Présentée en première nord-américaine au MBAM, cette exposition au succès international est produite par le British Museum. Elle propose une reconstitution de la vie de six personnes ayant vécu le long du Nil dans une approche innovante à la croisée des arts et de la science. Accompagnés d’imageries numériques interactives et de plus de 200 objets de l’Égypte ancienne, ces face à face dévoilent le portrait de leur identité dans le plus grand respect. Âge, croyances, ou historique médical : chaque momie a son histoire à raconter.

Tamout, femme d’âge moyen (35 à 49 ans), était pour sa part chanteuse d’Amon. Sa momie révèle de nombreuses amulettes que les prêtres embaumeurs ont placées sur sa peau après l’avoir enduite de produits cosmétiques. Servant à apprivoiser les puissances surnaturelles, ces talismans sculptés et modelés devaient protéger la défunte et lui conférer des pouvoirs spéciaux, quasi divins. Sur sa poitrine repose un «scarabée de coeur», amulette sur laquelle était gravé un sortilège qui empêchait les dieux de voir les méfaits cachés dans le coeur du mort lors du jugement de l’âme.
Momie de Tamout, Début XXIIe dynastie, vers 900 AEC Probablement Thèbes (Égypte) EA 22939 © The Trustees of the British Museum

L’exposition s’ouvre avec Nestaoudjat, une femme mariée originaire de Thèbes, dont le nom signifie «celle qui appartient à l’oeil oudjat». L’oeil oudjat, ou oeil d’Horus, représente un symbole d’intégrité. Nestaoudjat a vécu durant la dynastie koushite. À sa mort, vers l’an 700 avant notre ère, elle avait entre 35 et 49 ans. Son corps a été soigneusement préservé au moyen des techniques d’embaumement les plus sophistiquées de l’époque: séché dans le natron, il a été oint, selon les rites, d’huiles parfumées, puis rembourré. Enfin, il a été orné d’amulettes et enveloppé de lin, afin que la défunte soit protégée dans l’au-delà. Pendant ce processus, le corps a été remodelé en image divine possédant les qualités et les attributs d’Osiris. Cette incarnation parfaite était censée servir de point d’ancrage aux composantes spirituelles de la personne – le ba et le ka, entre autres –, ce qui lui permettrait d’exister dans l’au-delà et de circuler librement entre le royaume des vivants et celui des morts.
Cercueil intérieur de Nestaoudjat, XXV e dynastie, vers 700-680 AEC, EA 22812a. © The Trustees of the British Museum

Irthorrou était un stoliste, grand prêtre du temple d’Akhmim. Chargé de vêtir le dieu Min, il était également le maître des secrets. Sa momie témoigne des particularités d’une vie passée au service des dieux, ainsi que du pouvoir des prêtres de son rang. Diriger un temple était une tâche complexe. Les grands temples étaient comme de petites cités avec leur propre administration et une économie organisée, de la production de la nourriture à la tenue de livres, en passant par la gestion des équipements et l’élevage des animaux. Prêtres et prêtresses avaient droit aux mets les plus raffinés alors que le peuple subsistait essentiellement grâce aux plantes céréalières, pain et bière étant à la base de son alimentation. Les maladies et les blessures pouvaient être perçues comme une punition des dieux. Les prêtres de la déesse Sekhmet pratiquaient sans doute la médecine conventionnelle. Des papyrus nous éclairent sur les remèdes pharmaceutiques utilisés, notamment le nénuphar, employé pour soigner la douleur, le miel, pour ses vertus antiseptiques, et même l’opium.
Momie d’Irthorru, Basse Époque, 26e dynastie, vers 600 av. J.-C., EA 20745. © The Trustees of the British Museum

En compagnie d’une prêtresse anonyme, nous retournons au temple d’Amon, à Karnak. Il semble que cette femme ait été chanteuse – titre qui, à partir de la XXIIe dynastie, jouit d’un grand prestige. On imagine que sa tenue était composée d’habits somptueux et de parures précieuses, et qu’elle était maquillée et enduite d’huiles et de parfums. Pour souligner le contour de ses yeux et les faire paraître plus grands, notre chanteuse utilisait sans doute du khôl (fabriqué à partir de galène ou de vert malachite): un fard aux propriétés antibactériennes qui repoussait, croyait-on, le mauvais oeil. Elle ornait probablement son corps de simples parures en os ou de colliers multicolores extravagants. Les bijoux servaient aussi à chasser les esprits malins. Faisant partie de l’élite, les chanteurs et prêtres portaient une perruque dans certaines circonstances, comme des banquets ou des fêtes, et gardaient leurs cheveux très courts, voire rasés, car la pilosité corporelle était impure.
La chanteuse du temple d’Amon, XXIIe dynastie, vers 800 AEC Thèbes (Égypte) EA 25258 © The Trustees of the British Museum

L’enfant d’Hawara vivait pendant la période romaine. Enveloppé de nombreuses couches de bandelettes, il avait été recouvert d’un masque en cartonnage 6 joliment décoré, avec la poitrine et le visage dorés. Le soin avec lequel on l’a préparé pour la vie éternelle illustre une vénération nouvelle des enfants, rarement momifiés auparavant. Les profonds bouleversements sociaux qui secouent la vallée du Nil à l’époque en font un carrefour pour les traditions grecques, romaines et égyptiennes – un métissage qui se reflète surtout dans les pratiques funéraires. Vêtements, jouets en bois et tessons de poterie (ostraca) portant des inscriptions dévoilent leurs jeux et leur imaginaire.
Momie d’enfant, Époque romaine, vers 40-60 EC Hawara (Égypte) EA 22108 © The Trustees of the British Museum

La pratique de la momification se poursuit pendant la dynastie des Ptolémées et la période romaine, alors que le métissage culturel toujours croissant ouvre la voie à de nouvelles techniques. Comme des centaines d’autres retrouvées dans l’oasis de Médinet el-Fayoum, la dernière momie est décorée d’un portrait. Son identité demeure inconnue, mais sur la plaque de bois, ce jeune homme de Thèbes aux grands yeux et aux épais cheveux bouclés est représenté vêtu d’une tunique blanche ornée d’une bande rose (le clavus) et d’une cape. Si les clavi étaient, à Rome, les insignes des différentes classes de citoyens, il s’agirait plutôt ici d’une allusion à la coutume romaine. Curieusement, les momies de cette époque portaient une étiquette,sans doute pour les identifier et éviter qu’on ne les confonde : la pratique de la momification connaissant une popularité grandissante, les embaumeurs avaient beaucoup de commandes à gérer…
Momie d’un jeune romain, Époque romaine, vers 140-180 EC Probablement Thèbes (Égypte) EA 6713 © The Trustees of the British Museum
Le British Museum possède 80 momies égyptiennes. Pour la plupart acquises au dix-neuvième siècle de collectionneurs européens, leur provenance exacte demeure largement inconnue. Suivant son code déontologique, le British Museum refuse toute intervention invasive sur ces momies, notamment de défaire leurs bandelettes. Or, depuis plus de dix ans, elles font l’objet de recherches menées selon les méthodes scientifiques les plus avancées qui permettent de préserver leur intégrité. Cette approche à la fine pointe de la technologie jette un nouvel éclairage sur différents aspects de la vie (et de la mort) de six personnes ayant vécu en Égypte entre 900AEC et l’an 180 de notre ère. Leurs scans radiographiés fournissent des renseignements rarement accessibles au moyen de sources archéologiques traditionnelles.
L’excellent état de conservation des momies du British Museum renseigne les anthropologues et les archéologues sur des aspects importants touchant la biologie, la génétique, le régime alimentaire, les maladies, les rites funéraires et les techniques d’embaumement. Grâce au développement des appareils à rayons X durant les années 1970, le recours aux techniques invasives n’est plus nécessaire. Aujourd’hui, la tomodensitométrie (CT scan) et l’imagerie tridimensionnelle à haute résolution ont remplacé ces appareils. Le tomodensitomètre allie radiographie et ordinateur : un faisceau de rayons X est déplacé autour de la momie de manière à produire des milliers d’images transversales.
Grâce à l’anthropologie physique, à l’égyptologie, à la recherche scientifique et à la conservation, notre compréhension du passé permet de redonner vie à ces habitants de la vallée du Nil.
MERCREDI 18 SEPTEMBRE
17 h 30 F
Le panthéon égyptien
Conférence donnée par Perrine Poiron, doctorante en égyptologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en cotutelle avec l’Université Paris-Sorbonne.
MERCREDI 25 SEPTEMBRE
17 h 30 F
Le temple de Karnak et sa salle hypostyle
Conférence donnée par Jean Revez, professeur au département d’histoire de l’UQAM.
MERCREDI 16 OCTOBRE
9 h 15 F
La relève en égyptologie : jeunes chercheuses et chercheurs en action
13 h 45 F + A
Vivre en Égypte au temps des pharaons
Conférences présentées par le département d’histoire de l’UQAM, la Société pour l’étude de l’Égypte ancienne et l’Association des études du Proche-Orient ancien.
Pour compléter l’exposition, un espace éducatif et ludique a été imaginé par Perrine Poiron, doctorante en histoire et égyptologie (UQAM et Université Paris-Sorbonne), en collaboration avec Ubisoft : le panthéon égyptien et les rites associés au passage dans l’au-delà y côtoient une expérience numérique permettant de découvrir l’Égypte ancienne.
Des audioguides sont proposés aux adultes et aux enfants! Agrémentez votre parcours d’une plongée dans les mythes et coutumes de l’époque.
Vous pouvez aussi accéder à l’audioguide depuis l’application MBAM
Pour l’horaire des visites guidées, consultez le calendrier culturel
L’exposition a été organisée par le British Museum, Londres, en collaboration avec le Musée des beauxarts de Montréal. Le commissariat est assuré par Marie Vandenbeusch, conservatrice, et Daniel Antoine, conservateur de bioarchéologie, département de l’Égypte et du Soudan, British Museum. Laura Vigo, conservatrice de l’archéologie et de l’art asiatique, MBAM, est commissaire de la présentation montréalaise, dont la scénographie est réalisée par Sandra Gagné, chef de la Production des expositions, MBAM, en collaboration avec Principal Studio et Graphics eMotion.
L’exposition est présentée par Raymond James en collaboration avec Hydro-Québec, Tourisme Montréal et Ubisoft. Le Musée reconnaît l’apport essentiel d’Air Canada, de Denalt, du Cercle des Anges du MBAM et de ses partenaires médias : Bell, La Presse+ et Montreal Gazette. L’exposition a également reçu le soutien du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d’indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.

« The exhibit, which runs from Sept. 14 to Feb. 2, 2020, offers a chance "to really understand how they lived, not just the mummy, but as people". »
« Un grand voyage qui permettra aux visiteurs de se plonger dans l’Égypte antique à travers l’art et la science. »
Nabi-Alexandre Chartier, ICI Radio-Canada Télé, Téléjournal
« On apprend des nouvelles choses sur leurs vies, sur l’époque. […] on voit ce que l’imagerie nous permet d’apprendre sans ouvrir, sans détruire les momies. »
Jean François Bouthillette, ICI Radio-Canada Première, Les années lumière
« The Museum will hots six mommies from overseas, in an effort to educate Montrealers on ancient Egyptian life, death and the afterlife. »
« Toutes ces informations, on le sait grâce à la technologie qui permet de dévoiler les mystères des momies et raconter leurs histoires. C’est vraiment la particularité de l’exposition. »
« Vraiment fascinant! »
Eugénie Lépine-Blondeau, ICI Radio-Canada Première, Tout un matin
« C’est un grand voyage dans le temps. »
Eve-Marie Lortie, TVA, Salut Bonjour
« C’est la grande exposition de la rentrée. »
« Cette exposition a aussi toute une dimension qui est scientifique. »
Sophie-Andrée Blondin, ICI Radio-Canada Première, Les années lumière