, aux rites d’initiation (lorsque des enfants reçoivent de nouveau noms et de nouvelles danses), aux mariages et aux célébrations de la vie, au lieu d’un deuil (ou pour l’apaisement de la douleur). Il s’est aussi posé sur la tête de Numas, l’homme tout-puissant d’avant le grand déluge. C’est le papillon qui a indiqué à Numas la terre qui émergeait après le déluge, qu’il avait imaginée. Numas a demandé à toutes les tribus de fabriquer des cordes en cèdre, des centaines de mètres de long, pour rattacher tous les canots durant le déluge. Certains canots se sont détachés, partant à la dérive partout dans le monde. De telles cérémonies sont souvent planifiées par toute la famille et chacun a un rôle à jouer (fournir des cadeaux, par exemple).

  • L'ORQUE

    La figure suivante est celle de l’orque : elle mesure 2,75 mètres. Elle a sept visages, représentant six tribus connues du gouvernement et une dont l’existence est contestée ou méconnue. Cette tribu est celle de Charles, qui a opté pour sept visages en partie pour des raisons artistiques, notamment l’équilibre du mât totémique.

    L’orque quitte son habitat, fait le tour du monde et revient à son point de départ. Il y un célèbre rocher près de Robson Bight sur lequel les baleines aiment se frotter. Selon Charles, l’endroit qui porte le nom de réserve écologique Robson Bight fait partie des terres ancestrales. Les orques rentrent toujours au bercail, quoique les chercheurs modernes ignorent où elles se rendent à la fin de l’été. L’arrière-grand-père de Charles disait qu’elles suivaient leurs sources de nourritures, se déplaçant lorsque nécessaire. Lorsque les grandes marées apportent aux orques leur nourriture, on les voit souvent s’ébattre le long du détroit de Johnstone. Certaines ne font que passer, en troupeau de vingt. Les orques de la région séjournent plus longtemps et parcourent le même circuit : elles partent de Robson Bight et remontent vers le nord en direction de Port Hardy, remontent le détroit de Johnstone jusqu’au détroit de la Reine-Charlotte, descendent le détroit de Georgia, traversent le détroit de Broughton du côté du continent, puis retournent à Robson Bight. En bateau de pêche, ce circuit représente une journée bien remplie. Le soir, à bord d’un bateau, on peut les entendre souffler, tout à côté, et il suffit d’étendre la main pour les toucher. La tribu de Charles avait l’habitude d’aller nourrir et les caresser les orques lorsqu’elles se trouvaient à proximité du rocher.

    Les visages représentent les enfants adoptés à l’extérieur des réserves – de toutes les réserves à travers le Canada. Ce mât totémique ne représente pas seulement l’histoire de la tribu de Charles, non plus que la sienne. Sa femme et ses amis ont été adoptés à l’extérieur de la réserve. Ils n’ont pas l’impression d’être les bienvenus ni chez les Blancs ni sur la réserve. Ils ne sont ni Autochtones ni Blancs. Ils sont pris entre deux mondes. Ces enfants ont été dispersés comme les baleines qui migrent, mais il ne leur était pas facile de rentrer à la maison.

    Les animaux que Charles sculpte lui viennent en rêve. Il sent qu’ils sont toujours avec lui, mais ne les voit que durant son sommeil. Les figures s’adressent à lui en kwakiutl. À son avis, ce sont ses arrières-grands-parents qui lui parlent à travers les animaux. Il lui arrive de prendre une pause et de faire une sieste l’après-midi. Il obscurcit la pièce. S’il est très fatigué et butte sur un détail, ses arrières-grands-parents et son père lui apparaissent en rêve sous la forme des animaux qu’il est train de sculpter et lui suggèrent des solutions.

    Ils se manifestent aussi dans les motifs animaliers de ses sculptures. Ils ne se présentent jamais sous leur enveloppe corporelle. Leurs voix, cependant, ne changent pas et les danses que les animaux interprètent sont conformes à celles auxquelles il assistait dans sa jeunesse.

  • LE CORBEAU (LA RELIGIEUSE, LE PRÊTRE, LE FONCTIONNAIRE)

    Le corbeau occupe le milieu du mât totémique, à mi-chemin entre les événements du bas et ceux du haut. Le corbeau est un filou. Il représente la collusion entre l’Église et l’État dans le processus d’« assimilation » au cours duquel certaines personnes n’ont pas survécu, tandis que d’autres s’en sont sortis vivants mais gravement atteints.

    La position de la religieuse à gauche et du prêtre à droite tient au fait qu’au pensionnat les femmes étaient logées à gauche (elles travaillaient avec les filles) et les hommes à droite (ils travaillaient avec les garçons). Une moitié du dortoir était réservée aux garçons et l’autre aux filles. Un édifice de quatre étages paraissait énorme à Charles à l’âge de six ans.

    Lorsque des enfants mouraient, on nous disait qu’ils étaient rentrés à la maison. Lorsque des filles tombaient enceintes, on pratiquait des avortements dans l’infirmerie, au-dessus du gymnase et de l’amphithéâtre. Une religieuse infirmière s’occupait des enfants qui avaient des saignements rectaux ou des filles qui étaient enceintes. L’infirmerie était soumise à une « quarantaine » afin de cacher aux visiteurs ce qui s’y passait. La juxtaposition des figures de la religieuse et du prêtre à celle du corbeau illustre la situation.

    Les cornes du corbeau l’identifient comme un être surnaturel, faisant valoir son pouvoir de transformation. Les cornes, peu importe l’animal qui les porte, témoignent de sa capacité de se transformer durant une danse ou dans une sculpture. L’animal peut se métamorphoser en humain  Le corbeau prend souvent des allures de plaisantin. Certaines légendes racontent l’histoire d’un corbeau qui se transforme en humain, mais qui perd la voix et en est réduit à croasser. Il arrive que des danseurs incarnant le corbeau « échappent » de la farine sur un membre du public. La farine, qui se trouve dans le dos du costume, représente de la fiente. Cette partie de la danse est une blague. On doit cependant payer la personne qui s’est prêtée au jeu, peut-être vingt ou cent dollars, tout dépendant à quel point la blague est réussie.

    Le corbeau n’est pas partisan de l’honnêteté. Il aime se livrer à des fourberies. C’est le fonctionnaire, l’agent des Indiens, le personnel du pensionnat, le prêtre et la religieuse. Nul n’était ce qu’il prétendait être. Ils se présentaient comme des bien-pensants, mais la réalité était tout autre. Charles a fait le rapprochement au cours d’un rêve.

  • L'OURS

    C’est un ours esprit. L’ours esprit porte de nombreux visages : sur les paumes, les épaules, les oreilles. Sur cet ours, tous les visages représentent des enfants qui n’ont pas survécu au pensionnat St. Mike et des enfants qui l’ont quitté et qui sont morts plus tard des sévices qui leurs avaient été infligés. Une puissante légende d’ours a été racontée à Charles dans son enfance. L’ours patrouillait dans notre périmètre, pour protéger nos terres. Dans le rêve de Charles, l’ours était très doux lorsqu’il soulevait les enfants. Charles lui grimpait dessus et jouait avec lui en compagnie de dix autres enfants.

  • LE RENARD ARCTIQUE

    Le renard arctique est un observateur. Un animal qui mesure prudemment ses interventions dans son milieu. Dans les légendes inuites, qui ont une signification particulière pour le commanditaire, le renard sert de témoin à ce qui se passe dans notre entourage. Charles et le commanditaire s’entendent pour dire que l’un des résultats les plus importants de ce processus de création est de témoigner de notre passé.

  • LE KULUS

    Le kulus se dresse sur le renard, les ailes déployées à la manière d’une croix. Le serpent à deux têtes, Sisiutl, y est gravé. Le kulus représente le chef de Charles. La présence de la croix tient au fait que de nombreux membres de la famille de Charles sont chrétiens. Ils fréquentent l’église pour assister à la messe et aux funérailles. Ils en éprouvent du réconfort. C’est de cette façon que Charles a choisi de représenter le bienfait de la religion.

  • Michel Huneault , Né à Repentigny (Québec) en 1976 Vit et travaille à Montréal, Embarquement et départ de Budapest (Hongrie) vers l’Allemagne De la série « Occident Express », 2015 Impressions à jet d’encre sur vinyle autocollant, 1/1 Avec l’aimable autorisation de l’artiste
  • Darren Ell, Né à Regina (Saskatchewan) en 1961, Vit et travaille à Montréal Fillettes haïtiennes devant la cathédrale Notre-Dame, Cap-Haïtien, Haïti De la série « Cap-Haïtien et Shada », 2008 Impression à jet d’encre sur vinyle autocollant, 1/1 Avec l’aimable autorisation de l’artiste

DES PHOTOGRAPHIES TÉMOINS D’UN MONDE EN MUTATION

Sur ce parcours, 21 stèles présentent 42 ensembles photographiques exposés en recto-verso. Le visiteur déambule sur la rue Sherbrooke parmi les œuvres de photographes contemporains établis à Montréal, ayant sillonné la planète pour capter des images fondées sur les valeurs d’ouverture, de paix et de diversité. Cet «album» témoignera de l’importance du mieux vivre ensemble et fera la promotion de la paix et de l’acceptation de la diversité et de la différence, éléments fondamentaux qui favorisent une notion novatrice de l’altérité. Différentes approches sont préconisées dont la photographie documentaire et l’essai photographique où art et vie sont intimement liés. Les sujets abordés manifestent un regard généreux et humain. Certains photographes sont préoccupés par l’environnement et les richesses de la terre, tandis que d’autres captent notre imaginaire et nous transportent dans des lieux qui les ont inspirés. Une trame narrative dynamique a été imaginée, où les sculptures et les photos dialoguent entre elles.

Les photographes réunis sont : Raymonde April, Benoit Aquin, Olga Chagaoutdinova, Darren Ell, Angela Grauerholz, Isabelle Hayeur, Michel Huneault, Jean-François Lemire, Aydin Matlabi, Valérian Mazataud, Jon Rafman, Kim Waldron et Robert Walker. Ici illustré, Aydin Matlabi est l’auteur de la série « Nous sommes l’héritage » (ill. 7). En 2016, il photographie des enfants – séropositifs, handicapés, orphelins de guerre, enfants-soldats ou accusés de sorcellerie – à l’orphelinat Bumi à Lubumbashi, en République démocratique du Congo. En les revêtant d’un pagne wax, dont la qualité dénote le statut social de celui qui le porte, l’artiste redonne aux enfants le pouvoir sur leur vie et leur avenir. Le photographe reçoit le Healing the Void Award de la biennale Artraker, à la Valette (île de Malte) en 2017.

Crédits et commissariat

La Balade pour la Paix, un Musée à ciel ouvert fait partie de la programmation officielle des célébrations du 375e de Montréal. Elle est conçue et organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal avec le soutien de l’Université McGill. La Balade pour la Paix se déploie, grâce au soutien de la Ville de Montréal, sur un kilomètre de la rue Sherbrooke entre le MBAM et l’Université Concordia  et le Musée McCord et l’Université McGill.