• Adel Abdessemed (né en 1971), Cri, 2017, pierre noire sur papier, 184 x 130 cm (approx.). Collection particulière. Photo MBAM, Christine Guest.

Adel Abdessemed : Conflit

Jusqu'au 7 mai, 2017

 

L’installation immersive de l’artiste franco-algérien Adel Abdessemed est constituée d’un ensemble de 31 dessins à la pierre noire figurant des militaires en action, grandeur nature, qui cernent le visiteur de toute part et le mettent en joue. Un autre dessin, Cri (2017), a été réalisé pour ce projet par l’artiste, d’après le célèbre cliché de « la petite fille au napalm », une image totémique de la guerre du Vietnam du photographe Nick Ut.

Par ces œuvres graphiques, d’une rare puissance, Adel Abdessemed interroge la violence et la symbolique des images de guerre. Il rappelle à notre mémoire l’histoire d’une icône photographique tout en se posant en allié des victimes civiles et des réfugiés de guerre. « Je ne parle pas, je n’écris pas, je crie », a déclaré l’artiste.

Cette installation s’inscrit dans le cadre de l’année de la paix au Musée, un vaste programme d’activités et d’expositions lancé en novembre 2016 dans la foulée de l’inauguration du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein, cinquième pavillon de la cité muséale, nommé en hommage à un couple de grands mécènes, rescapés de l’Holocauste. Michal et Renata Hornstein ont émigré au Canada, terre d’asile, tout comme Kim Phuc, la « fillette brûlée au napalm », qui œuvre aujourd’hui comme ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO.

Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, explique : « Ce message de paix s’impose quand la cause des réfugiés devient hautement problématique dans le monde ; la voix du Canada s’affirme pour sa tolérance, comme celle de Montréal, ville d’accueil hier, ville refuge aujourd’hui. Cernés de tous côtés par les militaires en action, nous devenons à la fois les témoins et les cibles. »

« Je suis heureuse d’être ici pour célébrer ce musée qui sensibilise par l’art des générations à venir. L’art nous rappelle que nous ne pouvons oublier le passé, mais que nous pouvons changer le futur », a déclaré Kim Phuc lors de l’inauguration, le 16 février dernier.

Soulignons que ce projet a reçu l’appui du maire de Montréal Denis Coderre, qui a conféré à Montréal le statut officiel de ville refuge le 20 février dernier, ainsi que celui de la ministre du Patrimoine canadien, l’honorable Mélanie Joly.

 

Crédit et commissariat

L’exposition est organisée par le Musée des beaux-arts de Montréal en collaboration avec le studio de l’artiste. Le commissariat est assuré par Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal.

 

View of Adel Abdessemed’s installation Conflict. The Montreal Museum of Fine Arts. © Adel Abdessemed / SODRAC (2017) / Courtesy of the Artist and Dvir Gallery, Tel Aviv – Brussels. Photo Denis Farley.

© Adel Abdessemed / SODRAC (2017) / Courtesy of the Artist and Dvir Gallery, Tel Aviv – Brussels

Publication

Un ouvrage illustré bilingue, édité par le Musée des beaux-arts de Montréal avec le soutien de la galerie Battat Contemporary, accompagne cette présentation. Coordonné par Pascal Normandin, chef de l’administration des expositions du MBAM, il comprend une introduction de Nathalie Bondil, un essai de Vincent Lavoie, professeur titulaire au Département d’histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ainsi qu’une conversation inédite entre Kim Phuc, Adel Abdessemed, Hélène Cixous, professeure, écrivaine, poète et critique littéraire, et Philippe Dagen, professeur d’histoire de l’art à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et critique en arts visuels au journal Le Monde.

 

Remerciements

L’exposition s’inscrit dans l’année de la Paix au Musée, présentée par BMO Groupe financier en collaboration avec la Fondation de la famille Brian Bronfman. Le Musée reconnaît l’apport essentiel d’Air Canada, de l’Association des bénévoles du MBAM et du Cercle des jeunes philanthropes, fiers d’appuyer le programme d’art contemporain du Musée.

La programmation de l’année de la paix au Musée réaffirme les valeurs humanistes du Musée et son l’engagement dans la promotion de la paix, de la diversité, de l’inclusion sociale et de l’ouverture à la différence.

  • Nick Ut, La terreur de la guerre (Fillette brûlée au napalm), 8 juin 1972. AP Photo/Nick Ut.

À propos de Kim Phuc, « la fillette brûlée au napalm »

« Emblème de la violence d’État et chef-d’œuvre du photojournalisme, le cliché “la fillette brûlée au napalm’’ témoigne d’une bavure militaire. Le 8 juin 1972, l’armée de l’air sud-vietnamienne, persuadée que des forces du Nord se cachent à Trang Bang, près de Saïgon, bombarde la pagode du village. Une première explosion touche le temple, d’où s’échappent, médusés, des troupes alliées et des civils, bientôt suivie d’un second largage de quatre bombes au napalm. De la fumée et des flammes émergent cinq enfants parmi lesquels se trouve Kim Phuc, neuf ans. La fillette court en direction de Nick Ut, un photographe affilié à l’Associated Press, qui immortalise la scène. L’image est diffusée le soir même et reproduite à la une de la presse écrite internationale le lendemain », écrit Vincent Lavoie, professeur titulaire au Département d’histoire de l’art de l’UQAM. Le photographe, d’origine vietnamienne, devenu américain, recevra le prix Pulitzer en 1973.

Secourue par Nick Ut, Kim Phuc passera 14 mois à l’hôpital américain de Saïgon : elle doit recevoir des traitements à vie. De l’enfance à l’adolescence, elle est utilisée à des fins de propagande par les régimes communistes avant de demander asile au Canada en 1994. Devenue citoyenne canadienne, elle agit désormais comme ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO au profit des enfants victimes de guerres et par le biais de la Fondation Kim Internationale (kimfoundation.com).

  • (De gauche à droite) Adel Abdessemed, artiste; Kim Phuc, Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO ; et Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal. Montréal, 16 janvier 2017. © Adel Abdessemed / SODRAC (2017) / Courtesy of the Artist and Dvir Gallery, Tel Aviv – Brussels. Photo : Sébastien Roy.

À propos d’Adel Abdessemed

Né en 1971 à Constantine, l’artiste franco-algérien Adel Abdessemed se forme à l’École des beaux-arts de Batna, puis à celles d’Alger et de Lyon. Il expose au P.S.1 Contemporary Art Center (New York), au MIT (Cambridge, Massachusetts) et à la Parasol Unit Foundation for Contemporary Art (Londres). En 2012, une grande rétrospective lui est consacrée au Centre Pompidou (Paris). En 2015, il prend part à la 56e Biennale de Venise. Ses œuvres figurent dans d’importantes collections comme celles du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du Musée d’Israël à Jérusalem, du Musée d’art moderne et contemporain de Genève, du Centre Pompidou à Paris, de la Fondation François Pinault à Venise et de la Fondation Yuz à Shanghai.