Hommage au Dr Sean B. Murphy (1924-2017)
-Fermée temporairement-

Cinq siècles de dessins et estampes

Du 12 décembre 2017 au 1 avril 2018

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« Le rôle du Musée est d’aider les gens à comprendre le présent et à mieux connaître leur prochain. »
– Dr Sean B. Murphy

C’est avec beaucoup de tristesse que le Musée a appris la disparition, en mars dernier, du Dr Sean B. Murphy. Le Dr Murphy a consacré nombre d’années au Musée à divers titres. Il a été nommé au comité du membership en 1959, il est devenu administrateur en 1965 et a été président du Musée de 1968 à 1978. Jusqu’à ces dernières années, il a aussi présidé divers comités d’acquisition du Musée. Ophtalmologiste très estimé, reconnu à l’échelle nationale (incluant l’Ordre du Canada), le Dr Murphy était avant tout un véritable gentleman. Il a soutenu le Musée par le don généreux de près de cent cinquante œuvres, dont un grand nombre sur papier. Le Dr Murphy aimait beaucoup les estampes et collectionnait avidement les œuvres gravées de maîtres européens, anciens et modernes, ainsi que d’artistes canadiens et américains. Il a encouragé la pratique du dessin à la craie et au crayon de même que l’aquarelle dans Dare to Draw, un ouvrage publié en 2008, et on pouvait souvent le voir dans nos salles en train d’exécuter de rapides croquis.

Pour rendre hommage à cet homme d’une grande générosité, une exposition présente une sélection parmi les œuvres sur papier du XVIe au XXe siècle dont il a fait don au Musée. Elles proviennent d’Italie, de Grande-Bretagne, des États-Unis et du Canada. Parmi les œuvres italiennes figurent de magnifiques Canaletto (ill._4) ainsi que Giovanni Battista Piranesi et Giuseppe Bernardino Bison (ill._10). De Grande- Bretagne proviennent d’extraordinaires dessins (et des bronzes) de Henry Moore (ill._7), des estampes de Stanley William Hayter et de Lynn Chadwick ainsi qu’une ravissante aquarelle de Paul Nash. Parmi les maîtres américains de la gravure du XXe siècle figurent George Wesley Bellows (ill._6), Stow Wegenroth, Martin Lewis et Reginald Marsh. Les Canadiens Alfred Pellan (ill._5), Jean-Paul Riopelle, Jean McEwen et Christopher Pratt sont également représentés. D’autres artistes modernes font aussi partie de l’exposition, dont Pablo Picasso (ill._ 2), Rufino Tamayo, Marino Marini et Claes Oldenburg. Cette sélection expose en outre des œuvres des deux parents artistes du Dr Murphy, la Canadienne Cecil Buller (ill._ 8) et l’Américain John Murphy, de même que quelques croquis réalisés par le Dr Murphy lui-même.

Le Dr Murphy pensait aussi à l’avenir, si bien qu’il a créé un fonds d’acquisition d’estampes, auquel il a donné le nom de sa mère. Quand il a quitté ses fonctions au Musée, ses nombreux amis ont par ailleurs créé le fonds Dr Sean B. Murphy, destiné à l’acquisition d’œuvres graphiques. Ces deux fonds ont permis l’acquisition de nombreuses pièces maîtresses, y compris une ancienne et rare estampe d’après Hieronymus Bosch, une gravure d’Hendrick Goudt, la première œuvre de Ludovico Carracci à entrer dans notre collection de même qu’une poignante gravure sur bois coloriée à la main représentant le Notre Père par l’artiste expressionniste allemand Max Pechstein (ill._9).

UNE ACQUISITION DU FONDS MURPHY :
LA PRÉSENTATION AU TEMPLE D’ANDREA ANDREANI D’APRÈS PARMESAN

L’acquisition la plus récente est une gravure en clair-obscur d’après Parmesan (ill._ 3), un artiste maniériste de la Renaissance. La gravure sur bois de fil en clair-obscur nécessite plusieurs planches pour imprimer des couleurs distinctes sur le même papier. Elle a été popularisée en Italie au début du XVIe siècle. Le Musée ne possédait jusqu’ici qu’une seule de ces estampes, acquise en 2003. Il s’agit d’une œuvre réalisée par Ugo da Carpi vers 1518, à qui l’on attribue l’introduction de cette technique en Italie.

La Présentation au Temple [Luc 2:22-39] comporte un historique intéressant. Au bas de l’estampe figure, avec la date 1608, une attribution à [Francesco] Salviati, un artiste du centre de l’Italie qui a été influencé par Parmesan. L’estampe comporte aussi le monogramme « AA » du grand éditeur et graveur mantouan Andrea Andreani, actif à la fin de la Renaissance. Au XVIIIe siècle, cependant, l’expert français Pierre Mariette s’est dit d’avis que la composition était peut-être de la main même de Parmesan. Il se basait à la fois sur des éléments stylistiques et sur une eau-forte de composition très semblable qu’un autre artiste du XVIe siècle, Andrea Schiavone, avait réalisée d’après Parmesan.

Parmesan compte parmi les artistes les plus éminents qui ont œuvré à Rome dans la période ayant immédiatement suivi la mort de Raphaël en 1520 et qui se sont intéressés à la transposition de ses dessins dans des gravures sur bois en clairobscur. En outre, le style pictural libre de la planche de couleur employée dans l’estampe n’est pas conforme à l’utilisation plus linéaire de la technique par Andreani dans ses propres créations. Le mystère a été résolu en 2007 quand le dessin original de Parmesan utilisé pour la composition a été redécouvert – la feuille est actuellement conservée au Hood Museum du collège Dartmouth (New Hampshire) qui peut être datée de 1524- 1530 environ. À la mort de Parmesan en 1540, le graveur Niccolò Vicentino (actif entre 1540 et 1550) a acquis un groupe de dessins du maître et en a gravé quelques-uns en clair-obscur. De toute évidence, des décennies plus tard, Andreani est entré en possession des planches puis a publié l’estampe avec son propre monogramme ainsi qu’avec l’attribution erronée à Salviati. Andreani a édité d’autres estampes réalisées par Vicentino d’après Parmesan (par ex. un Christ guérissant un lépreux, également de 1608). Notre estampe, en excellent état, constitue une magnifique illustration de la technique du clair-obscur, utilisée en Italie pour rivaliser avec le dessin à l’encre et au lavis. Cette charmante composition sur un thème biblique fournit, en outre, un exemple de la deuxième étape du développement de la technique après la génération d’Ugo da Carpi. Cette œuvre, qui associe la gravure et le dessin, constitue un hommage tout à fait approprié au Dr Murphy.

Crédits et commissariat

Le commissariat de l’exposition est assuré par Hilliard T. Goldfarb conservateur sénior – collections et conservateur des maîtres anciens, sous la direction de Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du MBAM.

Remerciements

Le Musée reconnaît l’apport essentiel d’Air Canada à la réalisation de l’exposition. Il remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec, le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant.